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Lutte contre la tuberculose : Le projet LAM4RO, lancé 

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Porté par le Centre Pasteur du Cameroun, le projet LAM4RO vise à révolutionner le dépistage de la tuberculose en remplaçant l’examen contraignant des crachats par un test non invasif sur l’air expiré ou la salive. Financé par l’ANRS et la Fondation Mérieux, ce projet de recherche opérationnelle pourrait, d’ici trois ans, offrir un outil décisif pour briser les chaînes de transmission et se rapprocher des objectifs mondiaux d’élimination de la maladie.

Alors que la tuberculose continue de faucher une vie par minute en Afrique, un espoir innovant se dessine à l’horizon du diagnostic. Ce 5 février 2026, le Centre Pasteur du Cameroun (CPC), a été officiellement lancé le projet LAM4RO, une initiative de recherche qui pourrait révolutionner le dépistage de cette maladie infectieuse. Son ambition ? Remplacer le crachat, échantillon contraignant et parfois inaccessible, par un simple test sur l’air expiré ou la salive. Une petite révolution pour une lutte qui en a grand besoin.

Malgré les progrès, le défi du diagnostic reste colossal. Près d’un tiers des cas mondiaux de tuberculose échappent à tout recensement. Au Cameroun, sur les 46 000 nouveaux cas estimés chaque année, seuls 25 000 sont notifiés.  C’est précisément sur ce verrou que travaille LAM4RO (« Lipo Arabino Mannane for Recherche Opérationnelle »). Le projet s’appuie sur une avancée scientifique prometteuse : la détection du LipoArabinoMannane (LAM), un marqueur de la bactérie tuberculeuse, non plus dans les crachats mais dans le condensat d’air expiré (EBC) ou la salive. « L’idée est de valider scientifiquement des tests rapides, non invasifs, qui pourraient être utilisés au chevet du patient », détaille le Professeur Joseph Kamgno, Coordonnateur national du projet. « Imaginez un dépistage aussi simple qu’un alcootest. C’est le changement de paradigme que nous explorons ».

Financé et coordonné par l’Agence Nationale de Recherche sur le Sida et les Hépatites Virales (ANRS) et la Fondation Mérieux, le projet sera mis en œuvre conjointement par le Centre Pasteur du Cameroun et l’Institut Pasteur de Madagascar sur 36 mois. Au Cameroun, les études se dérouleront à l’Hôpital Jamot de Yaoundé, à l’Hôpital de District d’Efoulan et au domicile des patients-contacts. « Cette recherche opérationnelle est cruciale. Elle évalue aussi l’acceptabilité, la faisabilité et le rapport coût-efficacité dans les conditions réelles de nos systèmes de santé », souligne le Dr Njouom.

Les enjeux sont à la hauteur de l’innovation. La tuberculose reste la première cause de mortalité infectieuse au monde, avec environ 10 millions de nouveaux cas annuels. En Afrique, elle est la deuxième cause de décès par agent infectieux unique. Le Cameroun, avec un taux d’incidence compris entre 174 et 194 cas pour 100 000 habitants, paie un lourd tribut. Les défis sont multiples : ruptures de stocks de médicaments, faible couverture du dépistage, et un sous-diagnostic alarmant chez les enfants, qui ne représentent que 5% des cas recensés.

« Le projet LAM4RO s’inscrit directement dans la stratégie END-TB de l’OMS, qui vise une réduction de 35% de l’incidence et de 52% de la mortalité d’ici 2030 », rappelle le Pr Kamgno. « En facilitant un diagnostic précoce et décentralisé, nous touchons deux points clés : briser plus vite les chaînes de transmission et améliorer l’issue des traitements, dont le taux de succès est déjà de 86% au Cameroun ».

Du côté des responsables de la lutte nationale, l’attente est forte. « Nous espérons que ce projet nous apportera énormément et rapprochera les patients de leur prise en charge. Il permettra une approche communautaire du diagnostic, en impliquant les malades eux-mêmes », confie le Dr Appolonie Noah, Secrétaire permanent du Programme National de Lutte contre la Tuberculose. Elle souligne la simplification attendue : « Actuellement, pour la microscopie, nous demandons aux patients de cracher tôt le matin, parfois à plusieurs reprises sur plusieurs jours. Ce projet vise à simplifier ce processus, ce qui serait très bénéfique ».

La mise en œuvre sur le terrain est déjà précisément cadrée. « Le projet sera déployé dans deux hôpitaux et au niveau communautaire dans les districts de Djoungolo et Efoulan », explique la Dr Valérie Donkeng, Coordonnatrice du projet au Cameroun. « La grande innovation est l’introduction d’un outil de dépistage recommandé par l’OMS, proche du patient et utilisable en communauté. Nous prélèverons de l’air expiré et de la salive pour effectuer un test rapide sur place ». L’ambition à long terme est claire : influencer les politiques nationales. « L’ambition est de contribuer à modifier les stratégies et politiques nationales, en ligne avec la stratégie “End TB” de l’OMS, pour concourir à mettre fin à la tuberculose d’ici 2030 », ajoute la Dr Donkeng.

Pour les partenaires financiers et techniques, l’intégrité scientifique et l’implication locale sont primordiales. « En tant que promoteur de l’étude, la Fondation Mérieux en garantit l’intégrité scientifique et éthique », indique le Dr Stéphane Pouzol, coordonnateur du projet pour la Fondation. « L’étude est menée en parallèle au Cameroun et à Madagascar, avec une coordination centralisée et une forte implication des acteurs locaux, scientifiques et communautaires ». Si les résultats sont concluants, cette technologie pourrait être intégrée aux boîtes à outils des programmes nationaux, offrant une arme nouvelle, simple et puissante contre un fléau tenace. Le souffle des patients pourrait bientôt devenir le meilleur allié des soignants dans cette guerre séculaire.

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Elvis Serges NSA'A DJOUFFO TALLA

Rédacteur en Chef Adjoint

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