Dépigmentation de la peau – Les hommes de couleur deviennent la nouvelle cible des firmes cosmétiques

Selon un article publié sur le site de France 24, le marché de la cosmétique a gonflé de 40% ces dernières années parce que les africains se blanchissent de plus en plus la peau.

 «Dans mon entourage, tout le monde se dépigmente, mes sœurs, mes tantes, pourquoi moi qui suis un homme, je ne pourrais pas suivre cette mode », confie Koffi, un Congolais de 34 ans, qui se blanchit la peau depuis une dizaine d’années.

Même si la dépigmentation volontaire est une pratique majoritairement féminine, selon les chiffres publiés en 2019 par la mairie de Paris, environ 20% des femmes de couleur résidant en région parisienne utiliseraient des crèmes éclaircissantes. Les hommes auraient également recours à ce type de produits. Mams Yaffa, fondateur de l’association Esprit d’ébène est à l’initiative d’une campagne d’affiches de sensibilisation contre la dépigmentation de la peau lancée en décembre dernier, à Paris. Il appuie qu’ « on pense souvent à tort que seules les femmes d’origine subsaharienne se dépigmentent mais c’est une idée reçue. Il n’y a qu’à regarder le nombre d’artistes masculins qui se blanchissent la peau: le chanteur jamaïcain de dance hall Vybz Kartel, le joueur de baseball dominicain Sammy Sosa ou encore l’artiste afro-américain Michael Jackson.» Ici, pas de zoom sur les peaux ravagées par les produits éclaircissants comme lors de la campagne organisée par la mairie de Paris en 2019, mais des photos esthétiques d’hommes et de femmes d’origines diverses: Africains, Indiens, Asiatiques. « On voulait faire un projet qui ne stigmatise pas les Noirs et qui ne soit pas culpabilisant pour les personnes qui pratiquent le blanchiment de la peau », explique Mams Yaffa.

Contrairement à l’imaginaire collectif, le continent africain ne serait pas le seul concerné par la dépigmentation volontaire. En Asie, par exemple, et plus spécifiquement en Inde, les campagnes publicitaires vantant les mérites des produits éclaircissants ciblent de plus en plus les hommes. Un article publié sur le site de France 24 rapporte que « le marché de la cosmétique a gonflé de 40% ces dernières années, avec une crème éclaircissante (Fair & Handsome) en première place». Dans ces publicités, la peau blanche est souvent associée à la réussite professionnelle et sentimentale.

Une association que l’on retrouve également au Congo, notamment dans une publicité pour Clairmen, une marque de produits éclaircissants dédiés aux hommes. Corps d’athlète, costard-cravate dernier cri, poste à responsabilités, grosse cylindrée, femme conquise, le spot de Clairmen diffusé en 2013 expose les supposés bienfaits de la dépigmentation. Et cela fonctionne. Au Congo-Brazzaville et en République démocratique du Congo, les hommes travaillent, comme leurs compagnes, à parfaire leur teint. Selon Ferdinand Ezembe, psychologue et directeur d’Afrique Conseil, ce n’est pas un hasard si ces deux pays aux passés coloniaux les plus brutaux affichent la plus grande attirance pour les peaux claires: «Cette attitude des Noirs par rapport à la couleur de leur peau procède d’un profond traumatisme postcolonial. Le Blanc reste inconsciemment un modèle supérieur. Le teint clair s’inscrit comme un puissant critère de valeur dans la majeure partie des sociétés africaines.» Une explication que réfute Koffi. «Il ne s’agit pas de ressembler aux Blancs, de me sentir supérieur. Je fais ça parce que ce teint me plaît. Quand un Blanc se rend dans des centres de bronzage, ce n’est pas pour ressembler à un Noir ni pour prendre la place du colonisé!»

Le traumatisme postcolonial n’est pas la seule hypothèse avancée par le psychologue. La représentation exclusivement blanche des grandes figures de la bible aurait inconsciemment affecté les peuples noirs. «Cette idée est renforcée par l’allégorie des couleurs dans l’univers chrétien, basée sur des oppositions entre le clair et l’obscur, les ténèbres et les cieux, où le noir s’oppose toujours à la pureté du blanc», observe Ferdinand Ezembé.

Phénomène de mode, influence de l’entourage et de l’extérieur, traumatisme post-colonial, représentations bibliques, plusieurs facteurs seraient à l’origine de cette pratique. En France, selon les associations, les hommes qui se dépigmenteraient la peau seraient souvent issus du milieu de la Sape (Société des ambianceurs et des personnes élégantes), un mouvement d’identité vestimentaire très répandu à Kinshasa et à Brazzaville.

Elvis Serge NSAA

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