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Recensement général de la population et de l’habitat : Le grand comptage commence

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Du 24 avril au 29 mai 2026, 32.059 agents recenseurs munis de smartphones sillonneront les dix régions du Cameroun pour le quatrième Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH-4), couplé pour la première fois au recensement agricole et pastoral (RGAE).

« Sans données précises, nous n’arriverons à rien. » Vingt ans sans recensement, c’est vingt ans à piloter à l’aveugle. Le constat est implacable et le Dr Justin Koffi, Représentant Résident du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) au Cameroun, ne mâche pas ses mots en ouverture de la conférence de presse. « Chers collègues, Mesdames et Messieurs, je veux tout d’abord vous exprimer la gratitude de l’UNFPA et de la FAO, et surtout vous adresser nos sincères remerciements pour votre présence à l’occasion de ce partage stratégique sur le plan de communication du quatrième recensement. En effet, nous nous trouvons à un tournant décisif pour le pilotage des politiques publiques au Cameroun. Ce recensement complet n’est pas qu’une simple opération statistique : c’est le socle sur lequel reposera la Stratégie nationale de développement (SND30). Car sans données précises sur qui nous sommes et ce que nous produisons, nous n’arriverons à rien. Comme on dit chez moi : « Si tu ne sais pas où tu vas, tu arrives très vite nulle part. »

Le diplomate insiste sur la clé du succès : la confiance des populations. « Un recensement ne vaut que par la qualité des réponses collectées. Pour que chaque Camerounais et chaque Camerounaise ouvre sa porte aux agents recenseurs, nous devons gagner la bataille de la confiance. Je dis bien : la confiance. Le plan de communication que nous examinons aujourd’hui doit transformer l’appréhension en adhésion. Il s’agit de faire comprendre que se faire recenser, c’est compter pour l’avenir. » Avant de conclure sur une note d’espoir : « C’est ensemble que nous ferons de ce dénombrement un succès historique. Nous souhaitons des échanges fructueux pour qu’un jour, la voix du recensement résonne positivement dans chaque foyer du pays. »

L’engagement des Nations Unies est total. « Nous ne fournirons pas seulement un appui technique ou financier, poursuit le Dr Koffi : nous portons le plaidoyer pour que personne ne soit laissé de côté – ni les populations des zones reculées, ni les populations déplacées, ni les réfugiés, ni les acteurs du monde rural, ni les minorités, ni les populations autochtones. L’approche intégrée avec le Recensement Général de l’Agriculture et de l’Élevage (RGAE) est une opportunité unique pour lier démographie et sécurité alimentaire. »

« Le Cameroun est en train de faire quelque chose d’exceptionnel »

La parole est ensuite donnée à la Conseillère régionale en communication de l’UNFPA «. Je dois dire qu’en écoutant les présentations des participants, je suis très, très contente, et également en voyant l’intégration de l’ensemble des agences du système des Nations Unies dans le recensement, je suis très contente, parce que le Cameroun est en train de faire quelque chose d’unique. » Avec son regard d’experte ayant participé à plusieurs recensements sur le continent, elle mesure l’ampleur de l’innovation : « C’est vrai que vous pensez que c’est quelque chose de banal que vous êtes en train de conduire, mais le fait d’avoir déjà cette intégration du recensement de la population et que le produit qui va en sortir nous étonnera, c’est quelque chose de spécial. Et également, je note en tant que communicateur, et en tant que personne ayant déjà participé au recensement dans plusieurs pays, que le Cameroun est en train de faire quelque chose d’exceptionnel en plaçant la communication au cœur du recensement. Parce que la réussite du recensement est indispensable : si on ne prépare pas une bonne communication, on ne réussit pas. Et là, vous avez tous les acteurs autour de ce recensement, ce qui montre déjà que nous sommes suffisamment bien préparés pour conduire ce travail au niveau du Cameroun. » Elle promet l’appui du bureau régional : « Pour notre part, au niveau de l’UNFPA et au niveau du bureau régional, étant donné que nous avons une expertise dans beaucoup de pays en matière de recensement, nous sommes disposés à vous accompagner, à vous appuyer, à partager les leçons apprises et ce qui se passe également dans d’autres pays. »

Zones rouges, zones oranges : le casse-tête sécuritaire

La Directrice Générale du Bureau Central des Recensements et des Études de Population (BUCREP), Bernadette Mbarga, aborde sans détour la principale difficulté de l’opération : l’insécurité dans certaines régions. « Nous nous sommes réunis dernièrement, je crois que c’était vendredi, et nous avons demandé la présence des personnes handicapées pour qu’on puisse mieux préparer la coordination du recensement. Le recensement lui-même – je parle au nom de Pater – c’est-à-dire que nous sommes en coordination avec le Recensement Général de l’Agriculture et de l’Élevage (RGAE). C’est le Premier ministre en 2019 qui a demandé que le recensement de la population et le recensement de l’agriculture soient mutualisés. » Le calendrier est désormais connu : « Actuellement, nous allons commencer la formation des agents recenseurs cette semaine. Et pendant qu’on forme les agents recenseurs, nous allons faire en même temps la sensibilisation de toute la population, pendant que la formation des agents recenseurs dure tout le mois. Nous allons parler de la sensibilisation jusqu’à la fin du dénombrement. »

Mais c’est sur la cartographie des risques que le discours se fait plus grave «. Nous avons des régions que nous avons considérées comme des zones vertes, c’est-à-dire qu’on peut faire la sensibilisation sans problème. Nous avons des régions que nous avons considérées comme des zones oranges, c’est-à-dire qu’on ne fera pas tellement de communication dans ces zones, mais nous allons prendre des agents recenseurs qui vont couvrir toute la population de ces zones, peut-être avec l’accompagnement des forces de sécurité. »

La directrice du BUCREP évoque ensuite les zones rouges avec une franchise désarmante : « Nous avons également des régions que nous avons considérées comme des zones rouges, où personne ne peut entrer, parce que nous avons peur de perdre nos agents recenseurs. Dans ces zones, si vous entrez, ou on vous enlève, ou on vous tue. C’est pour ça que nous avons considéré ces zones comme des zones rouges. Et dans ces zones, ce que nous allons faire, c’est une estimation de la population à partir de toutes les données que nous avons. Nous avons fait la cartographie dans tout le Cameroun, et nous avons les données de la cartographie. Et nous pensons donc que nous pouvons faire une estimation de la population de ces zones à partir des données que nous avons du recensement de 2005. Bon, c’est déjà assez loin, c’est vrai. Mais nous allons prendre ce qu’on a dans le cadre du recensement de 2005 pour faire cette estimation. »

 « La population est très compliquée, très difficile » : l’inquiétude du BUCREP

La Directrice Générale du Bureau Central des Recensements et des Études de Population (BUCREP), Bernadette Mbarga, insiste sur le contexte électoral qui complique la tâche. « Bon, vous savez que la population est très compliquée, très difficile. Avec tout ce qu’il y a eu ces derniers temps – il y a eu les élections présidentielles, il y a eu les élections législatives et régionales, et maintenant on prépare les élections municipales – la population s’occupe de tout ce qui se passe pendant les élections. Et si on fait le recensement pendant cette période, il faut bien sensibiliser la population. Parce que si on ne sensibilise pas, ils ne vont pas répondre à toutes les questions qu’on va leur poser. »

Antonio Querido, représentant de la FAO au Cameroun, pointe un autre défi de taille : la longueur du questionnaire. « Le questionnaire est déjà assez long. Parce qu’on a combiné le questionnaire du recensement de la population et de l’habitat avec le questionnaire de l’agriculture et de l’élevage. Donc le questionnaire est long. Ça va prendre du temps, et si on ne les sensibilise pas, ils risquent de ne pas répondre à toutes les questions qu’on va leur poser. Donc la sensibilisation est très importante pour que les gens puissent nous donner des réponses à tout ce que nous allons leur demander. »

Il réaffirme l’engagement de son institution : « En tant que système des Nations Unies, nous sommes heureux d’être invités par le gouvernement du Cameroun à faire partie de ce processus. En tant que FAO et UNFPA, nous sommes ici pour offrir un support technique pour l’ensemble de l’exercice. Et aujourd’hui, nous sommes ici pour examiner la stratégie de communication. La communication est importante pour l’appropriation nationale, pour la confiance publique, mais elle est aussi importante pour l’engagement au niveau communautaire. Donc nous, en tant que FAO, nous sommes venus ensemble pour assurer une communication robuste pour la participation publique, afin que cet exercice important soit un succès au Cameroun. »

« Un recensement inclusif » : le plaidoyer de l’UNFPA

Reprenant la parole, le Dr Justin Koffi détaille la vision inclusive portée par l’UNFPA. « Bien, comme vous le savez et comme l’ont dit mes prédécesseurs, l’UNFPA, dans son mandat, est une des agences des Nations Unies qui assure le leadership en matière de recensement général de la population et de l’habitat. Ce que nous préconisons cette fois-ci – et nous nous réjouissons de la présence massive des agences du système des Nations Unies – c’est que le système des Nations Unies est divers. Donc, comme vous l’avez vu, nous voulons un recensement inclusif. » L’inclusion signifie aller jusqu’au dernier kilomètre. « Nous voulons toucher la zone rurale. Nous avons des agences qui pénètrent les dix régions jusqu’au dernier kilomètre. Nous voulons un recensement qui prenne en compte les populations vulnérables, les populations déplacées internes, les réfugiés. Et nous avons donc nos collègues de l’OIM, nous avons nos collègues du HCR, nous avons nos collègues du PNUD, nous avons nos collègues de l’OMS et autres qui nous accompagnent dans ce processus. »

Le représentant de l’UNFPA insiste également sur la dimension genre. « Nous avons également la spécificité de la femme. Nous voulons que ce recensement ne soit pas l’objet d’exacerbation des violences faites aux femmes. Et donc, que les femmes soient sensibilisées, que les filles soient sensibilisées, que les populations autochtones soient sensibilisées à venir massivement contribuer au recensement. Parce que, in fine, ce que nous recherchons, c’est la planification du développement. Et sans données, nous ne pouvons pas planifier. Et le Cameroun est un pays sérieux : nous n’allons pas planifier sur des bases incertaines. »

Il rappelle enfin l’importance sanitaire de l’opération : « Le recensement est crucial pour la santé publique car il permet de cartographier précisément la population, d’identifier les besoins spécifiques par zone géographique et de planifier efficacement les infrastructures médicales. Il fournit les données démographiques indispensables pour gérer les épidémies, allouer les ressources sanitaires et évaluer l’état de santé général. »

32.059 agents                                                                                       

Kouam Félix, coordonnateur et assistant technique UNFPA/FAO pour le 4ème recensement, livre les chiffres clés et les innovations de cette opération hors norme. Interrogé sur les retombées pour le Cameroun, il pose d’emblée le cadre : « Ce que je voudrais dire d’entrée de jeu, c’est que le Cameroun organise à la fois son quatrième recensement général de la population et de l’habitat et son deuxième recensement général de l’agriculture et de l’élevage. Il faut souligner que ces deux opérations, essentielles pour le pays, ont été instituées en 2015 par un décret du Président de la République. Cela montre l’importance qui leur est accordée au plus haut niveau de l’État. Sous l’instruction du Premier ministre, chef du gouvernement, ces deux opérations ont été mutualisées afin d’optimiser les ressources et les efforts. » Les bénéfices attendus sont multiples. « Le recensement général de la population permet tout d’abord de collecter des données fondamentales, indispensables à la planification du développement. Ces données nous permettent de connaître la population du Cameroun, ses caractéristiques : combien sommes-nous, comment sommes-nous répartis sur le territoire, et où vivons-nous ? Ces informations sont cruciales pour la planification des services sociaux de base. Par exemple, elles aident à déterminer combien d’écoles ou de routes sont nécessaires dans chaque région pour répondre efficacement aux besoins des populations. »

Le coordonnateur rappelle également la dimension politique de l’exercice. « Ces données sont également très importantes pour la gouvernance, notamment en matière de planification urbaine. Il faut aussi reconnaître que le recensement général de la population a une dimension politique. En effet, la détermination du nombre de députés ou de conseillers municipaux dans une localité donnée est généralement indexée sur les effectifs de population de ces localités. Cela montre à quel point les données collectées sont capitales, non seulement pour la planification du développement, mais aussi pour l’organisation politique et administrative du pays. »

Côté agricole, les enjeux sont tout aussi stratégiques. « En ce qui concerne le recensement général de l’agriculture et de l’élevage, il va permettre d’obtenir des données précises sur les exploitations agricoles. Cela nous aidera à mieux planifier la production agricole, à cerner les besoins alimentaires de la population, et à mieux gérer les questions liées à la production et à la sécurité alimentaire. » Kouam Félix confirme les dates officielles : « Je voudrais saisir cette occasion pour rappeler l’arrêté que le Premier ministre, chef du gouvernement, a signé, fixant les dates de début et de fin de ce recensement mutualisé : le démarrage est prévu pour le 24 avril 2026 et la fin des opérations de collecte des données pour le 29 mai 2026. »

Il détaille ensuite les innovations qui marquent une rupture avec les précédentes éditions. « Si l’on revient sur les innovations de ce quatrième recensement, il faut souligner qu’il présente des avancées majeures. Aujourd’hui, le Cameroun réalise un recensement numérique, c’est-à-dire qu’il y aura une utilisation de smartphones et d’applications mobiles tout au long des différentes phases de mise en œuvre. » Le chiffre est impressionnant : 32.059 agents recenseurs seront déployés sur le terrain. « Deuxième innovation majeure, poursuit Kouam Félix : ce recensement se déroulera avec la mise en place d’un programme d’assurance qualité, dans le cadre de l’assistance technique apportée par l’UNFPA et la FAO. » 

Vingt et un ans après le dernier comptage officiel qui avait établi la population à un peu plus de 17 millions d’habitants, le Cameroun s’apprête à écrire une nouvelle page de son histoire statistique. Les estimations provisoires du BUCREP pour 2023 font déjà état de près de 29 millions d’habitants, avec des régions comme l’Extrême-Nord (5,5 millions), le Centre (5,2 millions) et le Littoral (4,2 millions) en tête des zones les plus peuplées. Mais les estimations, aussi sophistiquées soient-elles, ne remplaceront jamais un dénombrement réel. Du 24 avril au 29 mai 2026, le Cameroun retiendra son souffle. Pendant cinq semaines, 32.059 agents recenseurs munis de smartphones sillonneront villes et villages, frapperont aux portes, poseront des questions, compteront. Pour que, comme le souhaite le Dr Justin Koffi, « la voix du recensement résonne positivement dans chaque foyer du pays ». Une chose est sûre : après vingt ans d’attente, le Cameroun ne se contentera pas de se compter. Il se révélera à lui-même.

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Elvis Serges NSA'A DJOUFFO TALLA

Rédacteur en Chef Adjoint

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