Face à la dégradation des terres et à la vulnérabilité des populations rurales, la FAO propose de valoriser durablement la biomasse et les savoirs locaux à condition de renforcer la gouvernance et d’éviter les risques d’accaparement ou d’exclusion.
Alors que la 34e session de la Conférence régionale de la FAO pour l’Afrique s’achève à Nouakchott, un constat s’impose : le continent ne pourra durablement assurer sa sécurité alimentaire sans mieux concilier conservation de la biodiversité et développement d’une bioéconomie inclusive. Tel est l’objet d’un document stratégique présenté aux ministres africains, qui appelle à une harmonisation urgente des politiques.
Et si la solution aux crises alimentaires et écologiques de l’Afrique venait de ses propres ressources naturelles ? C’est en tout cas la thèse défendue par la FAO dans un document intitulé « De la biodiversité à la bioéconomie », soumis à l’examen des ministres réunis à Nouakchott du 13 au 17 avril 2026.
En effet, le continent africain possède un capital naturel exceptionnel : biodiversité génétique, variété des espèces et des écosystèmes, biomasse abondante, sans oublier les systèmes de connaissances traditionnelles associés. Pourtant, ce patrimoine reste largement sous-exploité ou surexploité, ce qui aggrave la dégradation des terres, la perte d’habitats et la vulnérabilité des populations rurales.
C’est pourquoi, la FAO propose une approche nouvelle : mieux harmoniser les stratégies relatives à la biodiversité avec celles portant sur la bioéconomie. Ainsi, il ne s’agit plus d’opposer conservation et production, mais de faire de la première le levier de la seconde. Par exemple, la valorisation durable de la biomasse – résidus agricoles, plantes locales, ressources forestières – peut alimenter des filières innovantes (biopesticides, emballages biodégradables, énergie verte) tout en préservant les écosystèmes.
Toutefois, ce virage ne va pas de soi. Le document de la FAO identifie plusieurs risques et arbitrages. D’une part, une bioéconomie mal conçue pourrait accentuer la pression sur les terres et les ressources en eau, ou bénéficier surtout aux grandes entreprises au détriment des petits exploitants. D’autre part, la marchandisation de la biodiversité – par exemple via la bioprospection – soulève des questions d’équité et de partage des bénéfices.
En conséquence, les experts appellent à des exigences de gouvernance claires : cadres réglementaires inclusifs, reconnaissance des droits des communautés locales, investissements dans la recherche et la formation, ainsi que mécanismes de suivi transparents. De plus, une meilleure coordination entre ministères (Agriculture, Environnement, Industrie, Recherche) est indispensable pour éviter les silos.
En définitive, l’enjeu est de taille : transformer les engagements politiques en résultats concrets sur le terrain. Si l’Afrique réussit ce passage de la biodiversité à la bioéconomie, elle pourra non seulement renforcer sa sécurité alimentaire et sa résilience climatique, mais aussi créer des emplois décents, notamment pour les jeunes et les femmes en milieu rural. À l’inverse, l’inaction prolongerait les cycles de pauvreté et de dégradation des ressources.
Comme le rappelle le document de la FAO, « la bioéconomie respectueuse de la biodiversité n’est pas une option parmi d’autres : c’est une condition de la durabilité africaine ». Reste à savoir si les États membres sauront traduire cet appel en actes avant que les marges de manœuvre ne se réduisent encore.












































































































































































































































































