Depuis l’annonce du retour des coupures d’électricité par l’entreprise Eneo, les formations sanitaires du Nord encaissent de plein fouet les délestages. Entre diagnostics perturbés et malades suffocants, le système sanitaire ralenti.
Il y a un mois, la compagnie de transformation et de commercialisation de l’énergie électrique annonçait officiellement la reprise des délestages dans la région du Région du Nord. Un calendrier de coupures, rendu public par la société, est venu rythmer le quotidien des ménages et des entreprises. Mais au-delà des désagréments domestiques et économiques, un autre secteur encaisse de plein fouet ces interruptions répétées, celui de la santé.
Dans la plupart des formations sanitaires, l’absence de groupe électrogène ou de solution énergétique alternative plonge les responsables dans un désarroi constant. Les coupures intempestives révèlent la fragilité d’un système déjà confronté à d’autres défis structurels. Le problème se situe à deux niveaux, le fonctionnement technique des hôpitaux et les conditions d’hospitalisation des patients.
Premier constat, l’hôpital suffoque. Les laboratoires d’analyses biomédicales, les services d’imagerie médicale ou encore les unités de stérilisation dépendent entièrement de l’énergie électrique. Sans courant, les appareils s’arrêtent net. Aucune analyse n’est possible, aucun cliché radiologique ne peut être réalisé, compromettant ainsi le diagnostic et la prise en charge rapide des malades.
Les patients, parfois venus de localités éloignées, sont contraints d’attendre indéfiniment le retour de l’électricité. Or, dans bien des cas, la lumière tarde à jaillir. Les urgences médicales se retrouvent suspendues au bon vouloir du réseau électrique. Dans certaines structures, même les blocs opératoires ne sont pas épargnés, obligeant les équipes soignantes à reporter des interventions programmées.
Dans les zones reculées, loin de la capitale régionale, la situation est encore plus critique. Des centres de santé fonctionnent au ralenti, des initiatives communautaires sont stoppées et le personnel médical se débrouille avec les moyens du bord. Les responsables tentent de ménager leurs équipements et de prioriser les cas les plus urgents, mais les marges de manœuvre restent limitées.
L’autre versant du problème touche directement les malades. Sans électricité, pas de ventilation, parfois même pas d’éclairage suffisant la nuit. Or, la saison sèche bat son plein dans la région, avec des températures particulièrement élevées.
Dans les salles d’hospitalisation, la chaleur devient étouffante. « Lorsqu’il n’y a pas la lumière, je préfère faire sortir ma fille. Elle se couche à l’air libre et poursuit son traitement dehors, car à l’intérieur il fait extrêmement chaud », confie une garde-malade rencontrée dans un hôpital de la région. Une scène devenue banale dans plusieurs structures.
Moussa Djoda, habitant de Djalingo, non loin de Garoua, se souvient de son hospitalisation : « J’ai passé trois jours dans un centre de santé. Quand la lumière est partie, c’était en pleine nuit. C’était très gênant. » Entre inconfort, insécurité et angoisse, l’expérience hospitalière se transforme en épreuve supplémentaire pour des patients déjà affaiblis par la maladie.
Seuls les grands hôpitaux de la région, à l’instar de l’Hôpital Général de Garoua, du Centre hospitalier régional de Garoua ou encore de l’Hôpital Régional de Garoua, disposent de groupes électrogènes capables de prendre le relais lorsque le réseau public flanche. Ces équipements permettent d’assurer une continuité minimale des soins, notamment dans les services critiques.
Pour les autres formations sanitaires, en revanche, l’absence de source alternative d’énergie constitue un handicap important. Chaque coupure devient une urgence logistique, chaque délestage un risque pour la sécurité des patients.
Face à cette situation, de nombreuses voix s’élèvent pour appeler les autorités à doter les formations sanitaires d’équipements autonomes en énergie. Au-delà du confort, il s’agit d’une question de vie ou de mort.













































































































































































































































































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