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CHU de Yaoundé : le Pr Djientcheu bannit le tribalisme et la politique

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Par une décision d’une portée juridique et administrative inédite, le Directeur Général du CHU de Yaoundé vient de verrouiller les portes de l’institution aux dérives identitaires.

En s’appuyant sur un arsenal législatif rigoureux, de la Constitution au Code du travail, cette mesure assainit durablement la gestion des ressources humaines en neutralisant les réseaux d’influence extrapro­fessionnels.

Pour le patient, cette réforme est la garantie d’un sanctuaire de soins où la seule loi en vigueur est l’équité thérapeutique, libérée du joug des favoritismes partisans ou ethniques.

L’acte est posé, et il est puissant. Le 16 mars 2026, le Professeur Vincent de Paul Djientcheu, Directeur Général du Centre Hospitalier et Universitaire (CHU) de Yaoundé, a signé la décision N°0002/CHUY/DG. Ce texte, qui fera date dans les annales de la santé publique au Cameroun, interdit formellement toute activité d’associations ou de regroupements basés sur l’appartenance tribale, ethnique, politique, religieuse ou linguistique au sein de la plus haute formation sanitaire académique du pays.

Au-delà d’une simple interdiction, il s’agit d’une refondation de l’esprit du service public hospitalier. Analyse d’une onde de choc nécessaire.

Un ancrage juridique à l’épreuve de la contestation

La force de cette décision réside dans sa solidité légale. Le Directeur Général ne s’est pas contenté d’une injonction morale ; il a convoqué l’ensemble du bloc de constitutionnalité et de légalité camerounais pour justifier sa démarche.

D’un point de vue purement juridique, la décision s’appuie sur la Loi n°92/007 du 14 août 1992 portant Code du Travail, mais aussi sur le décret n°2018/500 portant réorganisation du CHU. En invoquant ces textes, le Pr Djientcheu rappelle que l’hôpital est un espace de travail régi par des obligations de neutralité. L’introduction de logiques “villageoises” ou “partisanes” constitue une rupture du contrat liant l’agent à l’État.

Plus encore, la mention de la Convention Collective Nationale des Hôpitaux Publics et du Serment d’Hippocrate vient sceller le verrou : le soignant n’appartient pas à sa tribu lorsqu’il porte la blouse, il appartient à la Science et à la Nation. En érigeant la discrimination en “faute professionnelle grave” (Article 2), la direction se donne les moyens légaux de radier les brebis galeuses après passage devant le Conseil de discipline.

Vers la méritocratie pure

Pendant des décennies, le mal silencieux de nos administrations a été le “réseautage”. Les associations de ressortissants ou les groupes de pression politiques créaient souvent une hiérarchie parallèle, nuisant à l’efficacité opérationnelle.

L’Article 1er démantèle ces “syndicats de l’ombre”. En interdisant les critères d’adhésion basés sur la tribu ou la politique, la direction générale s’assure que les promotions, les affectations et les notations ne seront plus influencées par des “parrains” du terroir. Un hôpital est une structure paramilitaire par son exigence de discipline. Lorsqu’un subordonné se sent protégé par son appartenance à la même ethnie que son supérieur, la chaîne de commandement se brise. La décision du 16 mars rétablit l’autorité fonctionnelle sur l’affinité émotionnelle. Le texte est une arme de dissuasion massive. En qualifiant ces dérives de fautes graves, le DG simplifie la gestion des ressources humaines : le tribalisme n’est plus une “opinion”, c’est une infraction contractuelle.

La fin du « tri identitaire »

C’est sans doute le volet le plus noble de cette réforme. Le patient camerounais, souvent vulnérable et démuni, craignait jusqu’ici de tomber sur un service “verrouillé” par une communauté qui ne serait pas la sienne. Le patient est désormais protégé par la loi interne du CHU. S’il ressent une négligence ou un retard de soin motivé par ses origines, il peut désormais invoquer cette décision. L’usager n’est plus un étranger dans l’hôpital de sa capitale ; il est un citoyen soigné par des professionnels dont la seule boussole est la pathologie. En interdisant les regroupements politiques et linguistiques, le CHU met fin aux passe-droits qui ralentissaient les prises en charge pour les citoyens n’ayant pas le “bon” carnet d’adresses.

Un acte de salubrité républicaine contre les discours de haine

Le CHU de Yaoundé s’érige ici en laboratoire de l’intégration nationale. À une heure où le pays lutte contre les discours de haine et les replis identitaires, cette décision est une bouffée d’oxygène. Elle rappelle que la modernité administrative ne se négocie pas avec les archaïsmes claniques.

On ne peut pas prétendre à l’excellence médicale avec des méthodes de gestion basées sur le clan. En expulsant la politique et la tribu des blocs opératoires, le CHU se donne les moyens de ses ambitions : rester le fleuron de la médecine de pointe en Afrique Centrale, accessible à tous, sans distinction aucune.

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Junior NTEPPE KASSI, 33 ans, est un journaliste scientifique camerounais au Groupe Échos Santé. Spécialiste de la médecine du sport, il met sa passion au service de l'information médicale de pointe.

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