Drépanocytaire depuis la naissance, Aurielle, 22 ans, voit son corps se décomposer maladie après maladie. Faute d’argent, sa famille lance un appel à l’aide. Une proforma médicale s’élève à 27 millions de FCFA pour l’ouverture du genou, les médicaments et l’hospitalisation – une somme impossible à rassembler pour des parents épuisés par des années de combat.
Elle s’appelle NEMOFOUET Aurielle, a 22 ans, et son corps n’est plus qu’un champ de ruines. Sur un lit de fortune, dans une banlieue poussiéreuse de Yaoundé, à Nkongoa, sur la route de Mfou, elle lutte contre une douleur si atroce qu’elle lui vole sa voix, ne lui laissant qu’un murmure. Depuis deux semaines, elle est clouée là, « dans les griffes » de crises vaso-occlusives qui la dévorent. Sans moyens financiers pour regagner un hôpital, sans parents valides à ses côtés, elle n’a plus que son frère aîné, épuisé, et un téléphone portable pour lancer un ultime appel. La drépanocytose, cette maladie génétique sournoise et pourtant parfaitement évitable, est en train de l’achever. Le test de l’électrophorèse avant la grossesse pourrait épargner à tant d’enfants ce calvaire, mais pour NEMOFOUET Aurielle, il est trop tard. Elle est née avec ce poison dans le sang.
Le début de sa vie fut une série d’alertes ignorées, de nuits de fièvre et de pleurs inexpliqués. « À chaque fois, j’avais des crises. Ils ne savaient pas que j’avais cette maladie », confie-t-elle d’une voix que l’on devine étranglée par la douleur. Il faudra attendre ses douze ans, et l’intervention d’un grand frère visionnaire, pour que le voile se lève. « On m’a amené à la fondation Chantal Biya. Un médecin a dit que sûrement j’étais drépanocytaire. On a fait les tests, on a découvert la maladie. » Douze ans d’errance médicale, douze ans de crises subies en silence au village, loin des soins adaptés. Ce retard de diagnostic a scellé son destin. Pendant que ses camarades grandissaient, elle accumulait les hospitalisations, les carences, et une anémie sévère qui l’a très tôt condamnée aux transfusions sanguines à répétition.
« À l’hôpital central, j’ai passé plus d’un an. »
Le parcours d’Aurielle dans le système de santé camerounais est un chemin de croix marqué par des chirurgies à répétition, des rémissions éphémères et des rechutes violentes, toujours freinées par le manque d’argent. En 2023, un ulcère chronique apparaît sur sa jambe gauche. Elle est opérée à l’hôpital central de Yaoundé. « J’ai fait plus d’un an à l’hôpital central », souffle-t-elle. Une éternité. À peine remise, une spondylite, une infection qui ronge sa colonne vertébrale, la cloue à nouveau. Six mois supplémentaires d’hospitalisation. En 2024, on la rouvre. En 2025, au même endroit, on la réopère. Mais le mal est tenace. Le genou, lui, reste menaçant. Une troisième opération est demandée. Refusée. Motif : l’absence de moyens financiers. « On nous a renvoyés de l’hôpital, vu qu’il n’y avait pas les moyens pour ouvrir le genou », raconte-t-elle. Son frère, assis à ses côtés, les traits tirés par l’épuisement, ajoute : « Le pied a recommencé à saigner. On a traîné à la maison, le temps de demander de l’aide partout. » Aujourd’hui, le genou d’Aurielle chauffe, l’infection gronde sous la peau, attendant la moindre occasion pour resurgir. Pendant ce temps, une proforma médicale, établie par la direction de l’hôpital, chiffre à 27 millions de FCFA les soins nécessaires incluant l’ouverture du genou, les médicaments et l’hospitalisation. Un montant impossible pour une famille déjà ruinée.
« Il n’y a pas de moyens pour faire tout ça, c’est ça le problème. »
Aurélle égrène la litanie des prescriptions qu’elle ne peut plus suivre. « Il faut un suivi, boire beaucoup d’eau, prendre l’acide folique sans sauter, éviter le froid, consommer beaucoup de fruits, bien m’alimenter. » Elle marque une pause. « Bon, comme vous avez vu la situation de ma famille, il n’y a pas de moyens. » La maladie ne s’attaque pas seulement à son corps. Elle a dévoré ses parents, restés au village, impuissants. « Mon papa souffre des troubles cytologiques, ma maman a des problèmes de nerfs sciatique. » La détresse d’Aurielle a usé jusqu’à la santé de ceux qui l’ont mise au monde. Aujourd’hui, son seul rempart, c’est son frère. Lui qui a abandonné ses études, qui travaillait sur les chantiers pour payer les soins, qui a pris la relève après le décès de leur tante. « C’est mon seul et unique frère. Il est à mes côtés depuis longtemps. C’est lui qui m’a prise ici quand la maladie s’est aggravée. » Mais le frère craque. Il l’avoue, la voix brisée : « Moi, j’essaye de jouer comme ça. Ça m’a déjà dépassé, en fait. Là où je suis, je ne saurais quoi dire. »
« Je n’arrive pas à supporter. »
La crise actuelle est d’une violence inouïe. Depuis quinze jours, Aurielle n’est plus qu’un corps livré aux douleurs. « C’est avec une voix mélancolique que nous avons échangé avec elle », constate le reporter. « Cette fois-ci, la douleur est tellement atroce que je n’arrive pas à supporter. Je suis couchée, dans les griffes de la douleur. » Aucune morphine, aucun anti-inflammatoire adapté. Seulement un centre de santé de quartier, quand on trouve de quoi payer le transport, et quelques calmants glanés ici et là. Son téléphone, un jour, a même été volé. « On a volé son téléphone parce que c’est mon téléphone qu’elle a utilisé pour faire cette vidéo », précise son frère. Mais c’est sur ce même téléphone qu’elle a enregistré son appel à l’aide, tapant des mots entre deux spasmes, alors que son frère était absent. Elle a envoyé sa détresse dans le vide numérique, en espérant qu’une âme charitable la rattrape.
Un appel à la solidarité, un plaidoyer contre l’ignorance
Le cas d’Aurielle dépasse le simple cadre de l’urgence humanitaire. Il illustre une réalité crue : la drépanocytose continue de tuer au Cameroun, non seulement par manque de moyens, mais aussi par manque de prévention. Un simple test d’électrophorèse avant la conception peut prévenir la naissance d’un enfant atteint. Ce test, peu coûteux, est absent du parcours de soins de nombreux couples. Aurielle est le visage de ces milliers de jeunes Camerounais qui luttent seuls contre une maladie que l’on pourrait réduire par une politique de santé publique volontariste. Elle est aussi le symbole d’une résilience portée par la fraternité, celle de ce frère qui, depuis des années, sacrifie tout pour elle. « Je vous prie vraiment de m’apporter de l’aide. Je prie toute personne qui va voir cette vidéo de m’aider, de partager. Je vis au Cameroun, à Yaoundé. Toute personne qui veut me faire un geste, nous répondons au numéro. » Le numéro qu’elle a laissé est celui d’un dernier espoir. Derrière ce numéro, il y a une jeune femme de 22 ans, brillante étudiante en troisième année ESF — Économie sociale et familiale — qui rêvait de soulager les autres, mais qui lutte aujourd’hui pour sa propre survie. Il y a un frère qui ne sait plus où trouver l’argent pour le prochain pansement. Il y a une mère au village, rongée par l’anxiété, et un père malade, impuissant.
La drépanocytose est une maladie génétique qui se transmet. La souffrance, elle, ne devrait pas se transmettre. Elle devrait cesser là, devant l’indifférence. Si cette histoire vous émeut, si la voix mélancolique d’Aurielle a traversé ces lignes, alors le geste à poser est simple. NEMOFOUET Aurielle n’attend pas un miracle. Elle attend simplement que quelqu’un, quelque part, décroche son téléphone.













































































































































































































































































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