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Anxiété : quand les maux du cœur révèlent ceux de la nation

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Samedi 25 avril 2026 à Yaoundé, la Fondation CIEL a réuni un cardiologue, un imam et un métaphysicien autour d’un même constat : l’anxiété des Camerounais est un problème de santé publique. Leur pari ? Proposer des remèdes croisés – biologique, spirituel et culturel – pour restaurer l’équilibre intérieur de chacun.

Le Cameroun traverse aujourd’hui une zone de turbulences où l’imprévisibilité du lendemain semble être devenue la seule constante. Entre les interrogations sur l’avenir institutionnel du pays, la cherté de la vie et la précarité sociale, le citoyen moyen évolue dans un brouillard de stress permanent. Or, ce climat n’est pas sans conséquences organiques : il nourrit un fléau invisible mais dévastateur, l’anxiété. Pour répondre à cette urgence, la Fondation CIEL a organisé une conférence internationale de haut vol, transformant le diagnostic médical en une réflexion holistique sur le bien-être global.

La science au chevet du stress national

L’invité de marque de ce rendez-vous, le Pr Emmanuel Eroume à Egom, cardiologue de renommée internationale venu des États-Unis, a d’emblée jeté un pavé dans la mare en liant la stabilité politique à la santé cardiovasculaire. Pour ce scientifique, l’incertitude prolongée est plus délétère que les traumatismes isolés. « Lorsque les situations ne peuvent être ni anticipées ni comprises, il s’installe un état de vigilance permanent », explique-t-il. Ce stress chronique déclenche une cascade biologique fatale : activation du système sympathique, dysrégulation du cortisol et inflammation systémique. Le Pr Eroume à Egom prévient : ces mécanismes augmentent drastiquement la mortalité, indépendamment des facteurs classiques comme le diabète ou l’hypertension. Toutefois, il refuse de diaboliser ce mal : « L’anxiété n’est pas une maladie, c’est un signal. Comme un détecteur de fumée… On ne peut pas toujours contrôler l’incertitude, mais on peut réguler la façon dont le corps y répond. » Sa thérapie ? Une combinaison de régulation des rythmes physiologiques et de stratégies spirituelles validées par la science.

Foi et métaphysique : des lectures croisées

Cependant, la science n’était pas seule à la tribune. Le dialogue s’est enrichi des perspectives spirituelles et culturelles, offrant une grille de lecture pluridimensionnelle. Pour l’Imam Omar Soulemane Ben I, le remède souverain réside dans la reconnexion avec le divin. Il pointe une démission spirituelle globale : « Ce qui nous tue, c’est de mettre les problèmes dans notre cœur sans y installer Dieu. » Selon lui, si l’État doit jouer son rôle en offrant des occupations à la jeunesse pour apaiser les cœurs, la paix intérieure reste le fruit d’une foi inébranlable.

De son côté, le métaphysicien Kamit Aziati a porté un regard plus radical, qualifiant l’anxiété de l’Africain de « viscérale » et historique. Utilisant l’allégorie de l’arbre et du poteau électrique, il estime que le mal-être camerounais provient d’un déracinement culturel. « Si vous êtes déraciné de votre culture et de votre tradition, vous ne vivez pas votre vie. Vous vivez par procuration », a-t-il martelé. Pour lui, l’aliénation religieuse et éducative instille une peur chronique dès l’enfance, faisant du visa le seul espoir de salut. La thérapie, ici, est une décolonisation mentale profonde et une réappropriation de ses propres références.

Vers une prise en charge intégrale

Malgré la diversité des approches, un consensus s’est dégagé : l’anxiété au Cameroun est un défi de société qui nécessite une réponse multisectorielle. Les participants ont bénéficié de consultations gratuites, symbolisant cette volonté d’offrir une « manne thérapeutique » accessible à tous. Le Pr Eroume à Egom a d’ailleurs insisté sur le fait que la prise en charge ne doit pas nécessiter un capital important, mais plutôt des techniques adaptées et un suivi personnalisé.

En conclusion, la conférence de la Fondation CIEL a brillamment démontré que la paix du cœur est le socle de la santé du corps. Que ce soit par la science cardiovasculaire, la ferveur de la foi ou le retour aux racines ancestrales, l’urgence est de sortir de cet état de vigilance permanent. À Yaoundé, ce 25 avril, les experts ont envoyé un message clair : l’anxiété n’est pas une fatalité, mais une bataille pour la dignité et l’équilibre que chaque Camerounais doit désormais mener, soutenu par une action publique plus protectrice et une spiritualité retrouvée.

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Elvis Serge NSAA DJOUFFO TALLA est un journaliste camerounais spécialisé en santé et enquêtes de terrain, actuellement rédacteur en chef adjoint au groupe Echos-Santé. Lauréat de plusieurs prix nationaux pour ses reportages sur la tuberculose et le VIH, il allie rigueur factuelle et engagement pour les droits humains, notamment à travers des enquêtes sur l’accaparement des terres, la mortalité minière ou l’accès aux soins. Sa démarche s’appuie sur une expertise vérifiée, renforcée par une formation en vérification des faits et un engagement continu pour un journalisme porteur de changement social.

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