Perdu dans les savanes du Nord-Cameroun, le Laboratoire National Vétérinaire fête plus de quarante ans d’existence dans une discrétion presque coupable.
« Quand on soigne le troupeau, on soigne aussi le berger », dit un adage peul du Nord-Cameroun. Cette philosophie, le LANAVET l’a faite sienne depuis sa création en 1983. Placé sous la double tutelle du ministère de l’Élevage et de celui des Finances, cet établissement public stratégique incarne, depuis quarante-trois ans, la souveraineté sanitaire du pays. Pourtant, rares sont les Camerounais qui connaissent l’existence de cette forteresse scientifique perdue dans les savanes du Nord. Avec ses 75 employés – 12 cadres, 20 agents de maîtrise et 43 ouvriers qualifiés –, le LANAVET mène un combat discret mais essentiel contre les épizooties qui déciment régulièrement le bétail africain.
Une arme anti-crise sanitaire
Car le LANAVET, c’est d’abord un bouclier. Sa mission première ? Produire des vaccins pour protéger bovins, ovins, caprins et volailles. Fort d’une expérience accumulée sur quatre décennies, le laboratoire a su imposer sa gamme de produits bien au-delà des frontières nationales. Aujourd’hui, près de la moitié de sa production prend la direction d’autres pays africains, faisant du Cameroun un acteur majeur de la santé animale sur le continent. Cette réussite repose sur un principe intangible : la qualité. Avant d’être utilisés en production, tous les intrants subissent des tests rigoureux. Les vaccins finis, eux, ne sont mis sur le marché qu’après avoir passé l’épreuve du feu. Mieux encore, le LANAVET soumet systématiquement ses produits à un contrôle externe effectué par le laboratoire AU/PANVAC de Debre Zeit, en Éthiopie, le laboratoire de référence de l’Union Africaine. Une exigence qui place la barre au niveau des standards internationaux.
Un rempart contre les épidémies
Au-delà de la production, le LANAVET remplit une mission de service public essentielle : la surveillance des maladies animales. Zoonoses, épizooties, pathologies émergentes… Les équipes du laboratoire traquent sans relâche les menaces qui pèsent sur le cheptel. Leur outil ? Un plateau technique performant qui permet le diagnostic des maladies dues aux bactéries, aux virus et aux parasites. Sans oublier les analyses de biochimie sur le sang, les organes, les fourrages ou encore les provendes. Cette veille sanitaire, le LANAVET ne l’assure pas seul. Il s’appuie sur un solide réseau de partenaires : l’IRAD, les universités camerounaises, mais aussi des organismes internationaux comme l’AIEA, le CIRAD, la FAO ou l’Institut Göttingen. Membre actif du RESOLAB, le réseau des laboratoires vétérinaires d’Afrique de l’Ouest et du Centre, il participe à une dynamique régionale de lutte contre les épizooties.
La relève se prépare
Autre mission, autre défi : la formation. Le LANAVET accueille chaque année des stagiaires venus se former aux métiers de la santé animale. Il veille également à perfectionner ses propres agents, grâce notamment à la coopération scientifique internationale. Car pour garder une longueur d’avance sur les maladies, il faut des hommes et des femmes à la hauteur. C’est dans cet esprit que le laboratoire s’est engagé, depuis plusieurs années, dans une démarche qualité exigeante. L’objectif : améliorer sans cesse la fiabilité des produits et des prestations, tout en renforçant la sécurité du personnel et les conditions de travail. Une politique vertueuse qui porte ses fruits. Le LANAVET regarde résolument vers l’avenir. Ses perspectives ? Diversifier la production en élargissant la gamme de vaccins, mais aussi se lancer dans le conditionnement de médicaments vétérinaires. De quoi renforcer encore son rôle stratégique dans la sous-région. « Un troupeau en bonne santé, c’est un village qui mange à sa faim », dit encore la sagesse populaire. À l’heure où la sécurité alimentaire mondiale est plus que jamais menacée, où les maladies animales franchissent les frontières sans visa, le LANAVET apparaît comme ce qu’il a toujours été : un rempart discret mais indispensable. Un sanctuaire scientifique perché sur les hauteurs de Garoua, qui vaccine l’Afrique et protège ses troupeaux.













































































































































































































































































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