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Hôpital de District de Biyem-Assi : Quand l’hygiène rencontre la haute technologie

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Avec des protocoles de nettoyage dignes d’une salle d’opération, l’Hôpital de district de Biyem-Assi fait de l’hygiène son étendard. 

Scanner de dernière génération, robot d’analyse au laboratoire, imagerie de pointe… cette formation sanitaire publique a franchi un cap en matière d’équipement. 

De l’accueil fluide de 150 patients par jour à l’hospitalisation haut standing, en passant par le suivi de plus de 2500 personnes vivant avec le VIH, l’établissement, dirigé par le Dr Minyem Fils Emmanuel, conjugue rigueur organisationnelle et humanisation des soins.

« Désormais, les malades qui viendraient ici pourraient manger dans nos toilettes, c’est dire le niveau de propreté ! » Cette déclaration, aussi surprenante qu’audacieuse, émane d’OWONA François Xavier, personnel d’hygiène et d’assainissement. Elle résume à elle seule la métamorphose radicale qui s’opère au sein de l’Hôpital de District de Biyem-Assi. Loin des clichés d’un hôpital public aux sanitaires douteux, cet établissement situé au cœur de Yaoundé est en train de réécrire les règles de l’hygiène hospitalière et de l’excellence des soins. Ce n’est pas un hasard. Cette révolution propreté est le fruit d’une politique managériale exigeante impulsée par la direction. Sous l’impulsion du Directeur, qui a doté les services des moyens nécessaires, chaque agent est devenu un maillon essentiel de la chaîne de qualité. OWONA François Xavier, que l’on surnomme désormais “Monsieur Propre”, ne compte pas ses heures. Avec une équipe d’une vingtaine d’agents répartis 24h/24, le protocole est militaire : “Nous larvons au moins quatre fois par jour, je dirais même dix fois tellement le passage est intense. Dès qu’une seconde se passe, nous nettoyons. C’est pour cela que vous constatez qu’il n’y a pas de papier par terre, que ça ne sent pas mauvais.” Une fierté légitime qui repose sur un travail de fourmi, incluant des rondes quotidiennes de sensibilisation, notamment auprès des mamans de la maternité pour éviter les bouchons dans les canalisations. Ici, la propreté est l’affaire de tous, et le Directeur, en soutien constant, valide et encourage chaque initiative.

Un accueil orchestré comme une horloge
Cette rigueur, on la ressent dès l’entrée. À l’accueil, c’est TEZANO Berline, Majore de service, qui mène la danse. Le hall d’entrée est fluide, organisé. « Le matin, c’est vraiment la vitesse ! » s’exclame-t-elle. « Nous recevons en moyenne autour de 150 malades par jour, du lundi au vendredi, et nous les dispatchons vers les spécialistes : rhumatologie, neurologie, dermatologie, ORL, ophtalmologie… ». Avant même de voir le médecin, chaque patient passe par la case “paramètres” (tension, glycémie, poids), un gain de temps considérable pour la consultation. Une mécanique bien huilée qui rassure et met en confiance.

Le Sanctuaire du Repos : L’Hospitalisation
Après l’accueil, le parcours du patient peut le mener à l’hospitalisation. Et là encore, la surprise est totale. SEH Louise Géraldine, Responsable de l’hospitalisation haut standing, nous guide à travers des couloirs d’un calme absolu. « Nous disposons de huit chambres réparties entre super hospitalisation et hospitalisation classique A et B », détaille-t-elle. « Toutes disposent de toilettes sophistiquées avec eau chaude, salle de bain, et des sanitaires d’une propreté irréprochable ». Mais au-delà du confort, c’est la rigueur des soins qui prime. « Mon rôle est de veiller à ce que l’hôpital soit toujours propre, que les soins soient administrés correctement et aux heures prévues », insiste-t-elle. Avec une femme de ménage en permanence et un vigile jour et nuit, le service fonctionne 24h/24, accueillant toutes les pathologies, de la pédiatrie à la chirurgie, faisant de cet espace un véritable havre de paix pour la guérison.

La technologie au service du diagnostic
Poursuivons notre visite. Ici, la modernité n’est pas un vain mot. Le laboratoire, dirigé par le Dr EBISSOULEYE JESSICA, est un modèle de productivité. « Nous avons récemment acquis un nouveau robot qui nous permet d’atteindre une cadence d’environ 200 échantillons par jour », annonce-t-elle fièrement. Ce plateau technique hors normes comprend des analyseurs de biochimie, des spectrophotomètres, des appareils à immunofluorescence pour des examens pointus comme la TSH, et même un équipement pour l’électrophorèse de l’hémoglobine. Avec une équipe d’environ 70 techniciens, le laboratoire réalise « entre 100 et 150 examens par jour », allant de la simple créatinine aux bilans complets. « Le Camerounais moyen qui vient à l’Hôpital de District de Biyem-Assi peut obtenir son bilan complet sans difficulté », se réjouit le Dr EBISSOULEYE. Une promesse tenue grâce à une organisation rodée et des résultats rendus rapidement via des postes de saisie dédiés.

L’imagerie, vitrine de l’excellence
Cette démarche d’innovation trouve son prolongement naturel au service d’imagerie médicale. Le Dr NKADA Valérie, médecin radiologue, travaille avec un outil qui a changé la donne : le scanner hi-tech. Cet équipement, salué par le ministre de la Santé lors de son inauguration, incarne la volonté de « démocratiser l’accès aux services requérant le scanner », comme le rappelait alors le Directeur. Aujourd’hui, grâce à cet outil et au professionnalisme de l’équipe, les patients n’ont plus besoin de courir vers des cliniques privées onéreuses. L’hôpital public propose désormais une imagerie de pointe accessible.
La prise en charge globale : du cœur au Vih

Cette rigueur, on la retrouve chez les spécialistes. En cardiologie, le Dr NGO TJEN Irene tire la sonnette d’alarme face à l’augmentation des pathologies chez les jeunes. « Nous recevons entre 300 et 400 patients par mois, et de plus en plus de quadragénaires », confie-t-elle. Le service, intégré à la médecine générale, lutte contre l’hypertension artérielle, l’insuffisance cardiaque, avec une approche pragmatique : « Nous priorisons les examens les plus urgents pour ne pas décourager les patients ». Parallèlement, au service de médecine, le Dr HADIDJA MAIGARI, neurologue, gère un flux de 50 à 100 patients par jour avec humanisme. « Nous savons que le patient qui arrive est déjà éprouvé, donc nous faisons de notre mieux pour éviter les éclats de voix », explique-t-elle, illustrant la philosophie de l’établissement : soigner avec le cœur, même avec des moyens parfois limités.

Cette philosophie, le Dr PIRSOU, Conseiller Médical, la structure à travers la formation continue. « Nous organisons des staffs hebdomadaires tous les mercredis et des enseignements post-universitaires », détaille-t-il. C’est ainsi que la chirurgie ORL, dont il est un pionnier, est devenue parfaitement opérationnelle, formant les équipes aux dernières techniques. Enfin, des unités sensibles comme la prise en charge du VIH, dirigée par le Dr ASSENG AZOMBO Erica, affichent des résultats impressionnants. « Nous suivons 2570 personnes et un grand nombre de nos patients ont une charge virale indétectable », annonce-t-elle. Ici, tout est gratuit : consultations, traitements, et le soutien psychologique est assuré par des agents formés. Un modèle de lutte contre la stigmatisation.
La vie qui naît : une maternité sur le pied de guerre

Notre périple s’achève à la maternité, où SIRI AKENJI, la majore, supervise les naissances. « Nous avons trois gynécologues et vingt-deux paramédicaux. Nous réalisons en moyenne 3 à 4 accouchements par jour et prenons en charge les violences sexuelles », explique-t-elle, montrant l’étendue d’un service qui va de la consultation prénatale à la planification familiale, en passant par la prise en charge des fistules. En définitive, l’Hôpital de District de Biyem-Assi, sous la houlette d’un Directeur qui a su déléguer et responsabiliser, n’est plus seulement un lieu de soins.

C’est une démonstration éclatante que l’hôpital public camerounais peut allier propreté légendaire, technologie de pointe et humanisme. Des toilettes où l’on pourrait “manger” par terre aux salles de réanimation ultramodernes, une seule philosophie guide cette maison : la santé, un avenir prometteur, pour tous.

Interview

« Nous offrons désormais des soins de qualité qui évitent aux patients de longues attentes »

Nommé à la tête de l’Hôpital de District de Biyem-Assi en novembre 2024, le Dr MINYEM Fils Emmanuel, médecin de santé publique au parcours remarquable, dresse le bilan d’une année et trois mois de gestion à la tête de cette formation sanitaire stratégique de la région du Centre. Dans cet entretien exclusif, il revient sur les innovations majeures – du laboratoire robotisé à l’arrivée de nouveaux spécialistes, les défis quotidiens d’un établissement confronté à une forte affluence, et la vision qui anime ses 280 agents pour offrir des soins accessibles et humanisés à près d’un million d’habitants.
Docteur MINYEM Fils Emmanuel, vous êtes le directeur de l’Hôpital de District de Biyem-Assi. Pour nos lecteurs qui ne connaîtraient pas encore cette formation sanitaire, pouvez-vous nous la situer géographiquement et nous présenter brièvement son histoire ?
Je vous remercie tout d’abord pour l’intérêt que vous portez à notre formation sanitaire. L’Hôpital de District de Biyem-Assi est situé dans la région du Centre, précisément dans le district de santé de Biyem-Assi qui épouse les contours de l’arrondissement de Yaoundé VIe. Pour être plus concret, nous sommes localisés non loin du rond-point express de Biyem-Assi, avec un point de repère facile : nous sommes voisins de Camtel Biyem-Assi. Une fois que vous êtes à Camtel, vous êtes à l’hôpital.
Quant à notre histoire, comme la majorité des formations sanitaires de quatrième catégorie que l’on appelle hôpitaux de district, notre établissement a commencé modestement. C’était d’abord un centre de santé intégré, ce que les populations appellent communément “dispensaire”, qui répondait aux besoins de santé de base de la population. Par la suite, il a été érigé en centre médical d’arrondissement, puis, suivant le découpage sanitaire qui a organisé les régions en districts de santé, il est devenu hôpital de district, je pense que c’était aux alentours de 1998.

Vous êtes à la tête de cet hôpital depuis novembre 2024, soit un an et trois mois. Avant cela, vous avez occupé plusieurs postes de responsabilité. Pouvez-vous nous retracer brièvement ce parcours qui vous a conduit ici ?
Je suis effectivement médecin de santé publique et j’ai eu l’honneur de bénéficier de la haute confiance de Monsieur le Ministre de la Santé Publique, le Dr Manaouda Malachie, qui m’a nommé à ce poste le 26 novembre 2024. Cette nomination s’inscrit dans la continuité de la confiance qu’il m’a toujours accordée depuis qu’il est à la tête du ministère. Je dois dire que tout a commencé en novembre 2020, lorsqu’il m’a confirmé au poste de Chef de Poste de Santé aux Frontières de l’Aéroport International de Yaoundé Nsimalen, un poste que j’occupais par intérim depuis 2017. Peu de temps après, en avril 2022, il m’a nommé chef de district de santé de Djoungolo. En mai 2023, j’ai été désigné directeur intérimaire de l’Hôpital de District de Djoungolo, tout en cumulant mes fonctions de chef de district. J’ai été confirmé à ce poste de directeur le 19 janvier 2024. Et moins d’un an plus tard, le ministre m’a à nouveau renouvelé sa confiance en me nommant à la tête de l’Hôpital de District de Biyem-Assi. Je saisis cette opportunité pour exprimer ma profonde gratitude à Monsieur le Ministre. Grâce à lui, je construis une carrière riche et diversifiée, et je mesure pleinement la chance que j’ai de pouvoir servir mon pays à des postes aussi stratégiques. Beaucoup de mes confrères peuvent sans doute m’envier ce parcours, et je les comprends, mais je le vis comme un appel à me dépasser constamment pour justifier cette confiance.
Le ministère de la Santé publique fait confiance à de nombreux jeunes cadres comme vous. Comment appréciez-vous cette dynamique impulsée par le ministre ?
C’est une question délicate, car vous me demandez de porter un jugement sur le pouvoir discrétionnaire d’un ministre de la République. Je ne m’aventurerai pas sur ce terrain, car cela ne relève pas de mes compétences. Ce que je peux dire, en revanche, c’est que nous, les jeunes cadres, accueillons très favorablement cette confiance. Nous nous battons au quotidien, autant que faire se peut, pour donner au ministre davantage de raisons de croire en la jeunesse. Certains pourraient penser que ces nominations sont guidées par des considérations autres que la compétence. Je pense pour ma part que c’est bien la compétence, la loyauté et le désir de servir que le ministre perçoit chez cette jeunesse, et qu’il souhaite mettre ces qualités au profit de la nation.
Depuis votre arrivée à Biyem-Assi, quelles sont les innovations et les améliorations que vous avez apportées ?
Il faut d’abord reconnaître que j’ai trouvé un hôpital qui avait déjà une notoriété et une renommée établies. C’est l’un des premiers hôpitaux de la région du Centre, et le challenge était donc élevé. Dès mon arrivée en décembre 2024, nous avons identifié un ensemble de défis que nous avons commencé à adresser progressivement. Sur le plan des infrastructures, nous avons entrepris d’importants travaux de réhabilitation et de rénovation. Nous avons rénové le standing des hospitalisations, amélioré les commodités pour les patients, notamment les toilettes. Nous avons également travaillé sur l’accueil et sur l’image externe de la structure. Si vous vous promenez dans l’hôpital aujourd’hui, vous constaterez que tout est propre, les murs sont bien repeints, les plafonds ont été changés ou rénovés. Mais le plus important, c’est l’amélioration de l’offre de soins et de services. Notre premier défi était de renforcer nettement les capacités de notre laboratoire. Comme je vous l’ai dit, cet hôpital est fortement fréquenté, et il fallait répondre à la demande croissante d’examens biologiques. Nous avons donc acquis plusieurs équipements, notamment un robot de biochimie qui nous permet de réaliser un grand nombre d’examens en peu de temps, avec une très bonne précision. Aujourd’hui, à l’Hôpital de District de Biyem-Assi, vous avez un laboratoire capable de réaliser l’ensemble des examens biologiques que l’on peut trouver dans n’importe quel hôpital de la ville de Yaoundé, avec une rapidité d’exécution et de rendu des résultats qui facilite la prise de décision par le médecin traitant. Ensuite, nous avons mis l’accent sur les compétences médicales. Nous avons accueilli de nouveaux spécialistes et élargi notre panier de soins, et c’est un bonheur pour les malades qui n’ont plus besoin de faire la queue dans d’autres structures pour rencontrer un spécialiste.
Quels sont les nouveaux services ou les spécialités qui ont été renforcés ?
Je ne dirais pas que des services entièrement nouveaux ont vu le jour, mais certains ont été nettement améliorés. En chirurgie, par exemple, nous avons augmenté le nombre de spécialistes. Nous avons désormais un chirurgien pédiatrique, ce qui n’existait pas auparavant. Nous avons également un chirurgien cardiovasculaire et thoracique. Aujourd’hui, si vous avez des varices, elles peuvent être prises en charge ici parce que nous avons un chirurgien vasculaire. On peut réaliser des décortications pulmonaires grâce à notre chirurgien cardiovasculaire. Tous les problèmes vasculaires et certains problèmes cardiaques nécessitant une intervention chirurgicale peuvent désormais être résolus dans notre hôpital. Avant, nous référions ces patients ; aujourd’hui, nous ne référons plus. Nous avons également augmenté le nombre de médecins généralistes et renforcé les spécialités déjà existantes pour faciliter le flux des malades. Désormais, on n’attend plus longtemps, on est rapidement reçu, et ce du lundi au vendredi pour pratiquement toutes les spécialités.
Revenons sur le fonctionnement de votre banque de sang. Comment est-elle gérée et comment arrivez-vous à satisfaire les besoins ?
Toutes proportions gardées, je pense que notre banque de sang est l’une des meilleures de la ville. Pourquoi ? Parce que nous avons presque toujours du sang disponible, et cela tient à notre exigence de qualité. Je vous parlais tout à l’heure des capacités de notre laboratoire : nous avons acquis une chaîne Elisa qui nous permet de nous assurer que le sang n’est pas infecté par le VIH ou d’autres pathogènes. Nous garantissons ainsi la qualité du sang que nous transfusons. Nous sommes également très stricts sur les précautions de collecte et de transfusion. Et nous faisons tout pour satisfaire les besoins des malades, afin qu’ils n’aient pas à chercher ailleurs. Nous avons un service de néonatologie avec 12 couveuses, une maternité fonctionnelle avec un bloc opératoire pour les césariennes, et nous prenons en charge de nombreux drépanocytaires. Vous comprenez donc que nous avons besoin de sang en quantité suffisante et de qualité irréprochable. Jusqu’à preuve du contraire, le sang utilisé à Biyem-Assi est sain. Quant aux chiffres, c’est un peu complexe. La politique veut qu’une poche de sang sortie corresponde à deux donneurs. Logiquement, si nous sortons dix poches pour dix malades, nous devrions avoir collecté vingt poches. Mais il arrive qu’un malade n’ait pas de donneurs. Dans ce cas, nous sortons le sang sans donneur pour répondre à l’urgence, car nous ne laissons pas un patient mourir faute de donneurs. C’est aussi cela, notre politique, et je pense que c’est ce qui fait que notre formation sanitaire est appréciée.
Parlons de la Couverture Santé Universelle (CSU). Comment fonctionne-t-elle dans votre hôpital ?
La CSU fonctionne très bien chez nous. Nous respectons strictement le cadre réglementaire défini par les directives du ministre de la Santé publique. Conformément à ce qui est attendu d’un hôpital de district, nous offrons la consultation gratuite pour tous les enfants de 0 à 5 ans, le traitement gratuit du paludisme simple et grave, la prise en charge gratuite du VIH et de la tuberculose, et les consultations prénatales sont gratuites pour les femmes enceintes. C’est le panier de soins de base, auquel s’ajoute bien sûr la vaccination dans le cadre du Programme élargi de vaccination.
Et concernant la maternité, quel est votre taux d’accouchements et comment fonctionne le service ?
Le nombre d’accouchements varie selon les périodes. On sait que la grossesse dure neuf mois, donc on observe des pics, par exemple pendant les grandes vacances si on projette neuf mois plus tôt. En moyenne, nous réalisons entre 110 et 120 accouchements par mois. Nous comptons augmenter ce chiffre grâce à la sensibilisation et à la vulgarisation de la qualité de nos services. Nous avons trois médecins gynécologues très compétents, des infirmiers spécialisés en sciences de la reproduction et de nombreuses sages-femmes aguerries. Notre principal problème, c’est la capacité d’accueil. Globalement, l’hôpital dispose de 119 lits, mais quand on les répartit par service, c’est très insuffisant. La maternité, par exemple, a trois salles d’hospitalisation : une salle d’accouchement de huit lits, une salle de pathologie gynécologique de huit lits et une salle pour les femmes ayant subi une césarienne, également de huit lits. Au total, 24 lits pour toutes ces catégories, ce qui est très peu. Il peut arriver qu’en un seul jour, nous réalisions quatre ou cinq accouchements, et les huit lits pour les femmes qui viennent d’accoucher sont vite saturés.
Disposez-vous de couveuses pour les prématurés ?
Oui, comme je l’ai relevé, nous avons un service de néonatologie. Il ne fonctionne peut-être pas encore selon toutes les normes idéales à cause des contraintes d’infrastructure, mais nous avons actuellement 12 couveuses. Nous nous battons pour que toutes les mamans qui accouchent soient satisfaites de la prise en charge de leurs nouveau-nés. Le personnel est très impliqué et dévoué.
Combien de personnels compte votre hôpital et quelles sont leurs catégories ?
Nous avons toutes les catégories de soignants : des médecins spécialistes, des médecins généralistes, des infirmiers supérieurs, des infirmiers principaux, des aides-soignants. Au laboratoire, nous avons des ingénieurs médicaux-sanitaires, des techniciens principaux et des agents techniques. Côté génie sanitaire, nous avons des techniciens. Au total, nous sommes environ 280 personnels qui exercent à l’Hôpital de District de Biyem-Assi.
Quelle est la fréquentation annuelle de l’hôpital ?
En moyenne, nous recevons entre 4 500 et 5 000 patients par mois. Il y a des périodes de grande affluence où nous atteignons 6 000 à 7 000 consultations mensuelles.
Avec un tel flux, comment sont organisés vos services d’urgences ?

Pour mieux gérer le flux, nous avons divisé les urgences en trois catégories : les urgences chirurgicales, les urgences médicales et les urgences pédiatriques. Chaque type d’urgence est pris en charge dans une unité spécifique avec les spécialistes du domaine. Cela nous permet de juguler le flux et d’éviter les mélanges. Tout ce qui est traumatique est géré séparément, tout comme les urgences médicales et pédiatriques.
Combien coûte une consultation dans votre hôpital ?
La consultation chez un médecin généraliste est à 1 000 francs CFA. Chez un médecin spécialiste, elle est à 3 000 francs CFA.
Qu’en est-il des malades qui n’ont pas les moyens de payer, ce qu’on appelle souvent les indigents ?
Je préfère parler de malades insolvables, car l’indigence a une définition précise qui relève du service social. C’est le service social qui peut qualifier un malade d’indigent. Mais on peut se retrouver en situation d’insolvabilité sans être indigent : la maladie vous a surpris et vous n’avez pas les moyens immédiats de faire face. Notre politique, conformément aux directives du ministre sur l’humanisation des soins, n’est pas de séquestrer les malades. Nous ne retenons personne. Lorsque des patients ont des difficultés à régler leur facture, le directeur accorde très souvent des réductions. Nous avons eu quelques rares cas où des malades sont sortis sans payer, après enquête du service social établissant clairement leur incapacité à régler. Nous ne les avons pas retenus. D’ailleurs, garder un malade qui ne peut pas payer n’est bénéfique pour personne, car nous manquons de place. Si nous occupons un lit avec un insolvable, nous privons deux ou trois autres malades qui auraient pu payer d’être hospitalisés. Je voudrais préciser que le ministre de la Santé publique a pleinement conscience de cette problématique de l’insolvabilité et de l’indigence. C’est pourquoi il alloue chaque année un fonds spécifique pour régler les factures des patients insolvables. C’est une mesure sociale importante qui permet de garantir l’accès aux soins pour tous.
Disposez-vous d’une ambulance pour les évacuations ?
Nous n’en disposons pas encore. Un plaidoyer a été adressé à Monsieur le Ministre de la Santé publique, et nous savons qu’il est toujours à l’écoute des préoccupations des formations sanitaires. Nous sommes confiants qu’il apportera une réponse rapide à ce besoin.
Votre mot de la fin pour nos lecteurs ?
Je voudrais dire à la population que l’Hôpital de District de Biyem-Assi est résolument engagé à offrir des soins de qualité, accessibles et humanisés. Nous avons les compétences, les équipements et la volonté de servir. Que les malades viennent en confiance, ils seront bien accueillis et bien soignés. Nous travaillons chaque jour pour mériter cette confiance et pour être à la hauteur des attentes de notre hiérarchie et de nos patients.
Monsieur le Directeur, vous avez évoqué plus tôt la question des malades insolvables. Comment l’hôpital gère-t-il cette réalité ?
Effectivement, c’est une préoccupation constante. Je dois souligner que le ministre de la Santé publique a pleinement conscience de cette problématique de l’insolvabilité et de l’indigence chez certains malades. C’est pourquoi, chaque année, il alloue un fonds spécifique pour régler les factures des patients insolvables. Cette mesure nous soulage énormément et nous permet de confirmer que nous avons à la tête du ministère un bon père de famille, soucieux du bien-être de tous les Camerounais, y compris les plus démunis.
Parlons à présent de la pharmacie de l’hôpital. Comment fonctionne-t-elle ?
C’est un fonctionnement classique, mais rigoureux. Tout commence par l’approvisionnement. Nous nous procurons nos médicaments conformément aux directives du ministre de la Santé publique, uniquement auprès des structures agréées. Ensuite, nous avons un personnel qualifié qui assure non seulement la gestion des stocks, mais aussi et surtout la bonne conservation des médicaments. Car on peut s’approvisionner au bon endroit, mais si on conserve mal, tout est compromis. Nous pratiquons des tarifs réellement accessibles aux malades. Notre objectif n’est pas de réaliser des bénéfices comme peuvent le faire les officines de ville, mais plutôt de répondre aux besoins de santé des populations. C’est une mission de service public.
En tant que directeur, quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez dans la gestion quotidienne de l’hôpital ?
Vous savez, c’est cela même l’intérêt d’être directeur : gérer les problèmes. C’est le cœur du métier. Les difficultés sont multiples, mais je vais me concentrer sur les plus structurantes. Le premier défi, et sans doute le plus important, c’est l’infrastructure. Dans sa configuration actuelle, l’hôpital ne répond plus à la demande. Nous avons de nombreux médecins, spécialistes et généralistes, mais ils ne disposent pas tous d’un bureau de consultation au même moment. Pour pallier cela, nous planifions soigneusement les consultations : certains médecins commencent à 12 heures pour finir tard dans la soirée, afin que tous les créneaux soient couverts. L’idéal serait évidemment d’agrandir la structure pour que tous les spécialistes puissent travailler aux heures réglementaires.
Deuxième aspect : l’hospitalisation. Je vous ai mentionné les 24 lits pour le service de gynécologie-obstétrique. Au regard de la demande, c’est très insuffisant. Prenons un exemple concret : si cinq femmes subissent une césarienne sur deux ou trois jours, sachant qu’une hospitalisation post-césarienne dure au moins cinq jours, vous arrivez rapidement à saturation. Dès le quatrième jour, vous n’avez plus de lits disponibles. C’est la même chose pour les accouchements avec nos 11 lits. Si vous faites quatre accouchements par jour et que chaque femme reste deux à trois jours, vous êtes très vite débordé.
Cette limitation a des conséquences sur l’offre de soins. Certains actes ne peuvent pas être réalisés faute d’espace dédié. En gastro-entérologie, par exemple, il y a des examens que nous ne pouvons pas pratiquer parce que nous n’avons pas la superficie nécessaire pour installer les équipements. Troisième défi : la solvabilité des malades. Bien sûr, il serait plus facile de fonctionner si tous les patients payaient leurs factures. Cela nous permettrait de gérer sereinement notre personnel à travers des primes de motivation, et de régler les fournisseurs dans les délais, tout en respectant le cadre réglementaire des dépenses.
Quatrième difficulté : le personnel. Notre structure fonctionne avec environ un tiers d’agents non fonctionnaires. C’est un poids financier important, mais c’est indispensable pour assurer un service 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, de façon optimale. Si nous n’avions qu’un seul médecin aux urgences, les files d’attente seraient interminables. Nous sommes donc obligés de recruter du personnel non fonctionnaire pour que le malade n’attende pas, pour que le service soit rapide et efficace, et pour éviter l’épuisement des personnels en poste. Nous savons que le chef de l’État a promis le recrutement d’environ 9 000 personnels de santé. Nous espérons que cette mesure nous soulagera, non pas pour licencier ceux qui sont déjà là, mais pour compenser les départs volontaires et réduire notre dépendance au personnel non fonctionnaire.
Vous avez évoqué l’agressivité des malades. Est-ce une réalité dans votre hôpital ?
Malheureusement oui, nous rencontrons de plus en plus de patients agressifs. C’est un phénomène préoccupant dans les hôpitaux de la ville. Heureusement, nous pouvons compter sur l’intervention rapide de la gendarmerie et du commissariat de sécurité publique lorsque nous les sollicitons. Je veux saisir cette occasion pour lancer un appel : le personnel soignant n’est pas l’ennemi des malades. Nous sommes là pour régler leurs problèmes. Il faut que les patients comprennent que nous ne pouvons pas nous multiplier. Quand un médecin est en train de suturer une plaie grave ou de sauver un patient en urgence vitale, il ne peut pas se diviser pour répondre immédiatement à un autre malade. Nous demandons aux patients de respecter cette dimension humaine et de comprendre que quelques minutes d’attente peuvent être nécessaires pour sauver une vie ailleurs.
Vous êtes situé en zone urbaine, avec des habitations proches. Cela pose-t-il des problèmes spécifiques ?
Oui, la proximité avec les habitations et les commerces génère quelques nuisances, principalement sonores. Je pense notamment au stade situé juste à l’arrière de l’hôpital, et surtout aux lieux de culte qui organisent des veillées de prière. Je n’ai rien contre la prière, c’est normal et légitime. Mais lorsque les veillées commencent à 16 heures et se terminent à 2 ou 3 heures du matin avec des enceintes à plein volume, cela perturbe considérablement le repos des malades hospitalisés. Nous avons saisi l’autorité administrative pour que ce problème trouve une solution.
Et concernant les nuisibles comme les rongeurs ou les insectes ?
Peut-on les éviter totalement, même en s’éloignant des habitations ? La réponse est non. Les souris et les insectes viendront toujours, même si l’habitation la plus proche est à 400 mètres. Les normes de lutte anti-vectorielle recommandent d’ailleurs de travailler dans un rayon de 400 mètres autour des formations sanitaires. Mais en ville, comment faire pour qu’aucune habitation ou restaurant ne se trouve dans ce périmètre ? La vraie question n’est donc pas d’empêcher les nuisibles d’arriver, mais de savoir ce que nous faisons une fois qu’ils sont là. Et c’est sur ce point que nous nous concentrons, avec un plan rigoureux de désinsectisation et de dératisation.
Votre mot de la fin pour nos lecteurs ?
À l’attention des populations et des malades, je voudrais dire ceci : aujourd’hui, on a parfois l’impression que le malade voit le personnel soignant comme un ennemi. Ce n’est pas le cas. Nous ne sommes pas vos ennemis, nous sommes à votre service. Nous demandons aux patients de nous comprendre, et de comprendre aussi les autres malades. Lorsqu’il y a un accident grave, les médecins des urgences se déplacent. Si vous arrivez à ce moment-là et que vous attendez 10 ou 15 minutes, ce n’est pas parce qu’on vous néglige, c’est parce qu’une vie est en train d’être sauvée ailleurs. Je termine en remerciant une fois de plus le ministre de la Santé publique pour la confiance qu’il nous accorde et pour l’accompagnement précieux dont nous bénéficions.

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Elvis Serge NSAA DJOUFFO TALLA est un journaliste camerounais spécialisé en santé et enquêtes de terrain, actuellement rédacteur en chef adjoint au groupe Echos-Santé. Lauréat de plusieurs prix nationaux pour ses reportages sur la tuberculose et le VIH, il allie rigueur factuelle et engagement pour les droits humains, notamment à travers des enquêtes sur l’accaparement des terres, la mortalité minière ou l’accès aux soins. Sa démarche s’appuie sur une expertise vérifiée, renforcée par une formation en vérification des faits et un engagement continu pour un journalisme porteur de changement social.

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