Placée sous l’égide du MINEPIA, du Centre Pasteur du Cameroun et de la FAO, la première journée a combiné renforcement des capacités, restitution d’une étude sur la filière et ateliers pratiques, avec un objectif clair : permettre à la crevette camerounaise de reconquérir des marchés exigeants grâce à une traçabilité irréprochable et un Laboratoire National Vétérinaire (LANAVET) renforcé.
Douala, capitale économique du Cameroun, abritait ce 2026 une effervescence inhabituelle dans les enceintes dédiées aux professions de la pêche et de l’agroalimentaire. Non pas une vague de protestations, mais une ambition collective : remettre les crevettes camerounaises sur les tables exigeantes de l’Union européenne et des États-Unis. Pour y parvenir, un atelier de sensibilisation des acteurs du secteur privé a ouvert ses portes, placé sous le signe de la rigueur sanitaire et de la conformité réglementaire. Première journée d’un rendez-vous crucial, piloté par le projet FISH4ACP, et dont l’issue pourrait bien redessiner l’avenir d’une filière longtemps freinée par des normes internationales non maîtrisées.
La cérémonie d’ouverture a été présidée par le Dr Victor Viban Banah, Délégué régional du MINEPIA pour le Littoral, entouré du Dr Suzanne Belinga, Directeur Général Adjoint du Centre Pasteur du Cameroun (CPC), et de Monsieur Baba Inoussa, représentant de la FAO. Trois institutions, trois expertises réunies pour marteler un même message : l’exportation des crevettes ne se fera plus sans une traçabilité irréprochable et des contrôles sanitaires drastiques. « Les marchés européens et américains ne pardonnent aucun écart. Notre devoir est d’accompagner les acteurs privés vers cette culture de la conformité », a souligné le Dr Banah dans son allocution.
Au cœur de cette première journée, le renforcement des capacités des opérateurs privés. Les experts du Centre Pasteur du Cameroun ont animé des sessions intensives, décortiquant les exigences normatives internationales : limites maximales de résidus de substances antibactériennes, protocoles d’échantillonnage, exigences de traçabilité du lot jusqu’à la crevette, ou encore certifications HACCP. Les participants, représentants de sociétés de pêche, de conditionnement et d’exportation, ont été outillés pour mieux comprendre et appliquer ces règles, une étape clé pour relancer les exportations des crevettes camerounaises vers les marchés de l’Union européenne et des États-Unis. « Nous avons trop longtemps subi des refus aux frontières. Aujourd’hui, nous apprenons à anticiper », confiait un opérateur à l’issue d’une session.
L’autre temps fort de cette journée a été la restitution de l’étude consacrée à la filière crevette au Cameroun. Réalisée dans le cadre du projet FISH4ACP, cette étude dresse un état des lieux sans concession : forces (qualité gustative reconnue, ressources halieutiques encore significatives), faiblesses (faible organisation des petits pêcheurs, lacunes dans la chaîne de froid, absence de laboratoire d’analyse accrédité pour certaines molécules). Mais surtout, elle livre des enseignements appelés à nourrir l’élaboration d’un modèle économique adapté au Laboratoire National Vétérinaire (LANAVET). Véritable outil stratégique, le LANAVET joue un rôle clé dans la vérification de la conformité des crevettes camerounaises aux normes internationales. C’est lui qui doit délivrer le certificat sanitaire garantissant l’absence de pathogènes ou de résidus interdits. Or, sans un modèle économique viable et des équipements à la hauteur, ce maillon essentiel reste fragile. L’étude propose des pistes concrètes pour renforcer ses capacités techniques et financières, afin qu’il devienne un véritable passeport pour l’exportation.
La journée s’est achevée sur une note résolument pratique : des ateliers de groupe où opérateurs privés et experts ont confronté leurs expériences de terrain. Les échanges ont mis en lumière des défis quotidiens – coût des analyses, délais d’obtention des résultats, formation du personnel – mais aussi des solutions partagées. « Ce que nous construisons ici, c’est une chaîne de confiance. De l’éleveur ou du pêcheur jusqu’au consommateur new-yorkais ou parisien », a résumé le Dr Suzanne Belinga.
L’atelier se poursuit demain avec des simulations d’audit et une feuille de route collective. Pour le Cameroun, l’enjeu est de taille : après des années de suspensions ou de retraits volontaires, la crevette camerounaise veut retrouver son rang sur les tables les plus exigeantes. Et ce premier jour de sensibilisation en a tracé le sillon.












































































































































































































































































