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Immunologie au Cameroun : les lymphocytes T régulateurs au cœur du débat scientifique

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À l’occasion de la Journée Internationale de l’Immunologie, la Société camerounaise d’immunologie a réuni chercheurs, cliniciens et étudiants à Yaoundé autour d’une question centrale : comment les cellules T régulatrices du système immunitaire protègent-elles l’organisme contre le VIH, le paludisme et les parasites et que manque-t-il encore au pays pour en faire une discipline d’État ?

C’est à l’Institut de recherches médicales et d’études des plantes médicinales (IMPM) de Yaoundé que la Société Camerounaise d’Immunologie (CIS) a tenu, le 29 avril 2026, sa conférence annuelle marquant la Journée Internationale de l’Immunologie. Thème retenu pour cette édition : « Les lymphocytes T régulateurs : gardiens de l’équilibre immunitaire ». Un choix scientifique précis, mais aux implications très concrètes pour un pays qui enregistre, selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en 2024, près de 3 millions de cas de paludisme, 2 millions de cas d’infestation par les helminthes et environ 2.6% de cas de VIH chez les personnes âgées de 15-49 ans au Cameroun pour ces seuls fléaux.

Des cellules au cœur des grandes épidémies

Les lymphocytes T régulateurs ou Tregs, sont des cellules immunitaires chargées de moduler, voire de freiner, la réponse inflammatoire de l’organisme lorsqu’elle risque de devenir destructrice. Exprimant à leur surface les marqueurs CD25 et le facteur de transcription FOXP3, ces cellules jouent un rôle d’arbitre dans des pathologies aussi diverses que le cancer, les maladies auto-immunes et les infections chroniques. « Elles permettent de ne pas avoir de réponses immunologiques incontrôlées et destructrices », a résumé le Dr Justin Komguep Nono, vice-président de la CIS, qui représentait le président de la société, le Pr Godwin Nchinda.

Quatre communications scientifiques ont structuré la journée. Le Pr Godwin Nchinda, Directeur Général Adjoint et Chef de Laboratoire de Vaccinologie/ Bio-banque du Centre International de Référence Chantal BIYA (CIRCB) a présenté une vue sommaire des Tregs, depuis leur origine jusqu’à leur particularités structurelles et fonctionnelles. Le Dr Nono, Chef du laboratoire de Biologie Moléculaire et biotechnologie et responsable de l’unité d’immunobiologie des infections aux helminthes a l’IMPM a exposé le rôle des Tregs dans les infections helminthiques : ces parasitoses intestinales encore très répandues en Afrique subsaharienne en général et au Cameroun en particulier. Le Dr Georgia Ambada, Enseignante à l’Université de Yaoundé I et chercheuse au Centre international de référence Chantal Biya (CIRCB), a analysé leur implication dans les infections persistantes à VIH-1. La contribution la plus chiffrée est venue du Pr Rosette Megnekou, immunologiste au Département de Biologie et Physiologie Animales (BPA) de la Faculté des Sciences de l’Université de Yaoundé I, et chercheuse au Laboratoire d’Immunologie du Centre de Biotechnologie de la même Institution Universitaire : ses travaux portent sur l’immunologie du paludisme placentaire, une forme particulièrement dangereuse de la maladie chez la femme enceinte.

Paludisme placentaire : une découverte aux racines camerounaises

Le Pr Rosette Megnekou a livré des résultats issus de plusieurs années de recherche sur les lymphocytes T gamma-delta et les lymphocytes T folliculaires dans le contexte du paludisme placentaire. Ses équipes ont démontré que ces cellules, dans des conditions normales, participent au maintien de la grossesse. Mais lors d’une infection palustre, leur profil se modifie : l’expression des marqueurs dits « d’exhaustion », qui inhibent l’activité immunitaire, augmente sur ces lymphocytes T, chez des femmes à l’accouchement et infectées, favorisant de lourdes charges parasitaires tant au niveau du sang périphérique que dans le tissu placentaire. Conséquences documentées : anémie maternelle et faible poids du nourrisson à la naissance.

La chercheuse a également rappelé une histoire peu connue : c’est à partir des résultats intéressants de notre équipe de recherche, montrant sur le plan immunologique que, le plasma des femmes enceintes multipares, inhibait in vitro, la prolifération des parasites Plasmodium ; travaux de recherche des scientifiques Camerounais, dirigés à l’époque, par le Professeur Rose FG LEKE, et présentés lors d’une conférence sur le paludisme, à Durban en 1999, qu’une équipe de chercheur danois s’était intéressée, inspirée, et a fini par découvrir en 2003, à partir des techniques de biologie Moléculaire, l’antigène VAR2CSA, aujourd’hui considéré comme un candidat vaccin contre le paludisme placentaire. «  une telle découverte n’a pu être réalisée qu’à cause des immunologistes camerounais et de multiple autres exemples similaires sont à relever, confirmant l’impact depuis le Cameroun de cette spécialité qu’est l’immunologie.», a-t-elle observé, sans amertume mais sans détour.

Une discipline encore à construire

Au-delà des résultats scientifiques, la conférence a été l’occasion d’un diagnostic sans complaisance sur l’état de l’immunologie au Cameroun. Le Dr Nono a été direct : « Non, on n’a pas assez d’immunologistes. Je ne pense pas qu’il y ait un pays dans le monde qui se targuerait d’en avoir assez. » Il a toutefois souligné l’effort de la CIS pour contrer la fuite des cerveaux, en réunissant sur le sol camerounais des chercheurs formés aux États-Unis, en Allemagne, en Afrique du Sud ou au Congo-Brazzaville. « Ils ont tous décidé de rapatrier cette expertise pour en faire don aux prochaines générations. »

La CIS a par ailleurs annoncé une première en Afrique centrale : un cours international d’immunologie co-organisé avec l’Union internationale des sociétés d’immunologie (IUIS), l’Institut de recherche médicales et d’études des plantes médicinales (IMPM) et le Centre Pasteur du Cameroun (CPC), prévu du 23 au 29 novembre 2026 à Yaoundé. Des experts venus du monde entier y formeront des praticiens et chercheurs camerounais et d’ailleurs.

Sur le plan institutionnel, la société a adressé des courriers aux ministères de la Santé et de la Recherche scientifique pour plaider en faveur d’une intégration de l’immunologie dans les politiques de santé publique, en attente d’une audience. Le message est simple : faire de l’immunologie une filière à part entière, du niveau licence jusqu’au doctorat.

La relève prend des notes

Dans la salle, la prochaine génération de chercheurs écoutait. Mbaiarabeye Meterand, étudiant en master 1 de biochimie à l’Université de Yaoundé I, est venu par conviction. « J’envisage axer mes recherches sur l’immunologie. Quand j’ai lu le thème, ça m’a captivé », confie-t-il. Il repart avec une image précise : celle des lymphocytes T gamma-delta capables de présenter des antigènes via les récepteurs CMH1 et CMH2, « très importants pour la recherche ».

Mfenguie Nsangoue Achicatou, étudiante en troisième année de biochimie dans la même université, cherchait à mettre des visages sur des concepts vus en amphithéâtre. Elle en repart avec une conviction : « Les lymphocytes T régulateurs ont un très grand rôle dans la vie. Ils ne stoppent pas le développement d’une maladie, mais ils régulent sa progression. » Et déjà une question qui germe, sur le rôle possible de ces cellules dans les fausses couches à répétition, preuve que la conférence a atteint son objectif pédagogique.

Réaction

« Les Tregs, ce sont les diplomates du système immunitaire »

Dr Justin Komguep Nono, vice-président de la Société camerounaise d’immunologie.

La Société Camerounaise d’Immunologie (CIS) a célébré ce 29 avril 2026, la Journée Internationale de l’Immunologie sous le thème mondial : « Les cellules T régulatrices : gardiennes de l’équilibre immunitaire ». Pourquoi ce choix scientifique en 2026, et qu’est-ce qu’il dit des priorités actuelles de la communauté immunologique au Cameroun ?

La façon la plus simple d’expliquer cet intérêt, c’est de partir de la récente pandémie. Nous avons tous vécu la COVID-19, et nous avons pu observer, en première ligne, que les réponses immunitaires variaient considérablement d’une personne à l’autre. Ce n’est pas un processus aléatoire : c’est quelque chose d’intrinsèquement lié à la capacité spécifique de chaque organisme à contrôler les réponses immunologiques. Les cellules T régulatrices jouent un rôle clé dans ce processus. Elles permettent d’éviter des réponses immunitaires excessives et destructrices.

Je crois que c’est le moment pour les gens d’en apprendre davantage sur ce que j’appelle les diplomates du système immunitaire. C’est pourquoi la Journée Internationale de l’Immunologie, sous ce thème des lymphocytes T régulateurs gardiens de l’équilibre immunitaire, est particulièrement pertinente, surtout dans notre environnement africain et camerounais.

Où en est l’immunologie au Cameroun aujourd’hui, en termes de ressources humaines, d’infrastructures et de reconnaissance institutionnelle ? Est-ce encore une discipline confidentielle dans les cursus médicaux et scientifiques du pays ?

Je dois préciser que je m’exprime ici en tant que chercheur, et non en spécialiste de la pédagogie. Mais sur la base de nos observations, je peux dire que ma suggestion serait d’en faire une discipline à part entière. Cela voudrait dire équiper nos jeunes, dès l’entrée en premier cycle d’études universitaires, de la licence jusqu’au doctorat, du savoir et du savoir-faire spécifiques en immunologie.

Nous venons de traverser une pandémie qui nous a rappelé à quel point cette discipline est critique. L’aptitude du corps humain à lutter contre les infections ou à gérer ses propres dérèglements, c’est précisément le domaine de l’immunologie. L’existence d’une filière universitaire spécialisée en Immunologie, du post-baccalauréat jusqu’au doctorat, est donc plus que nécessaire.

Le Cameroun forme-t-il suffisamment d’immunologistes ? Et comment la CIS lutte-t-elle contre la fuite des cerveaux qui prive le pays de ses meilleurs chercheurs ?

Non, nous n’en formons pas assez. Cela dit, je ne pense pas qu’il existe un pays au monde qui se targuerait d’en avoir suffisamment, tant l’importance de la discipline est grande. Ce sont ces spécialistes qui sont les gardiens de notre homéostase, de notre équilibre immunitaire. Plus on en a, mieux on se porte, sans qu’il y ait véritablement de seuil à atteindre.

Pour lutter contre la fuite des cerveaux, la CIS se donne le défi d’importer de façon stable l’expertise en immunologie de l’extérieur vers l’intérieur du pays. Le président de la société a été formé aux États-Unis, le vice-président conjointement en Allemagne et en Afrique du Sud, le secrétaire général adjoint Conjointement en Allemagne et au Congo-Brazzaville, la trésorière aux États-Unis, en Suisse et au Danemark, et le chargé des relations publiques en Allemagne et aux États-Unis. Ils ont tous décidé de rapatrier cette expertise sur le sol camerounais pour en faire don aux prochaines générations. Avoir une telle exposition internationale tout en restant dans son pays, c’est une chance réelle pour nos jeunes. La CIS s’efforce de faire en sorte que les aspirants immunologistes trouvent ici tout ce dont ils ont besoin, et que le Cameroun reste dans leur champ de vision en s’établissant comme futurs leaders de la recherche scientifique.

Quel message adressez-vous aux autorités camerounaises, ministères de la Santé et de la Recherche, pour que l’immunologie soit davantage intégrée dans les politiques de santé publique ?

Je vais vous confier quelque chose : ce n’est pas la première démarche. Nous avons déjà adressé des courriers à chacun de ces ministères pour les informer de notre mission et de notre vision. Nous espérons que dans les très prochaines échéances, nous serons invités à une audience pour discuter concrètement de la manière dont nous envisageons de faire de l’immunologie une discipline totalement intégrée dans les cursus de formation au Cameroun.

La CIS est-elle suffisamment connectée aux réseaux scientifiques africains et internationaux ? Quels partenariats sont en cours ou en projet ?

Le partenariat international est une composante essentielle de notre société. Un exemple très concret : un cours international d’immunologie se tiendra cette année au Cameroun, du 23 au 29 novembre. C’est une première en Afrique centrale. Il est coorganisé par la CIS et l’Union internationale des sociétés d’immunologie, l’IUIS, par des membres de l’IMPM et du Centre Pasteur du Cameroun. Des experts de plusieurs pays du monde viendront sur le sol camerounais pour former nos chercheurs et praticiens, aussi bien sur le plan théorique que pratique.

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MIREILLE SIAPJE

Rédacteur en Chef

Journaliste multimédia, rédactrice en chef du groupe de presse Échos Santé. Spécialisée en santé publique, droits humains et environnement. S’exprime en français et en anglais. Lauréate du Prix Médiation Press Trophies 2014 et du Prix Michel Sidibé 2024.

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