La première Journée Portes Ouvertes consacrée au paludisme, au VIH/Sida et à la tuberculose, tenue le 18 juin 2026 à Yaoundé, a mis en lumière l’ampleur et les résultats des financements du Fonds mondial au Cameroun, dans un contexte de raréfaction des ressources extérieures.
Sous le haut patronage du Premier ministre Joseph Dion Ngute, gouvernement, diplomates, programmes nationaux de santé, organisations de la société civile et partenaires techniques ont fait face à des données précises : depuis le début de la coopération avec le Fonds mondial, le Cameroun a reçu plus de 750 milliards de francs CFA pour la lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme .418 milliards pour le seul VIH, 72 milliards pour la tuberculose, et 268 milliards pour le paludisme.
Le cycle de subvention en cours (GC7, 2024-2026) représente 174 milliards FCFA. Le prochain cycle (GC8, 2027-2029) a déjà été calibré à 205,1 millions d’euros, soit environ 134,5 milliards FCFA, répartis entre le VIH/Sida (113,9 M€), le paludisme (78,8 M€) et la tuberculose (12,3 M€).
Des chiffres qui traduisent des vies sauvées
Les résultats programmatiques présentés lors de la journée dessinent une trajectoire réelle. Sur la période 2021-2025, les agents de santé communautaires financés par Plan International Cameroun ont testé 2,1 millions de cas de paludisme, en traitant 94 % (1,7 million). Plus de 331 000 bénéficiaires VIH ont été atteints, dont 276 529 femmes enceintes orientées vers les soins prénataux. Côté tuberculose, 32 069 suspects ont été référés au diagnostic.
Le Programme national de lutte contre la tuberculose (PNLT) affiche un taux de succès thérapeutique de 87 % chez les nouveaux patients, avec 28 755 cas notifiés sur la période. Soixante-quinze plateformes GeneXpert, 56 TB-LAMP et 35 Truenat ont été déployées pour moderniser le diagnostic. Dans les milieux carcéraux et les camps de réfugiés, le projet JAPSSO a réalisé 10 882 tests moléculaires TB avec un taux d’initiation au traitement de 98,77 %. Pour le VIH en milieu carcéral, 27 790 tests ont été effectués avec 86,35 % de personnes séropositives mises sous traitement.
Sur le front du paludisme, le Programme national (PNLP) enregistre 2 913 279 cas confirmés en 2025, avec 1 274 décès liés à la maladie sur 24 963 décès en formations sanitaires. Le projet Équité Accès Palu d’Impact Santé Afrique a cartographié 995 organisations de la société civile actives et mis en place la Plateforme nationale de coordination des approvisionnements en produits de santé (PCNA). Le programme CARE CAMEROUN de prévention du VIH a dépisté 94 434 personnes (99 % de la cible) et mis 3 782 personnes vivant avec le VIH sous traitement antirétroviral.
Une transition à préparer…
Secrétaire permanent de l’Instance de coordination nationale (ICN), le Dr Arsène Mbeng a présenté la mise en œuvre des financements devant une salle de décideurs. Il a rappelé l’évolution progressive des subventions allouées au pays, du cycle 4 (97 milliards FCFA) au cycle 6 (200 milliards), puis au GC7 actuel, avant d’aborder la question centrale : le Fonds mondial est un mécanisme dont l’horizon est 2030. « Il est question de préparer cette transition de solution et d’investissement au niveau du ministère de la Santé », a-t-il indiqué, appelant à une mobilisation accrue des ressources domestiques pour garantir la continuité des acquis.
Performance et redevabilité comme condition de confiance
Dr Manaouda Malachie, ministre de la Santé publique, a présidé la cérémonie au nom du Premier ministre. Il a rappelé les progrès accomplis avec la contribution du Fonds mondial: la prévalence nationale du VIH est passée de 4,3 % en 2011 à 2,6 %, avec des pics à surveiller dans le Centre (4,6 %), le Sud (4,4 %) et le Nord-Ouest (4,1 %). Le taux de succès thérapeutique de la tuberculose atteint 89,9 %. Sur le paludisme, des campagnes de distribution de masse ont permis de réduire la mortalité.
Le ministre a inscrit cette journée dans une logique politique claire : « Vous voulez mobiliser davantage des ressources, il faut que chacun sache que le dollar ou l’euro ou le CFA qu’ils donnent, qu’ils sachent là où ça part et ce que ça a déjà produit comme résultat. C’est là où nous avons positionné la performance. » Il a également appelé le secteur privé à s’engager davantage, en faisant le lien entre santé des populations et développement économique national.
L’OMS : des progrès fragiles, des ressources sous tension
Le représentant résident de l’OMS au Cameroun, Dr Magaran Monzon Bagayoko, a salué les acquis tout en posant les limites. « Des milliers de vies sauvées, une baisse notable de la mortalité liée au paludisme, des avancées importantes vers les cibles 95-95-95 dans la lutte contre le VIH, une amélioration nette de la détection et du traitement de la tuberculose, ces résultats ne sont pas le fruit du hasard », a-t-il déclaré. Mais il a aussitôt nuancé : « Ces progrès restent fragiles. Des enfants meurent du paludisme alors que la maladie est évitable. » Il a insisté sur la nécessité de conjuguer performance soit « produire un impact réel et mesurable » et redevabilité, seul moyen d’entretenir la confiance des bailleurs et des populations.
La France maintient son engagement, à la baisse
Pr Christophe Vanhecke, conseiller régional en santé à l’Ambassade de France, a éclairé la position française dans un contexte international contraint. La France, l’un des principaux contributeurs au Fonds mondial, a réduit son engagement de 1,6 milliard d’euros pour le GC7 à 660 millions d’euros pour le GC8. « On est toujours dans les plus grands financeurs », a-t-il précisé, rappelant que 9 à 10 % de cette contribution transite par Expertise France pour financer des projets complémentaires dans les pays, ce que l’Initiative/Expertise France met en œuvre au Cameroun à travers des projets ciblés sur la TB pédiatrique, l’accès équitable au traitement du paludisme, ou la santé des populations vulnérables. « La lutte contre les trois pandémies à travers le Fonds mondial reste une priorité pour la France », a-t-il affirmé.
GFAN Africa et Impact Santé Afrique : le plaidoyer comme levier
Parallèlement aux projets de terrain, le Fonds mondial finance une architecture de plaidoyer : le réseau GFAN Africa (Global Fund Advocates Network Africa), créé en 2011. Ce mouvement fédère environ 500 membres : organisations de la société civile, communautés affectées, parlementaires, jeunes leaders, pour défendre un Fonds mondial pleinement capitalisé.
C’est Impact Santé Afrique (ISA), basée à Yaoundé, qui assure le secrétariat de GFAN Africa pour l’Afrique francophone, tandis que la zone anglophone est coordonnée par WACI Health (Nairobi). ISA concentre son action sur le Cameroun, la Côte d’Ivoire, la RDC, le Niger, le Sénégal et le Burkina Faso, en mobilisant les parlementaires africains pour des engagements financiers concrets en faveur du Fonds mondial.
Les résultats sont mesurables : 14 pays africains francophones ont pris des engagements financiers en faveur du Fonds mondial sous l’impulsion du réseau. Lors de la 8e reconstitution, les campagnes de GFAN Africa ont contribué à la mobilisation de 11,34 milliards de dollars au niveau mondial. Quarante défenseurs ont été formés en leadership, plaidoyer et communication via le programme « Vox de la Lutte ».
Ce réseau est lui-même financé par le Fonds mondial, une boucle stratégique : le Fonds soutient les acteurs qui plaident pour son propre financement pérenne, dans une logique de soutenabilité à long terme du système de santé africain.
La question centrale qui demeure
Au terme de la journée, la Commission scientifique a lu ses recommandations devant les panélistes. La tension est nommée : le retrait partiel des financements américains et la contraction des contributions européennes créent un risque réel pour la continuité des services. Le Cameroun réalise actuellement 51 % des engagements du GC7. Les 49 % restants sont tributaires de décisions politiques nationales et internationales que cette première journée portes ouvertes entendait, précisément, influencer.










































































































































































































































































