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Hôpital de District de Djoungolo-Olembé : la métamorphose qui redonne espoir

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En quelques mois, cette formation sanitaire stratégique, premier hôpital public après la sortie de Yaoundé, a entrepris une transformation radicale. Derrière cette mue, une équipe dirigeante déterminée et un personnel engagé qui œuvrent au quotidien pour offrir des soins de qualité à une population toujours plus nombreuse.

À quelques kilomètres du carrefour Messassi, sur l’axe lourd qui mène vers l’Ouest, une plaque flambant neuve indique désormais la direction. « Hôpital de District de Djoungolo-Olembé, 1 km ». Plusieurs autres panneaux d’adressage jalonnent désormais le parcours, guidant les usagers vers cette formation sanitaire qui, ces derniers mois, a entrepris une profonde transformation. Il suffit de franchir l’entrée pour comprendre que quelque chose a changé. Le bâtiment principal, longtemps resté dans son jus, arbore aujourd’hui des couleurs fraîches. La peinture récente sur les murs, les carreaux qui brillent, les espaces verts soigneusement entretenus : tout respire le renouveau. Ici, on ne se contente plus de soigner, on accueille. « Il fonctionne. Vous voyez, ici, il y a une transformation, tout est en train de se transformer », s’exclame un agent, invité à décrire ce nouvel élan.

Situé à un emplacement stratégique, sur la nationale numéro 3, l’hôpital de district de Djoungolo-Olembé occupe une position privilégiée pour répondre aux urgences. « Nous sommes sur la route, justement à l’entrée de la ville. Nous recevons tous les malades », confie le major du service des Urgences. Cette localisation, à proximité du stade d’Olembé, lui confère également une importance particulière dans le dispositif sanitaire de la capitale.

L’urgence repensée

Aux urgences, le constat est clair : le service tourne désormais 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. « Ici, la salle où nous nous trouvons, c’est la salle de mise en observation. Nous recevons les malades qui sont en état de malaise. De l’autre côté, ce sont beaucoup plus les accidentés et les dépendants », détaille le major. Avec une moyenne de 50 patients par jour, et jusqu’à 350 par semaine, la pression est constante. Pourtant, l’organisation a été revue. Une vingtaine d’agents se relaient chaque soir pour assurer une prise en charge sans faille. « Nous recevons tout type de patients, nous n’avons pas de préférence », insiste-t-il. Une philosophie qui colle à la mission de service public, renforcée par la position géographique de l’établissement, premier hôpital public sur l’axe lourd après la sortie de Yaoundé.

Un laboratoire aux compétences élargies

Au laboratoire, l’activité ne faiblit pas. Jérôme, ingénieur médico-sanitaire fort de 20 ans d’expérience, pose un regard à la fois lucide et fier sur son service. Arrivé en novembre 2021 après avoir servi à Maroua, Mbalmayo, Nanga-Eboko et Abong-Mbang, il connaît la valeur du travail bien fait. « C’est le laboratoire d’un hôpital de district. Malgré qu’en termes de bâtiments, ce ne soit pas parfait, en termes de compétences, on fait beaucoup de choses. »

Biochimie, sérologie, hormones, bactériologie : le spectre est large. Avec une trentaine de patients par jour, les six techniciens, appuyés par seize étudiants stagiaires, ne chôment pas. L’iodomètre analyse l’équilibre ionique du sang et des urines. Les appareils de sérologie et d’endocrinologie permettent de doser TSH, FSH, testostérone, LH, PSA. À côté, l’hématologie et l’hémostase assurent le suivi des coagulations. « TP, TCA, pour les gens qui ont des problèmes de saignement », précise l’ingénieur en montrant les équipements.

Dans la salle de bactériologie, l’étuve et la hotte côtoient le distillateur, malheureusement en panne par manque d’eau. Mais l’activité continue. Le dépistage de la tuberculose y est essentiel, avec des lames préparées pour la coloration de Ziehl-Neelsen. « Ce sont des échantillons d’urine, des selles », montre-t-il. Le travail ne s’arrête jamais.

Pédiatrie : soigner les tout-petits

Au service de néonatologie pédiatrique, la majore Nadège veille sur un univers fragile. « Voilà le service de pédiatrie. Nous avons une capacité de 8 lits, et des salles individuelles pour plus de confort. » Environ 40 bébés par mois sont accueillis, des nouveau-nés aux enfants de 14 ans révolus. Mais le tableau a ses ombres. « Les nouveau-nés que nous recevons par semaine, environ 2 à 3, le sont généralement pour des causes comme les asphyxies. Vous savez, nous sommes en zone rurale. Les mamans arrivent souvent à l’hôpital après avoir pris des potions au quartier. Et quand elles arrivent, les enfants sont en état de souffrance. »

L’équipe, organisée en quatre groupes de deux à trois personnes, renforcée par des vacataires, fait face avec les moyens du bord. « On a un peu de personnel. Ce n’est pas assez, mais c’est là pour nos besoins. Mais la demande est un peu élevée par rapport à ce que nous pouvons offrir. » Les lits manquent parfois, mais l’engagement, lui, ne faiblit pas.

Médecine interne : un plateau technique diversifié

La dermatologue et vénérologue, chef du service de médecine interne, résume l’étendue de son domaine : « Mon service regroupe beaucoup de spécialités : la dermatologie, la cardiologie, la neurologie, l’hépato-gastro-entérologie, l’urologie, la diabétologie. » Le service reçoit tous les patients relevant de ces disciplines, avec 6 lits pour les femmes et 4 pour les hommes. « Ce sont toutes les spécialités médicales qui ne relèvent pas de la chirurgie. » Trois cardiologues, un dermatologue, un neurologue, deux hépato-gastro-entérologues, un diabétologue : l’éventail des compétences est large. Sans oublier les infirmiers, maillons essentiels de la chaîne de soins.

Vaccination et prévention

À l’unité de vaccination, le programme élargi de vaccination (PEV) rythme la semaine : mardi, jeudi et vendredi. « Avant d’administrer un vaccin, l’enfant doit être en règle avec son calendrier vaccinal. Nous devons demander le carnet aux parents », explique une agente. Les cibles : les bébés à la naissance (dose zéro), ceux de 6, 10 et 14 semaines. En moyenne, 50 à 55 bébés sont vaccinés chaque jour de vaccination.

Maternité : entre naissances et défis

À la maternité, la majore, arrivée en mai 2022 et nommée à son poste en janvier 2024, connaît bien les réalités du terrain. « Notre service regroupe 15 sages-femmes affectées, deux gynécologues, et une sage-femme vacataire. Nous avons une capacité de 13 lits d’hospitalisation et trois tables d’accouchement. » Une radiance permet de réchauffer les nouveau-nés, prévenant l’hypothermie. Mais l’affluence pose problème. « Il nous arrive parfois de recevoir plusieurs femmes au même moment, cinq simultanément. Parfois, nous sommes obligés de faire des accouchements sur la table de consultation, car les trois tables sont insuffisantes. » Le personnel s’adapte, mais la pression est réelle.

VIH : une prise en charge exemplaire

L’Unité de Prise en Charge des Personnes Vivant avec le VIH (UPEC) suit une file active de 1235 patients, dont 22 femmes enceintes, 95 femmes ayant déjà accouché, et 44 enfants de 0 à 19 ans. La majore, Jade Honorine, détaille le suivi : « La prise en charge se passe selon les directives nationales. Nous suivons scrupuleusement le guide, en tenant compte de la spécificité de chaque population. » L’évaluation se fait par la charge virale. « Avec elle, nous pouvons apprécier si la quantité de virus a diminué. Cela nous permet d’évaluer le service et si le patient suit bien les recommandations. » Des groupes de soutien sont organisés, avec des thèmes adaptés à chaque tranche d’âge. L’objectif : atteindre la charge virale indétectable, synonyme de non-transmissibilité sexuelle. Autre avancée majeure : la couverture santé universelle. « Tous les patients enrôlés dans notre file active le sont aussi dans la CSU. C’est systématique. »

Tuberculose : un combat gratuit

Au centre de traitement de la tuberculose, Hawa épouse Yaweu, pharmacienne, constate les progrès : « Le gouvernement fait des efforts pour lutter contre cette maladie très contagieuse qui touche surtout les populations démunies. Le traitement est gratuit, ce qui facilite le suivi. » En moyenne, 5 malades par jour sont reçus, soit environ 25 par semaine. La durée du traitement varie de 6 mois à un an selon le type de tuberculose.

La vision d’une surveillante générale

Derrière cette transformation, une femme orchestre le quotidien. Carine Christelle Biyele Bono, épouse Ayina, infirmière anesthésiste diplômée d’État, est surveillante générale de l’hôpital depuis six ans. Elle a vu défiler plusieurs directeurs, et avec eux, l’évolution de l’établissement. « Avec tous, il y a eu une très bonne collaboration. Nous avons toujours épousé la même idée : que l’hôpital soit en marche croissante. » Son rôle ? Une courroie de transmission entre le personnel et le directeur. « Je suis la proche collaboratrice du directeur. Il faut s’assurer que tout est fait pour le bien du malade, que chaque agent est à son poste. » Elle se définit comme la “maman” de cette grande famille, le directeur étant le “papa”. « Dans toute administration, il faut la carotte et le bâton. Si on dissocie l’un de l’autre, le travail ne sera pas bien fait. Mais nous travaillons dans une atmosphère familiale, pas d’amitié. Chacun connaît sa place. »

Des défis persistants

Malgré ces avancées, des difficultés subsistent. L’accès à l’eau reste précaire, avec un ravitaillement insuffisant. Les délestages électriques perturbent régulièrement les activités, malgré l’installation de groupes électrogènes. Le manque d’espace, avec une superficie de seulement 3000 m², freine les ambitions d’extension. Les motos-taxis qui bloquent l’entrée compliquent l’accès des ambulances et des patients. Pourtant, les projets ne manquent pas : une banque de sang, un service de thanatologie, le renforcement de la néonatologie. Et surtout, la fréquentation ne cesse d’augmenter. En janvier 2026, l’hôpital a enregistré 2319 consultations et 95 accouchements. Preuve que la confiance revient. De l’accueil rénové aux soins spécialisés, en passant par la gratuité du traitement pour certaines pathologies, l’hôpital de district de Djoungolo-Olembé est en train de gagner son pari : offrir à la population un service de santé digne, accessible et humain. « C’est une chance, une chance inouïe », souffle un agent. Le chemin est encore long, mais la métamorphose, elle, est déjà bien entamée.

Interview

 « Mon ambition, faire de l’hôpital de Djoungolo une référence régionale »

Dr Lombo Landry, Directeur de l’hôpital de district de Djoungolo.

Nommé à la tête de l’hôpital de district de Djoungolo-Olembé le 11 juin 2025, le Dr Lombo Landry a pris ses fonctions avec une feuille de route claire : transformer en profondeur cette formation sanitaire stratégique située sur l’axe lourd Yaoundé-Bafoussam. Huit mois après son arrivée, le médecin-chef dresse le bilan des réformes entreprises, dévoile les projets à venir et livre sa vision d’un hôpital public moderne, accessible et performant. Entretien avec un homme qui se définit comme “le père d’une grande famille”.

Comment est-ce qu’on peut présenter le docteur Lombo Lombo Landry ?

Merci déjà de l’opportunité que vous nous donnez. Le docteur Lombo Landry, je dirais, est le père de cette famille, cette dynamique famille qui se trouve à l’hôpital de district de Djoungolo actuellement. Son rôle, c’est d’organiser le travail, d’encadrer ses personnels pour faire en sorte que la formation sanitaire qu’il dirige puisse être parmi les meilleures. Pour cela, le docteur Lombo, avec l’équipe qui l’accompagne, a entrepris beaucoup de réformes, plusieurs réformes d’ailleurs, pour permettre à la formation sanitaire de s’aligner aux normes nationales et de pouvoir offrir des soins de qualité aux usagers qui viennent de part et d’autre.

Donc, le docteur Lombo, c’est, je dirais, ce père qui met d’abord Dieu en avant pour pouvoir réaliser tout ce qui se réalise. Et nous, on aime toujours donner la possibilité à l’usager de se faire une idée et de pouvoir nous juger selon le service rendu. Actuellement, l’hôpital se porte très bien. Depuis sept à huit mois que nous sommes à la tête, nous envisageons, dans les prochains jours, d’augmenter la capacité d’accueil, d’ouvrir de nouveaux services et de permettre davantage au personnel, ou alors aux usagers, de continuer à bénéficier de soins de qualité et de réduire au maximum les références. Nous ne voudrions référer que des cas qui ne pourraient pas être pris en charge chez nous.

Merci, docteur. Est-ce que vous pouvez revenir sur les différentes cérémonies que vous avez pu abriter aujourd’hui ?

Oui, bien sûr. Hier, nous avons pu recevoir les femmes de l’hôtel Hilton, qui sont également passées pour des dons. Elles ont exprimé à leur manière leur soutien à l’hôpital à travers un certain nombre de matériels. Et aujourd’hui, la grande cérémonie, c’était justement la réception des femmes du Sénat. Cette délégation était d’ailleurs conduite par Madame la Secrétaire générale adjointe, qui avait autour d’elle près de 150 femmes. Je crois que tout le monde a pu apprécier ces efforts colossaux, parce que ce qu’elles ont offert aujourd’hui était assez énorme : un groupe électrogène de presque 9 KVA, une couveuse, un aspirateur, un régulateur de 5000 watts. Ce sont des appareils, ou plutôt des matériels, qui sont assez coûteux. Aujourd’hui, cela va permettre à l’hôpital de pallier les problèmes de délestage ou de baisse de tension, qui sont généralement fréquents au niveau de l’hôpital. Cela va également pallier les problèmes de référence, parce que quand on n’a pas le matériel ou l’équipement nécessaire, on est souvent obligé de référer vers une formation sanitaire de niveau supérieur ou approprié. Mais avec ce matériel, ces équipements médicaux, je pense que l’hôpital est en mesure de répondre à un certain nombre de besoins importants dans le domaine de la santé. La prise en charge sera davantage améliorée.

Nous profitons déjà de cette occasion pour rendre grâce à Dieu, par qui tout cela est possible. Nous allons forcément témoigner notre profonde gratitude à notre chef de l’État, Son Excellence Paul Biya, qui a toujours bien voulu que chaque Camerounais ait accès à des soins de santé de qualité.

Notre reconnaissance va également à l’endroit de Son Excellence le Premier ministre, chef du gouvernement, qui coordonne l’action gouvernementale. Et très sincèrement, on ne saurait oublier, ou plutôt ne pas mettre en exergue, l’action quotidienne de celui qui reste un modèle du système de santé, le ministre de la Santé publique, Son Excellence le Dr Manaouda Malachie, qui ne cesse au quotidien de nous soutenir, de nous accompagner afin d’avoir un système de santé compétent, complet, et qui puisse permettre aux malades qui arrivent de bénéficier de soins de qualité, et d’être pris en charge même s’ils n’avaient pas de moyens. On les prend d’abord en charge et on voit pour le reste après.

Je crois que cette action, qui va beaucoup plus dans le cadre social, nous l’avons toujours appliquée ici. D’ailleurs, au niveau du service social, depuis mon arrivée à la tête de cet hôpital, ils ont plusieurs dossiers, des rapports de cas pour lesquels nous avons dû soit accorder une réduction, soit même la gratuité des soins. Ils ont des dossiers, des rapports qu’ils acheminent également au niveau de leur hiérarchie, et ça nous permet de mieux respecter ces directives de notre tutelle.

Donc, l’hôpital de district de Djoungolo, aujourd’hui, permet déjà à nos usagers d’avoir plusieurs prestations de service et permet également qu’on réduise au maximum les cas de référence. Pour cela, l’hôpital envisage de poursuivre ses efforts avec plusieurs autres services. Oui, dans les prochains jours, l’installation d’un service de thanatologie, la mise en service de la banque de sang parce que le besoin est croissant au niveau de la localité, le service de néonatologie qui doit également être opérationnel dans les prochains jours. Déjà, avec la couveuse reçue aujourd’hui, à partir de lundi, on va commencer à l’utiliser. Donc, les bébés qui étaient en permanence référés vers d’autres formations sanitaires seront pris en charge dorénavant dans notre hôpital de district.

Monsieur le directeur, pour ceux qui ne connaissent pas Yaoundé, ou peut-être le Cameroun, comment est-ce que vous pouvez situer géographiquement l’hôpital de district de Djoungolo ?

Oui, je dirais que l’hôpital de district de Djoungolo est situé dans la région du Centre, le département du Mfoundi, arrondissement de Yaoundé Ier. Et je dirais qu’il est situé sur l’axe lourd Yaoundé-Bafoussam, c’est-à-dire pour ceux qui empruntent la route de l’Ouest ou qui vont même du côté de Nanga-Eboko. C’est sur cet axe lourd. Il est précisément situé au quartier Olembé, juste après Messassi. C’est vrai que l’ancienne appellation qui est toujours restée, c’est “dispensaire de Messassi”. Donc, beaucoup ont toujours retenu cette appellation-là.

Est-ce qu’on peut revenir sur l’historique de la création ? Comment est né ce qu’on appelle aujourd’hui l’hôpital de district ? Au départ, quand on parlait du dispensaire de Messassi, est-ce qu’on peut revenir sur l’histoire de la création de cet hôpital ?

Oui, je pense que tout à l’heure, en faisant mon allocution quand on avait reçu nos mamans du Sénat, j’ai parcouru cet historique de bout en bout. Depuis 1968, l’idée est venue de créer un centre de santé intégré. Après, en 1975, cela s’est transformé en CMA (Centre Médical d’Arrondissement). Il a fallu plusieurs années, et c’est en 2007 que l’hôpital a été transformé en hôpital de district. On est parti d’un centre de santé sous l’impulsion ou la volonté des autorités locales, c’est-à-dire Madame la députée à l’époque, Madame Asiga, qui était députée, avec l’appui des chefs traditionnels de la localité et des propriétaires du site. On a pu accorder 3000 mètres carrés, parce que la superficie même de l’hôpital, c’est 3000 mètres carrés, pour permettre qu’il y ait cette formation sanitaire.

Ce qu’il faut déjà relever, c’est qu’avec l’organisation du travail et les différentes prestations de services, la demande devient de plus en plus grande. Pour rappel, en 2025, l’hôpital a pu recevoir près de 20 000 malades, c’est-à-dire 19 445 malades consultés au niveau de l’hôpital. Seulement en janvier 2026, nous avons reçu 2319 malades, pour 95 accouchements, seulement pour le mois de janvier. Donc, vous pouvez comprendre que la demande devient de plus en plus forte et que les malades retrouvent cette confiance et recommencent à fréquenter l’hôpital au quotidien.

Oui, monsieur le directeur. Est-ce que l’hôpital de district de Djoungolo couvre combien de quartiers ?

Je dirais que le découpage est assez complexe, parce qu’il y a souvent des quartiers qui s’entremêlent. Mais la division est faite en aires de santé, et il y en a plusieurs. C’est-à-dire qu’au niveau du district de santé, il y a un découpage en fonction des différentes aires. Nous, nous rentrons dans l’aire de santé d’Olembé. Dans cette aire de santé, il y a environ 32 formations sanitaires qui dépendent de l’aire. Il y a des formations sanitaires qui sont plus ou moins éloignées de l’hôpital, des centres de santé intégrés. Au total, il y a environ 32 formations sanitaires qui dépendent de l’aire de santé d’Olembé.

Et les quartiers, c’est-à-dire d’où viennent visuellement les malades ?

Les malades, c’est une très bonne question. Nous, on pourrait vous dire que les malades qu’on reçoit aujourd’hui viennent de partout, depuis qu’ils sont satisfaits déjà des prestations de soins, de l’accueil, de la propreté même des locaux, du temps d’attente qui est réduit, et surtout des soins de qualité qui sont offerts. Donc, les malades viennent de partout, que ce soit de l’Est, du Littoral, des autres régions, mais aussi des autres quartiers de la ville de Yaoundé, ou encore des localités environnantes. Parce que vous savez, c’est le premier hôpital de district quand vous quittez Yaoundé sur l’axe lourd. Vous partez de Bafia, c’est le premier hôpital de district public qui est sur cet axe lourd. Le prochain hôpital public, c’est Jamot. Donc, vous pouvez imaginer la distance et la nécessité de permettre à cet hôpital de répondre aux besoins énormes, aux besoins croissants de nos populations. D’autant plus qu’à l’intérieur, à Nkomo, qui est l’un des grands quartiers, il y a une forte population. Il est important pour nous de mieux nous organiser pour offrir des soins de qualité, permettre à ce que l’environnement soit sain, agréable, et permettre aux malades qui passent d’être bien accueillis, de recevoir des soins de qualité et de rentrer satisfaits.

Nous profitons de l’occasion pour, une fois de plus, dire merci à Son Excellence Monsieur le Ministre de la Santé publique, qui ne cesse de nous accompagner au quotidien, que ce soit à travers des orientations, des conseils, des équipements, parce qu’il ne cesse de doter les formations sanitaires de matériels et d’équipements médicaux pour permettre le fonctionnement. Et en ressources humaines également, il n’hésite pas à renforcer la formation sanitaire avec du personnel.

Le nombre d’habitants de l’aire de santé de Djoungolo, c’est combien ?

En réalité, il y a environ 70 000 habitants. C’est vrai qu’on ne peut pas dire que c’est un chiffre exact ; on attend peut-être le prochain recensement. Mais la dernière statistique nous parlait d’environ 70 000 habitants.

Monsieur le directeur, quand vous avez été nommé directeur de l’hôpital de district de Djoungolo, quand vous êtes arrivé ici pour la prise de service, dans quel état avez-vous trouvé l’hôpital ? Et quelles sont les réformes que vous avez apportées ?

Oui, je dirais que j’ai été nommé le 11 juin 2025. J’ai pris service le 20 juin 2025. Et directement, j’ai d’abord fait un état des lieux, une évaluation de la situation. Et c’est au décours de cet état des lieux que j’ai rassemblé mon personnel pour donner les grandes lignes, l’orientation, ma vision et quelles sont les ambitions, ce que je prévois de faire de cet hôpital.

Quelles sont les réformes que vous avez apportées ?

Déjà, en termes de réformes, j’ai commencé par responsabiliser dans les services en nommant les chefs de services, les majors, en désignant également les coordonnatrices des soins parce qu’il n’y en avait pas. Permettre au personnel d’être identifié : chaque personnel a son badge, avec son nom, son grade, son matricule, bref, toutes les informations nécessaires. On a installé des plaques d’orientation, comme vous pouvez le constater. Cela permet que le malade qui arrive n’ait plus forcément besoin de s’adresser à quiconque pour savoir si le service de médecine se trouve là-bas. Et il y a une très grande plaque à l’entrée, parce que beaucoup n’arrivaient pas à se retrouver. Quand on disait “hôpital de district de Djoungolo”, ça prêtait à confusion parce que beaucoup s’orientaient plutôt vers Ekounou. Là-bas, c’est une formation privée confessionnelle, ce n’est pas public. Voilà pourquoi nous avons mis une grande plaque à l’entrée. Au niveau du mur du bâtiment en étage, nous avons également écrit “hôpital de district”. Cela permet que, depuis le carrefour, vous soyez déjà bien situé. Au niveau du travail, nous avons mis sur pied les staffs. Nous faisons des staffs médicaux chaque semaine. Cela permet de rattraper un certain nombre d’erreurs s’il y en avait et d’améliorer la prise en charge. Nous-mêmes, nous sommes en première ligne. Chaque jour, je fais le tour des salles. Nous faisons la ronde ensemble. Nous prenons part à toutes les activités. Nous organisons des temps pour voir où ça faisait problème.

En termes d’investissement, nous avons créé un service de chirurgie. Il n’y en avait pas, donc une hospitalisation chirurgie. C’est arrivé, je crois que c’est en août-septembre, que nous avons réhabilité le nouveau bâtiment qui est au quartier. C’est en août-septembre que nous l’avons réhabilité. Cela nous a permis d’avoir un service d’hospitalisation chirurgie et de permettre à l’hôpital d’avoir les quatre grands services essentiels, c’est-à-dire la pédiatrie, la médecine, la maternité et la chirurgie.

Dans les urgences également, nous avons renforcé les effectifs avec des médecins, des infirmiers, pour permettre à ce que le service soit couvert 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, puisque l’hôpital n’a que quatre médecins généralistes régulièrement affectés. Donc, il fallait renforcer ces effectifs pour répondre aux besoins croissants des populations.

Et en sensibilisant au quotidien pour changer certaines mentalités, donner le bien-fondé de l’éthique, parce que chaque personne doit tenir compte de l’éthique et de la déontologie. Ce sont nos familles, nous devons pouvoir bien nous occuper de ces familles, parce que demain, après-demain, ce sera aussi un proche qui sera reçu dans une formation sanitaire. Alors, la santé n’a pas de prix. Nous nous devons d’être plus proches de ces malades. Quand on sait qu’à 80-90 %, le soutien moral, l’accueil, le bon accueil, soulagent en grande partie les malades, les soins administrés vont forcément compléter cette prise en charge.

Donc, là, maintenant, nous envisageons, comme je l’ai dit tout à l’heure, de rendre opérationnel un service de banque de sang, parce que la demande est très forte. Et avec l’insécurité grandissante au niveau du carrefour, j’imagine si à minuit, une heure, on doit transfuser un bébé ou une maman, j’imagine si la maman de famille n’a pas de moyens de transport pour se déplacer, soit pour Jamot, l’hôpital Central ou une autre formation sanitaire où il y a une banque de sang. On va forcément exposer la vie du patient à transfuser. Donc, nous avons trouvé nécessaire de rendre opérationnelle une banque de sang. Également, le service de néonatologie qui sera opérationnel. Et d’ici quelques mois, nous envisageons de rendre opérationnel, ou de mettre en place, un service de thanatologie. Comme on sait que la demande également est forte au niveau de la localité. Quand nous-mêmes, parfois, nous devons transporter un défunt, déjà sur l’axe, surtout en début de week-end, ce n’est pas souvent évident. Nous nous disons, à la sortie de la ville, comme nous sommes presque à la sortie, ce sera un avantage. Nous avons tout pour que les populations locales n’aient pas à orienter leur dépouille vers une autre formation sanitaire.

Donc, les chances sont énormes. Comme je l’ai dit, les difficultés également, il y en a. Comme je l’ai cité tout à l’heure, nous avons des délestages permanents, parce qu’il y a des délestages, des baisses de tension. J’ai d’ailleurs adressé une correspondance à l’ENEO pour solliciter qu’on puisse renforcer le réseau avec un transformateur pour mieux stabiliser. Donc, nous attendons la suite.

J’ai également adressé une correspondance à la CAMWATER, parce que nous avons ce souci d’eau en permanence. L’hôpital est ravitaillé une à deux fois par semaine, et c’est insuffisant. Nous sommes obligés d’utiliser des moyens secondaires. Le quincaillier du coin, il faut faire appel à des sociétés qui nous transportent de l’eau pour ravitailler. Donc, j’ai également adressé une correspondance afin que les responsables de la CAMWATER puissent revoir comment augmenter l’approvisionnement en eau.

J’ai également adressé une correspondance au maire de la ville, afin de voir dans quelles mesures faciliter l’accès, parce que l’un des problèmes majeurs de l’hôpital, c’est qu’il n’y a pas de fluidité. Quand vous arrivez à l’entrée avec un malade, ce sont des motos-taxis qui ne se gênent pas ; ils vous bloquent l’entrée, parfois même ils vous insultent. Donc, vous devez comprendre que ce n’est pas toujours évident. Donc, nous attendons de voir les mesures qui pourront suivre en réponse à ces demandes.

Monsieur le directeur, est-ce que l’hôpital a une ambulance ?

Pas encore jusqu’ici. Nous avons également formulé une demande de dotation d’une ambulance médicalisée. Déjà au niveau du Conseil régional, à travers le président du comité de gestion. D’ailleurs, j’ai pu le constater, le président du comité de gestion de l’hôpital, le conseiller régional, était présent à la cérémonie, y compris le député du Mfoundi qui couvre la zone. J’avais déjà formulé une demande de dotation d’ambulance, parce que ça nous faciliterait également les transferts. Quand nous avons des cas qui ne peuvent pas être pris en charge, qu’il faut référer dans une formation de niveau supérieur, il nous faut automatiquement une ambulance médicalisée afin que nous puissions déplacer, ou plutôt référer, le malade avec le personnel médical en place, vers la formation sanitaire la mieux indiquée pour la prise en charge.

Et la pharmacie, comment elle fonctionne ?

La pharmacie, il y a un pharmacien régulièrement affecté, et puis il y a des commis de pharmacie qui sont là. Elle passe les commandes à la CENAME, puisque c’est à la CENAME qu’on s’approvisionne. Donc, on prend des génériques au niveau de la CENAME. Donc, elle passe toutes ses commandes au niveau de la CENAME, elle apprête les factures. Et puis, dès qu’il y a des ruptures, c’est quand peut-être à la CENAME il y a également un retard. Mais jusqu’ici, on n’a pas souvent beaucoup ces problèmes de ruptures au niveau des génériques, des médicaments qu’on a au sein de la formation sanitaire.

Dites-moi aussi pour l’imagerie médicale.

L’imagerie médicale, déjà, c’est un prestataire. On a trouvé un contrat de leasing pour faire les radiographies, les échographies. De ce côté, le prestataire s’occupe de tout, et comme on n’a pas de radiologue en titre, c’est le prestataire qui assure ce service.

Monsieur le Directeur, pouvez-vous nous décrire l’organisation des services de radiologie et d’échographie au sein de votre hôpital ?

Concernant les examens de radiologie et d’échographie, nous avons dû nous adapter à un manque de personnel spécialisé. Comme nous n’avons pas de radiologues titulaires, nous faisons appel à des prestataires externes. Ce sont des radiologues que nous engageons et rémunérons pour leurs services. Cette solution nous permet d’obtenir des résultats fiables. On ne peut pas encore parler de qualité institutionnelle, mais ces examens sont désormais réalisés par des experts, des spécialistes qui viennent eux-mêmes pratiquer les échographies au sein de l’hôpital. Notre objectif est clair : nous orienter vers l’excellence et nous assurer d’avoir des compétences solides pour répondre efficacement aux besoins de la population.

Qu’en est-il du bloc opératoire ? Son fonctionnement est-il optimal ?

Le bloc opératoire est tout à fait opérationnel. Nos gynécologues y pratiquent les césariennes, et nos chirurgiens effectuent les autres interventions. Nous avons la chance d’avoir un chirurgien général et un gynécologue régulièrement affecté et présent, appuyés par deux infirmiers anesthésistes également titulaires. Ainsi, le bloc opératoire fonctionne 24 heures sur 24. Qu’il s’agisse d’une urgence à 2 heures du matin, dès qu’une indication chirurgicale est posée, l’équipe est immédiatement mobilisée pour opérer. De ce côté, nous n’avons donc pas de soucis majeurs. Le seul vrai problème, que nous évoquions avant l’arrivée du nouveau groupe électrogène, était celui des délestages et des baisses de tension. Vous imaginez la difficulté d’être en plein bloc opératoire et de se retrouver soudainement dans le noir. Nous étions alors contraints d’utiliser des moyens de fortune, comme des lampes torches ou rechargeables, pour ne pas interrompre le service. C’est pourquoi l’acquisition de ce nouveau groupe électrogène va grandement nous soulager. En attendant, nous réfléchissons également à l’installation d’un système solaire, avec des panneaux photovoltaïques, pour une solution plus durable.

Vous avez mentionné la transmission des données. Quelles sont les innovations prévues en la matière ?

Effectivement, l’hôpital envisage, dans les tout prochains jours, de se connecter à Internet via la fibre optique de Camtel. L’objectif est double : répondre avec promptitude et complétude aux demandes de données de la hiérarchie, et permettre à l’hôpital de district de jouer pleinement son rôle de pivot pour l’ensemble du district de santé. C’est l’hôpital qui porte le district. J’ai donc saisi Camtel pour un abonnement à la fibre optique. Cela facilitera la transmission rapide des données et garantira que nos informations soient toujours à jour et transmises en temps voulu.

Pour en revenir aux soins courants, quels sont les tarifs des consultations ?

La consultation chez un médecin généraliste est à 2 000 francs CFA. Pour un médecin spécialiste, qu’il soit prestataire ou titulaire, la consultation est à 3 000 francs CFA.

Parlons des ressources humaines. Combien de personnels comptez-vous et quels sont vos besoins les plus urgents ?

Nous avons actuellement 116 agents régulièrement affectés à l’hôpital. Cela inclut 4 médecins généralistes titulaires, même si tous ne sont pas présents en ce moment (congés de maternité, problèmes de santé…). La demande de soins est en forte hausse, car la population reprend confiance et revient se faire soigner chez nous.En plus des titulaires, nous nous appuyons sur le personnel du comité de gestion, qui est sous contrat. C’est grâce à cet ensemble que nous arrivons à faire face.Cependant, en urgence, nous avons des besoins criants en spécialistes. Il nous faudrait absolument : un diabétologue, un gastro-entérologue, un radiologue (pour pérenniser l’activité) et un orthopédiste. Étant situés sur un axe routier très fréquenté, nous recevons quotidiennement de nombreux accidentés de la route (AVP).Nous avons aussi besoin de néphrologues, car beaucoup de patients souffrent d’insuffisance rénale. Bien sûr, si l’occasion se présente, un pédiatre, un interniste (d’une très grande importance pour nous) et un ORL seraient également les bienvenus.

Comment se passe la mise en œuvre de la Couverture Santé Universelle (CSU) ici ?

 Très bien. Depuis mon arrivée, j’ai nommé un point focal CSU. Sa mission est de superviser l’enrôlement et de garantir la transmission des données. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui rend la connexion à la fibre optique si urgente, non seulement pour l’hôpital mais aussi pour les formations sanitaires de l’aire de santé. Nous sommes très organisés. J’ai déjà tenu une réunion de travail avec le point focal, les chefs de service et les responsables d’activités pour anticiper sur les prochaines campagnes (comme les vaccinations). Actuellement, le point focal CSU parcourt tous les services pour enrôler le personnel.

Notre principal problème est technique : la plateforme de la CSU est souvent saturée en journée, ce qui bloque les enrôlements. Parfois, on perd même les données d’un enrôlement non finalisé. Nous espérons que la fibre optique résoudra ces lenteurs. Nous sommes également très stricts sur les délais. Les directives demandent que les données soient disponibles au plus tard le 5 de chaque mois. J’ai donné des instructions claires en ce sens et je veille personnellement à ce qu’elles soient respectées.

Pour terminer, Monsieur le Directeur, quel est votre mot de la fin pour nos auditeurs et pour la population ?

Mon message est simple : je veux rassurer la population. L’hôpital de district de Djoungolo a changé et continue de s’améliorer. Les patients peuvent être certains de la qualité de l’accueil et de la prise en charge. Je reste un directeur ouvert : mon bureau est toujours accessible aux usagers qui auraient des remarques ou des critiques à formuler. Soyez rassurés, l’hôpital est là pour vous offrir des soins de qualité dans un environnement sain. Vous avez pu constater la propreté des lieux. Nous construisons d’ailleurs un nouveau bloc de dix toilettes modernes, réparties sur deux niveaux, pour le confort des malades et du personnel. Nous sommes déterminés à aller de l’avant et à faire de cet hôpital un modèle de soins de qualité, d’abord dans la région, et pourquoi pas au niveau national. Nous nous donnons à fond chaque jour, parfois dans des conditions difficiles (comme l’accessibilité), mais nous gardons notre calme et notre dévouement.

C’est un appel à ceux qui doutent encore : venez voir le nouveau visage de l’hôpital de district de Djoungolo. D’ailleurs, cette semaine, nous organisons une campagne de santé bucco-dentaire avec des consultations gratuites et une réduction de 30% sur certains actes. D’autres campagnes suivront en ophtalmologie, cardiologie, etc., pour permettre au plus grand nombre d’accéder aux soins.

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Elvis Serge NSAA DJOUFFO TALLA est un journaliste camerounais spécialisé en santé et enquêtes de terrain, actuellement rédacteur en chef adjoint au groupe Echos-Santé. Lauréat de plusieurs prix nationaux pour ses reportages sur la tuberculose et le VIH, il allie rigueur factuelle et engagement pour les droits humains, notamment à travers des enquêtes sur l’accaparement des terres, la mortalité minière ou l’accès aux soins. Sa démarche s’appuie sur une expertise vérifiée, renforcée par une formation en vérification des faits et un engagement continu pour un journalisme porteur de changement social.

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