À Tanger, le Forum de haut niveau sur le financement durable de la santé a posé un constat : inefficacité, gouvernance défaillante, gaspillage… près de la moitié des ressources sanitaires est mal utilisée, freinant les progrès malgré les efforts budgétaires de certains pays.
Le continent ne manque pas d’argent. Il manque de gouvernance.
Le chiffre frappe comme un uppercut. 40 %. C’est la part des ressources de santé en Afrique qui disparaît chaque année dans les méandres de l’inefficacité et d’une gouvernance défaillante. Pas détournée nécessairement. Pas volée systématiquement. Simplement perdue, évaporée dans des systèmes mal conçus, des procédures opaques, des dépenses incontrôlées.
C’est autour de ce chiffre vertigineux que s’est articulée l’intervention d’Africa CDC au Forum de haut niveau sur le financement durable de la santé, tenu à Tanger. Le message était clair, presque provocateur dans sa sobriété : l’Afrique n’a pas besoin d’un dollar supplémentaire pour transformer sa santé. Elle a besoin de mieux dépenser ce qu’elle a déjà.
Milliards perdus, milliards récupérables
Pour mesurer ce que représente ce gaspillage, il suffit de quelques chiffres. Les dépenses totales de santé en Afrique subsaharienne avoisinent 200 milliards de dollars par an, selon les estimations consolidées de l’OMS et de la Banque mondiale. Si 40 % de ces ressources sont effectivement perdues en inefficacités, c’est 80 milliards de dollars qui s’évaporent annuellement, sans qu’un seul vaccin supplémentaire soit administré, sans qu’une seule maternité soit construite, sans qu’un seul agent de santé communautaire soit formé.
Quatre-vingts milliards. C’est plus que le PIB annuel de nombreux pays africains. C’est davantage que ce que l’ensemble de l’aide publique au développement consacrée à la santé en Afrique représente sur plusieurs années.
La question n’est donc plus simplement : comment obtenir plus d’argent ? Elle est devenue : comment ne plus en perdre autant ?
La RDC, symbole d’une volonté politique possible
Au milieu du diagnostic sombre, une lueur. La République démocratique du Congo, pourtant classée parmi les économies les plus fragiles du continent est citée en exemple. Le pays s’achemine vers une allocation de 14,5 % de son budget national à la santé, se rapprochant ainsi de la cible d’Abuja, qui fixe à 15 % le seuil minimum recommandé depuis 2001.
Un engagement d’autant plus significatif que la majorité des États africains n’atteignent toujours pas ce seuil, plus de deux décennies après l’avoir signé. Selon les données de l’Union africaine, moins d’un tiers des pays membres respectent aujourd’hui cet engagement pourtant fondateur.
La trajectoire congolaise démontre qu’en matière de financement de la santé, la variable déterminante n’est pas la richesse nationale. C’est la volonté politique.
Gouvernance, efficacité, redevabilité : le triptyque de la transformation
Le message d’Africa CDC à Tanger repose sur trois piliers. D’abord, une meilleure gouvernance des systèmes de santé : circuits décisionnels clairs, responsabilités définies, chaînes de commandement fonctionnelles. Ensuite, une plus grande efficacité dans l’allocation des ressources : ciblage des interventions à fort impact, réduction des doublons, optimisation des achats. Enfin, des systèmes de gestion des finances publiques responsables : traçabilité des fonds, audits indépendants, mécanismes de sanction réels.
Ces trois dimensions forment ce qu’Africa CDC appelle les conditions d’une souveraineté sanitaire durable, c’est-à-dire, la capacité d’un État à financer et à piloter son système de santé sans dépendre structurellement de l’aide extérieure.
Un enjeu devenu brûlant depuis les coupes massives de l’aide américaine à la santé mondiale, qui ont fragilisé des dizaines de programmes sur le continent.
Un contexte d’urgence
Le Forum de Tanger intervient dans un contexte de pression accrue sur les financements extérieurs. Le retrait partiel des États-Unis de plusieurs mécanismes d’aide sanitaire mondiale dont des programmes liés à l’USAID a mis en lumière la vulnérabilité des systèmes de santé africains face aux aléas des bailleurs de fonds internationaux.
Dans ce contexte, l’argumentaire d’Africa CDC prend une résonance particulière : si le continent parvient à récupérer seulement la moitié des ressources actuellement perdues en inefficacité, il s’offrirait une marge de manœuvre équivalente à plusieurs années d’aide internationale sans négociation, sans conditionnalité, sans dépendance.
Le diagnostic est posé. La solution aussi, au moins dans ses grands contours. Reste l’étape la plus difficile : passer de la déclaration à l’action.













































































































































































































































































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