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MSF Cameroun : Les actions sur le terrain en débat à Yaoundé

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Réunissant une cinquantaine d’experts à Yaoundé les 26 et 27 mars 2026, Médecins Sans Frontières (MSF) Cameroun tient ses Débats Associatifs de Terrain (FAD) ;

Ce laboratoire d’idées vise à adapter les stratégies d’intervention face aux crises complexes. Entre optimisation logistique et éthique du témoignage, l’organisation s’appuie sur ses 40 ans d’engagement local pour affiner son action ;

En 2025, MSF a notamment réalisé 50 000 consultations. Ce qui confirme son rôle vital de partenaire du système de santé camerounais. Lire la réaction d’Aboubakar Laoualy, représentant du chef de mission MSF au Cameroun, et l’interview de Fleur Pialoux, membre du conseil d’administration de MSF Suisse.

Les travaux se déroulent dans une ambiance saine.

Face à des contextes de plus en plus complexes, marqués par des épidémies, des déplacements forcés et des zones de conflit, la réponse humanitaire ne peut se contenter de solutions préétablies. C’est avec cette conviction profonde que le top management de MSF Cameroun organise depuis le 26 mars 2026 à Yaoundé, les Débats Associatifs de Terrain (FAD). Prévue pour durer deux jours, cette rencontre annuelle constitue un véritable laboratoire d’idées où la parole est donnée prioritairement à ceux qui font l’action au quotidien sur le terrain. Ainsi, ils sont une cinquante de personnes venues des villes de Douala, Mora et Yaoundé à prendre part à cette rencontre stratégique.

Une expertise locale pour une efficacité globale

L’ouverture de cet événement majeur, portée par les interventions des figures clés telles qu’Aboubakar Laoualy (Coordonnateur Logistique à la Mission Cameroun de MSF), Fleur Pialoux (membre du Conseil d’Administration de MSF Suisse), et Delmas Tsafack (Point Focal Associatif National, a tout de suite  marqué la volonté de MSF de briser les silos hiérarchiques habituels. L’objectif affiché est clair : écouter les équipes de terrain pour identifier les défis réels et ajuster les stratégies d’intervention en conséquence. Dans un pays où MSF a déjà opéré dans 8 régions sur 10, cette proximité avec la réalité clinique et logistique est la condition sine qua non de la réussite des missions. Grâce à cet espace de discussion, MSF Cameroun s’assure que les décisions prises au sommet sont en parfaite adéquation avec les besoins des populations vulnérables. Au cours des travaux tenus hier, les participants ont analysées les problématiques opérationnelles sous le prisme de l’expérience vécue, permettant ainsi d’identifier des pistes d’amélioration immédiates pour l’accès aux soins dans les zones les plus enclavées du territoire camerounais.

Témoignage et gestion : les deux piliers de 2026

Ainsi, l’édition 2026 s’articule autour de deux thématiques majeures qui touchent à l’essence même de l’identité de l’organisation. Le premier volet concerne l’éthique du témoignage et le positionnement public : au-delà de l’acte médical pur, MSF s’interroge sur sa légitimité à prendre la parole et sur la manière d’impliquer davantage les patients et les communautés locales dans ses plaidoyers. Le second pilier, plus technique mais tout aussi crucial, concerne l’optimisation des ressources à travers la gestion des médicaments périmés. L’analyse de la destruction de ces stocks est au centre des débats, avec un focus particulier sur la planification des achats et la réduction des pertes financières et logistiques. En abordant ces questions de front, MSF cherche à concilier son idéal humanitaire avec une gestion rigoureuse de ses moyens, garantissant ainsi que chaque ressource disponible soit utilisée de la manière la plus efficiente possible pour sauver des vies.

40 ans d’engagement au Cameroun

Le bilan de l’année 2025 témoigne de l’ampleur herculéenne de la tâche accomplie par les équipes de MSF Cameroun.  En effet, plus de 24 900 cas de paludisme ont été traités. Tandis que 1 757 interventions chirurgicales lourdes et près de 50 000 consultations ambulatoires ont été réalisées sur l’ensemble du territoire durant la même. Il faut dire. Depuis 1984, Médecins Sans Frontières se tient aux côtés du ministère de la Santé publique pour pallier les urgences médicales et les catastrophes naturelles. Cette présence historique de plus de 40 ans confère à l’organisation une connaissance intime du tissu sanitaire camerounais. En réévaluant aujourd’hui ses modes d’action lors des FAD à Yaoundé, MSF réaffirme ses principes fondateurs de neutralité et d’impartialité. Cette rencontre stratégique prouve qu’au sein de l’organisation, le soin ne s’arrête pas au lit du patient ; il se prolonge dans une réflexion constante sur la qualité de l’aide et le respect de l’éthique médicale universelle.

Démarrés le jeudi 26 mars dernier, les Débats Associatifs de Terrain (FAD) organisés par la mission de Médecins Sans Frontière au Cameroun s’achèvent ce vendredi 27 mars 2026.  

Réaction

«Nous espérons un bon résultat au sortir des travaux »

Aboubakar Laoualy,coordonateur logistique par ailleurs représentant du Chef de Mission pour Médecins Sans Frontières au Cameroun.

« Nous sommes là pour les débats associatifs terrain qui sont organisés chaque année par Médecins Sans Frontières dans les pays dont l’organisation est présente. Le but de ces débats associatifs, c’est des débats constructifs pour nous qui réunissent les équipes dans des échanges à l’échelle nationale et qui constituent aussi un cadre de discussion sur des défis liés aux challenges que nous avons sur nos activités et aussi sur les interventions.

On a constaté qu’avec tout ce qu’on fait comme commande internationale des médicaments pour nos projets et les patients, on se retrouve qu’il y a beaucoup de périmés sur ces médicaments et on a décidé de débattre pour essayer de remonter le défi et chercher à résoudre ce problème lié aux périmés qui sont détruits chaque année. Il y a vraiment une valeur qui est mise sur ces médicaments et si on se retrouve à avoir des médicaments périmés qui peuvent nous pousser à aller dans des ruptures, il y a un manque à gagner aussi pour les bénéficiaires. Je pense que le problème que nous devons travailler c’est de voir à partir de la chaîne d’approvisionnement et la gestion de ce stock et l’utilisation de ces médicaments. On a aussi placé la question du témoignage en débat pour trouver que c’est très important pour les patients auxquels nous sommes aujourd’hui au Cameroun et peut-être avec l’expérience de l’équipe aussi qui va contribué à trouver des solutions pour que nous avançons ensemble.

Le témoignage public c’est d’avoir une réflexion dans le rôle de notre façon de faire le témoignage et aussi l’implication des patients et de la communauté dans la prise de parole. Le témoignage le plus simple c’est vraiment qu’au niveau des bénéficiaires qu’ils se sentent vraiment très contents et très à l’aise par rapport à ce que nous nous apportons en tant que contribution pour nos patients. Comme attentes,  nous espérons un bon résultat de la part de l’équipe qui est là aujourd’hui expérimentée pour essayer de relever les enjeux auxquels nous sommes confronté. »

Interview

« C’est l’occasion d’écouter les défis de MSF Cameroun sur le terrain  »

Fleur Pialoux, membre du Conseil d’Administration de MSF Suisse.

Qu’est-ce que vous allez partager avec l’équipe MSF du Cameroun ?

Alors le plus important c’est que c’est surtout ce que eux vont me partager. Je suis là pour écouter. Je suis membre du conseil d’administration de MSF Suisse, je suis venue de Genève pour ces séances. Et c’est vraiment l’occasion pour les personnes au niveau de la gouvernance à Genève d’écouter justement les défis sur le terrain, les réflexions qu’ils ont. Est ce qu’’ils ont leurs propres réflexions critiques sur comment est-ce qu’on travaille ? comment est-ce qu’on peut mieux travailler, mieux accompagner les communautés qu’on sert ? Et donc c’est vraiment plutôt moi qui vais écouter. Et bien sûr, peut-être des fois donner un peu de perspective plus globale parce que j’ai une vision qui dépasse le Cameroun, comme on travaille dans plus de 25 pays. Je vais pouvoir peut-être remettre un peu en perspective. La question du témoignage, par exemple, c’est quelque chose qui dépasse le Cameroun. C’est un sujet qui va être travaillé presque dans tous les pays cette année dans ces débats.

Donc mettre un peu de perspective. Je vais  parler un peu de Gaza, du Soudan, de l’Iran. Quand est-ce qu’on témoigne ? etc. Pourquoi ? Quels sont les risques qui sont pris ? Et puis, oui, vraiment écouter. Et tout ce qui va être dit ici, qui peut aussi être utile pour d’autres missions, en fait, ça va être partagé. Il y a un rapport qui va être fait. Et au niveau de l’Assemblée générale qui aura lieu à Genève en mai, on va pouvoir aussi bien donner la parole, bien retransmettre ce qui a été discuté ici aux autres missions, pour que ça puisse servir aux autres et que ça nourrisse les débats.

Justement, vous qui avez une vue globale, comment est-ce que ces questions sont perçues ailleurs ? Question de témoignages publics et de destruction des médicaments périmés. Est-ce que c’est une problématique, l’apanage du Cameroun ? Ou alors, on en vit ailleurs aussi ?

Alors, sur les deux sujets, sur la destruction des médicaments qui sont périmés, c’est malheureusement quelque chose qu’on voit dans les pays. Alors, les volumes, ça dépend. Des fois, c’est très peu. Des fois, c’est plus. Ça dépend de beaucoup de facteurs, comme disait Aboubacar. Des fois, il y a aussi des changements épidémiologiques, des afflux de personnes ou justement des retours de réfugiés. Donc, on a fait des commandes basées sur des besoins qui ont fait changer avec la situation. Il y a pas mal de considérations au niveau logistique. Des fois, le temps d’avoir toutes les autorisations pour faire l’import des médicaments, ça prend du temps. Et pendant tout ce temps, la dette d’expiration, elle court, n’est-ce pas ? Donc, il y a beaucoup de considérations et des choses qu’on ne pourra jamais voir zéro médicament expiré.

C’est pas possible. Par contre, on travaille toujours, toujours sur aussi faire des donations avant l’expiration. Si on sait qu’on ne va pas utiliser et qu’on a encore 3 mois, 6 mois avant l’expiration, on fait des donations dans des cliniques, etc. pour être sûr qu’elles soient utilisées. Donc, on a vraiment cet objectif. Après, voilà, il y a, je pense, quelque chose d’incompréhensible qu’on ne pourra jamais être à zéro expiré.

Parce que, par définition, c’est vraiment, on travaille dans des contextes qui changent, n’est-ce pas ? Donc, c’est quelque chose qu’on travaille dans toutes les missions. Pas forcément sous forme de débat, mais en tout cas, les équipes d’approvisionnement, de pharmacie, coordination médicale, ils sont vraiment à l’affût de l’inventaire de nos pharmacies, qu’on fait très régulièrement. Ils sont à l’affût de l’évolution de la cour épidémiologique et des besoins du nombre de patients qu’on a au lit. Par exemple, pour toujours être au plus près de la cour et utiliser au mieux nos ressources, parce que c’est important pour nous d’utiliser au mieux nos ressources. C’est aussi pour ça qu’on fait ce débat, en fait. Je trouve vraiment intéressant qu’on se dise, là, on pourrait faire mieux sur nos ressources. Eh bien, on discute de ça. On ne cache pas. Vraiment, on discute ensemble.

Et pour le témoignage, oui, c’est important partout. C’est vraiment des débats qu’on a partout. Vous savez, MSF, c’est, à la base, créé par des journalistes et des médecins qui, déjà, dès le début débattaient ensemble. Et en plus, les débats qu’on fait aujourd’hui, c’est un peu ça qui vient de tout le début de MSF des années 70. Et puis, sur le témoignage, c’est inscrit vraiment dans notre charte, dans nos valeurs. C’est quelque chose qu’on fait vraiment. Mais des fois, c’est un dilemme, c’est sûr.

Vous avez vu ce qui se passe à Gaza, vous voyez ce qui se passe au Soudan, vous voyez ce qui se passe en Iran. C’est vraiment important pour nous de témoigner et, en même temps, toujours garder en tête pourquoi on le fait et quels risques on prend, et quels risques les patients prennent aussi. Si, un jour, on témoigne qu’on ne peut plus travailler parce que le gouvernement nous expulse, alors c’est les patients qui souffrent aussi.

Mais, en même temps, est-ce qu’on peut travailler et voir des choses qui se passent contre des civils dans certains pays et ne rien dire ? Est-ce qu’on devient complices ? Est-ce qu’on devient silencieux ? Ça, c’est des débats qui ont lieu chaque jour, partout. Vraiment, dans le bureau à Genève, c’est des débats qu’on entend dans les couloirs, à la pause café, dans les réunions. Est-ce que là, on a dit assez, pas assez ? Comment on dit les choses ? Mais, à la fin, c’est toujours les patients, les communautés. Comment est-ce qu’on les aide au mieux ? Et le témoignage important chez MSF, peut-être. Il y a deux grandes choses. La première chose, c’est de dire les choses comme on les voit, de manière très factuelle. Et aussi, nous, on est une organisation médicale, non ? Donc, plutôt les chiffres médicaux ou alors tout ce qui est assainissement haut.

Mais surtout, laisser la voix, en fait, faire le témoignage direct. Laisser la voix aux communautés, aux patients, eux-mêmes, de dire leurs choses, leurs mots. Et utiliser la plateforme de MSF, que ce soit les réseaux sociaux. Ça, c’est la partie qu’on voit, non ? Communication, Instagram, Facebook, les médias. Mais il y a aussi une partie témoignage qui se fait directement avec les bailleurs de fonds ou les gouvernements, pour la partie plaidoyer. Donc, ça, c’est vraiment faire des rapports donnés aux différents bailleurs de fonds, aux gouvernements, avec des témoignages de patients ou de chefs communautaires qui disent les choses comme ils les ont vues, eux. Et c’est eux qui racontent, et nous, MSF, on fait juste la plateforme. Ça, c’est vraiment important, parce qu’en fait, les personnes qui savent le mieux, ça reste les personnes elles-mêmes.  

Y a-t-il des cas où le témoignage a aboutit à des conséquences pas très souhaitables ?

 Je ne suis pas sûre. Ça dépend un peu de ce qu’on dit, ça veut dire quoi, des conséquences pas très souhaitables. Des fois, c’est vrai que même si MSF a une grande plateforme, dire les choses, ça ne suffit pas toujours à faire bouger les gouvernements. Ça ne peut pas arrêter les conflits. C’est-à-dire parce qu’MSF dit, attention, on voit des actions contre des civils ici, que le conflit s’arrête.

Ça serait une baguette magique. On n’a pas cette baguette magique. Par contre, au niveau des patients, des communautés, de nos équipes, toujours, on explique bien, voilà, si vous communiquez, voilà les risques potentiels, est-ce que vous voulez votre photo ou pas ? Est-ce que vous voulez qu’on change le prénom ou pas ? Est-ce que vous êtes à l’aise ? Donc, il y a toujours ce consentement qui est fait avec toutes les personnes qui communiquent aussi, parce que c’est important que les gens comprennent quelle est la portée de leur témoignage. Ça ne va pas arrêter la guerre, mais ça peut vraiment faire bouger des choses aussi. Et puis aussi, est-ce qu’ils veulent être anonymes ou pas ? C’est vraiment toujours une option qui est offerte.

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Junior NTEPPE KASSI, 33 ans, est un journaliste scientifique camerounais au Groupe Échos Santé. Spécialiste de la médecine du sport, il met sa passion au service de l'information médicale de pointe.

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