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INTERNATIONAL

One Health : l’Afrique affine ses armes avant le sommet de Lyon

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Données géospatiales, climat et santé : au cœur d’un webinaire stratégique porté par Galien Afrique et le REMAPSEN.

 En prélude au sommet mondial One Health de Lyon, Galien Afrique, en partenariat avec le Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et de l’Environnement (REMAPSEN), a réuni le 3 avril 2026, experts, scientifiques et journalistes autour d’un webinaire stratégique. Objectif : décrypter les nouveaux outils capables d’anticiper les crises sanitaires sur le continent et peser dans l’agenda mondial.

Au cœur des échanges : la montée en puissance des technologies géospatiales appliquées à la santé publique. Une approche encore peu exploitée en Afrique, mais que les intervenants présentent désormais comme un levier décisif face aux menaces combinées du changement climatique, de l’urbanisation rapide et des maladies émergentes.

Cartographier la vulnérabilité pour mieux agir

L’un des temps forts du webinaire a été la présentation d’un ensemble de données issues d’AfriGEO, portant sur les produits et services de santé et, surtout, sur la vulnérabilité au stress thermique.

Les cartes analysées croisent plusieurs indicateurs clés : température de surface (LST), couverture végétale et âge (population de plus de 65 ans). Deux villes africaines illustrent cette exposition : Accra et Dakar. Dans ces métropoles, les zones rouges signalent des niveaux élevés de vulnérabilité, là où chaleur extrême et vieillissement de la population se combinent.

En filigrane, un constat : les personnes âgées vivant dans des zones urbaines peu végétalisées sont en première ligne face aux vagues de chaleur. Un enjeu de santé publique encore sous-estimé sur le continent.

Pollution et santé : des foyers à surveiller

Autre série de données présentées : les niveaux d’exposition au dioxyde d’azote (NO₂) en Afrique du Sud et au Nigeria sur l’ensemble de l’année 2024, à partir d’images satellites Sentinel.

Les cartes révèlent des zones de forte concentration, notamment dans le nord-est sud-africain et dans les grandes agglomérations nigérianes. Ces foyers de pollution atmosphérique posent une question centrale : celle du lien entre urbanisation, industrialisation et maladies respiratoires.

Pour les experts, ces données offrent une base solide pour orienter les politiques publiques, en identifiant précisément les zones à risque.

L’accès aux soins, angle mort persistant

La question de l’accès aux infrastructures sanitaires a également été abordée à travers une cartographie du Kenya. Celle-ci mesure le temps de trajet entre les zones d’habitation et les établissements de santé publics, en tenant compte de l’indice de précarité (ADI).

Résultat : de larges zones restent enclavées, avec des temps d’accès particulièrement élevés. Un facteur aggravant en cas d’urgence sanitaire, qui souligne l’importance d’intégrer la dimension territoriale dans les politiques de santé.

Zoonoses : comprendre les risques à la racine

Aussi, le webinaire s’est penché sur les maladies zoonotiques, à travers une présentation du Dr Naledzani MUDau. L’experte a mobilisé plusieurs couches de données géospatiales : couverture des sols selon la classification du GIEC, répartition des zones habitées (Global Human Settlement Layer) et densité de population à différentes échelles.

L’analyse met en évidence un point crucial : les zones de contact entre humains, animaux et écosystèmes notamment les espaces agricoles et les zones urbaines en expansion constituent des foyers potentiels d’émergence de maladies.

Plus la densité humaine est élevée, plus le risque de transmission s’accroît. Une réalité qui renforce la pertinence de l’approche One Health, fondée sur l’interconnexion entre santé humaine, animale et environnementale.

Une Afrique attendue au tournant

Au-delà des données, le webinaire pose une question politique : quelle place pour l’Afrique dans la gouvernance mondiale de la santé ?

Avec près de 70 % de la charge mondiale des épidémies et une forte dépendance aux importations médicales, le continent est à la fois vulnérable et stratégique. Les intervenants ont insisté sur la nécessité de renforcer les capacités locales en matière de données, de recherche et d’anticipation.

L’enjeu, à Lyon, sera donc double : faire entendre la voix africaine, mais aussi démontrer que le continent peut produire des solutions innovantes, adaptées à ses réalités.

En misant sur la donnée géospatiale et l’approche intégrée de One Health, l’Afrique esquisse déjà les contours d’une réponse plus proactive. Reste à transformer l’essai sur la scène internationale.

Interview

« L’un des enjeux majeurs reste la capacité à rendre ces données accessibles et exploitables par les décideurs africains. »

Dr Naledzani Mudau, Responsable des produits et services de données, Direction de l’Observation de la Terre, Agence spatiale nationale sud-africaine. Co-Présidente, AfriGEO Health initiative GEO Human Planet.

Aujourd’hui, nous disposons d’un volume croissant de données géospatiales qui, lorsqu’elles sont croisées intelligemment, deviennent de puissants outils d’aide à la décision. En combinant des informations sur la couverture et l’utilisation des sols, la densité de population, les dynamiques d’urbanisation ou encore les données issues de l’observation satellitaire, nous sommes en mesure d’identifier avec précision les zones où les risques sanitaires sont les plus élevés.

Dans le cadre des maladies zoonotiques, cette approche est particulièrement pertinente. Les interfaces entre les populations humaines, les animaux domestiques et la faune sauvage constituent des points critiques. Ce sont dans ces espaces de contact, souvent accentués par l’expansion urbaine ou les activités agricoles, que les risques d’émergence et de transmission des maladies sont les plus importants. Comprendre ces dynamiques spatiales nous permet non seulement de cartographier les risques, mais aussi d’anticiper les zones potentielles de futures épidémies.

Par ailleurs, l’intégration des données sur la densité de population à différentes échelles du kilomètre au maillage plus fin permet d’affiner considérablement l’analyse. Plus la concentration humaine est élevée, plus la probabilité de propagation rapide d’une maladie augmente, en particulier dans des contextes où les infrastructures sanitaires sont limitées ou difficilement accessibles.

L’un des enjeux majeurs reste la capacité à rendre ces données accessibles et exploitables par les décideurs africains. Il ne s’agit pas seulement de produire des cartes, mais de transformer ces informations en outils opérationnels pour orienter les politiques publiques, planifier les interventions et renforcer les systèmes de santé.

L’approche One Health prend ici tout son sens. Elle nous oblige à sortir des silos traditionnels pour considérer de manière intégrée la santé humaine, animale et environnementale. Les données géospatiales constituent un langage commun entre ces différents secteurs. Elles permettent de mieux comprendre les interconnexions et d’apporter des réponses plus efficaces, adaptées aux réalités locales du continent africain.

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MIREILLE SIAPJE

Rédacteur en Chef

Journaliste multimédia, rédactrice en chef du groupe de presse Échos Santé. Spécialisée en santé publique, droits humains et environnement. S’exprime en français et en anglais. Lauréate du Prix Médiation Press Trophies 2014 et du Prix Michel Sidibé 2024.

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