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Retrait de l’USAID : le système de santé camerounais sous perfusion

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Un an et demi après la suspension des financements américains, le Cameroun mesure l’étendue des dégâts. Paludisme, VIH, tuberculose : trois piliers de la santé publique ébranlés, des projets annulés, des patients vulnérables;

Derrière la crise des financements se dessine une question profonde : comment un pays qui compte parmi les dix plus touchés d’Afrique par le paludisme a-t-il pu laisser sa santé publique dépendre, à ce point, d’un seul bailleur ?

La souveraineté sanitaire du pays est désormais en question.

C’est un chiffre qui résume l’ampleur du séisme. 51,13 millions de dollars, soit environ 30,678 milliards de FCFA : c’est le montant des fonds américains qui ont disparu du système de santé camerounais depuis la décision de l’administration Trump de suspendre les financements de l’USAID, en janvier 2025. Une coupe dont les effets, un an et demi plus tard, continuent de se faire sentir sur le terrain.

Des programmes décimés

Le paludisme a perdu 10 % de ses fonds en 2025, le VIH 9 %. Le Dr Albert Zeh Meka, Secrétaire permanent du Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP), confirme un manque à gagner de 13 millions d’euros, soit environ 8,5 milliards de FCFA sur les seuls financements américains pour le paludisme, pour le cycle 2024-2026. Au total, 32 projets initialement prévus pour 2025 ont été annulés.
Le tableau est d’autant plus sombre que le Cameroun compte parmi les dix pays les plus touchés d’Afrique par le paludisme, avec plus de 2 millions de cas et 1 756 décès enregistrés en 2023. Et que depuis son installation dans le pays, l’USAID appuyait le gouvernement chaque année à hauteur de plus de 60 milliards de FCFA dans plusieurs domaines, dont la santé.

Des patients en danger

Sur le terrain, les conséquences sont humaines et immédiates. Dès les premières semaines de la suspension, plusieurs centres de santé financés par les programmes américains ont fermé leurs portes. Cyrille Yolande Bechon, directrice exécutive de l’ONG Nouveaux Droits de l’Homme, l’a constaté : la fermeture de ces structures ouvre automatiquement la porte à de nouvelles infections par le VIH et à la rupture de la prise en charge gratuite du paludisme et de la tuberculose.
La disponibilité des antirétroviraux n’est plus garantie. L’alerte a été lancée. Lors d’une session à l’Assemblée nationale, le Dr Joseph Fokam, Secrétaire Permanent du Comité National de Lutte contre le Sida, a tiré la sonnette d’alarme sur la trajectoire des financements extérieurs. À l’horizon 2030, a-t-il prévenu, le Cameroun risque de se retrouver avec zéro financement international pour la riposte au VIH/Sida, une perspective qui rendait urgente et incontournable la mobilisation des ressources domestiques. Dans le Nord et l’Extrême-Nord, la situation est encore plus critique : des agents de santé désormais non rémunérés ont continué à distribuer des médicaments antipaludiques à bicyclette, dans des zones soumises aux attaques de Boko Haram.

Une réponse partielle

Face à l’urgence, le gouvernement a tenté de colmater les brèches. Un nouveau mécanisme a été négocié avec Washington pour un appui de 240 milliards de FCFA sur cinq ans. Mais les fonds collectés par les pouvoirs publics peinent à combler le vide : avec 30 milliards de FCFA mobilisés, le Cameroun est loin du compte.
La leçon, amère, est tirée par les experts : pendant des décennies, le gouvernement camerounais ne dépensait que 2,1 millions de dollars par an pour le paludisme, quand les États-Unis en fournissaient 22 millions. La dépendance était structurelle. Le réveil, douloureux.

Vers une souveraineté sanitaire

Face au désarroi du secteur mondial de la santé, il est urgent que les gouvernements africains investissent dans ce secteur crucial, sous peine de voir les progrès réalisés au cours de décennies annulés. Pour le Cameroun, la question n’est plus théorique. Elle se pose aujourd’hui dans les couloirs de chaque hôpital de district, dans chaque centre de prise en charge, dans chaque village où un agent de santé communautaire attend des médicaments qui ne viennent pas.

Encadrés : Chiffres clés


51,13 millions de dollars : Montant total des fonds USAID supprimés dans le secteur de la santé au Cameroun

30,678 milliards de FCFA : Équivalent en francs CFA de la coupe américaine
32 projets annulés en 2025 faute de financement
13 millions d’euros : Manque à gagner sur les seuls financements paludisme (cycle 2024-2026)
-10 % / -9 % : Perte de fonds enregistrée en 2025 respectivement par le programme paludisme et le programme VIH
2 millions de cas de paludisme enregistrés au Cameroun en 2023, pour 1 756 décès
340 sites de prise en charge du VIH ouverts grâce au PEPFAR contre 56 avant son déploiement
640 milliards de FCFA investis par Washington dans la santé camerounaise sur vingt ans
2,1 millions de dollars : Budget annuel du gouvernement camerounais pour le paludisme, quand les États-Unis en fournissaient 22 millions
240 milliards de FCFA : Nouveau mécanisme négocié avec Washington sur cinq ans
77 000 réfugiés du camp de Minawao dont les services humanitaires ont été perturbés.

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MIREILLE SIAPJE

Rédacteur en Chef

Journaliste multimédia, rédactrice en chef du groupe de presse Échos Santé. Spécialisée en santé publique, droits humains et environnement. S’exprime en français et en anglais. Lauréate du Prix Médiation Press Trophies 2014 et du Prix Michel Sidibé 2024.

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