Transporté aux urgences le corps transpercé par deux barres de fer à béton, un jeune homme d’une vingtaine d’années a été arraché à la mort par la main conjointe de quatre spécialistes : un chirurgien viscéral, un urologue, un chirurgien thoracique et un médecin anesthésiste réanimateur.

Il est entré aux urgences à 14h45, le corps traversé par deux fers à béton. À 15h30, il était déjà sur la table d’opération. Derrière cette performance chronométrée se cache une histoire humaine rare : celle d’un patient d’une vingtaine d’années, arraché à la mort par la main conjointe d’un chirurgien viscéral, d’un urologue, d’un chirurgien thoracique et d’un médecin anesthésiste réanimateur. L’hôpital Laquintinie de Douala, longtemps écrasé par le poids de scandales sanitaires, change de visage. Désormais, c’est le professionnalisme et le patriotisme qui éclairent ses blocs.
Rien ne laissait présager une telle issue. Ce jour-là, aux alentours de 14 heures, un homme d’une vingtaine d’années est victime d’un accident que l’on qualifie pudiquement de « grave ». En réalité, c’est l’horreur à l’état pur : deux barres de fer à béton perforent sa paroi abdominale, traversent les anses intestinales, labourent l’intérieur de son corps. Transporté en catastrophe, il arrive au service des urgences de l’hôpital Laquintinie à 14h45. Son visage est gris. Son pouls, filant. Ses yeux, déjà tournés vers l’autre rive. À cet instant, la politique gouvernementale de prise en charge de l’urgence vitale sans condition bascule dans le réel. Plus de questionnaire administratif. Plus de formalisme. Un seul mot d’ordre : le sauver.
Une entrée au bloc opératoire en 45 minutes

À 15h30, à peine 45 minutes après son arrivée, le patient est conduit au bloc opératoire. Une laparotomie exploratrice est décidée. L’équipe ne prendra pas le temps de douter. Autour de la table se pressent quatre hommes que la rumeur publique commence à peine à connaître, mais que ce jour restera gravé dans l’histoire médicale du Cameroun.
Le Dr Tameyi, chirurgien viscéral, ouvre la voie. Son regard est celui d’un artisan qui connaît chaque recoin du ventre humain. Il explore, écarte, découvre l’étendue des dégâts : les deux barres de fer ont sectionné plusieurs anses, frôlé des organes nobles, semé le chaos. À ses côtés, le Dr Ngandeu, urologue, veille sur l’intégrité des voies urinaires, traque la moindre effraction du système rénal. Le Dr Kamdem, chirurgien thoracique, surveille le haut du champ, prêt à
intervenir si la perforation remonte vers le diaphragme ou la cage thoracique. Et dans l’ombre lumineuse du monitorage, le Dr Essoh, médecin anesthésiste réanimateur, maintient le patient à la frontière fragile entre la vie et l’abîme. Il ajuste les perfusions, contrôle les paramètres, retient l’âme du jeune homme d’une main scientifique et paternelle.
La collégialité au chevet d’une vie
Chaque geste est une partition. Il n’y a pas de héros solitaire ici, mais une intelligence collective que l’on appelle la collégialité. Le Dr Tameyi extrait les barres une à une, avec la lenteur calculée d’un démineur. Il répare les anses perforées, suture, nettoie, recoud. Le Dr Ngandeu vérifie l’absence de fistule urinaire. Le Dr Kamdem ausculte le souffle des poumons. Le Dr Essoh maintient ce cap ténu où le cœur ne s’arrête pas. Quand la dernière suture est posée, quand le champ opératoire est nettoyé, l’équipe souffle. Le patient est vivant. Il est sauvé. Un Camerounais de vingt ans qui aurait pu mourir dans l’indifférence des statistiques reprendra le chemin de la vie.
De l’ombre des scandales à la lumière du patriotisme
Longtemps, l’hôpital Laquintinie de Douala a été synonyme de défaillances. Dossiers médicamenteux opaques, matériel défectueux, rumeurs de détournements. Les Camerounais avaient appris à en avoir peur. Mais ce jour de 2026, c’est un autre visage qui s’est imposé sous les projecteurs. Celui du professionnalisme. Celui du patriotisme médico sanitaire. Ces quatre médecins n’ont pas seulement sauvé un patient. Ils ont rappelé à tout un pays que l’excellence existe encore dans les hôpitaux publics, souvent en silence, toujours dans l’urgence, et malgré les difficultés. Le serment d’Hippocrate n’est pas une formule désuète. Il s’est incarné, ce jour-là, dans les doigts gantés du Dr Tameyi, dans la vigilance du Dr Ngandeu, dans la précision du Dr Kamdem et dans la persévérance du Dr Essoh.
E.S.N


































































































































































































































































