Les coupures répétées d’électricité perturbent fortement la distribution d’eau potable, laissant de nombreux quartiers dépendants de forages saturés et exposés à des risques sanitaires.
Depuis plusieurs mois, ouvrir le robinet dans la ville de Maroua relève plus de l’espoir que de la routine. Dans de nombreux quartiers, l’eau courante se fait rare, voire inexistante, obligeant les ménages à revoir entièrement leur organisation quotidienne. Les coupures fréquentes d’électricité sont pointées du doigt par les populations comme l’une des principales causes de cette pénurie. Sans énergie, les stations de pompage et les systèmes de distribution ne fonctionnent pas correctement, laissant des quartiers entiers sans eau pendant plusieurs jours.
Dans le quartier Domayo, chaque retour du courant devient un moment stratégique. « Quand l’électricité revient la nuit, on se réveille pour remplir les bidons. Si tu dors, tu peux passer toute la journée sans eau », raconte Aïssatou Hamadou, mère de famille. Comme elle, de nombreux habitants vivent désormais au rythme instable de l’électricité, guettant la moindre occasion pour constituer des réserves.
Face à l’absence prolongée de l’eau courante, les forages sont devenus la principale alternative pour les populations. Mais cette solution montre aujourd’hui ses limites. À Pont-Vert, Salak, Pitoare ou encore Makabaye, les forages sont pris d’assaut dès les premières heures de la journée. Les longues files d’attente, les pannes répétées et la baisse du débit témoignent de la forte pression exercée sur ces infrastructures. « Avant, on venait au forage une ou deux fois par semaine. Maintenant, c’est tous les jours, et parfois on repart sans eau », confie Moussa Oumar, habitant du quartier Salak.
La saturation des forages alimente également les tensions entre riverains et soulève de sérieuses inquiétudes sur la qualité de l’eau consommée. Certains points d’eau ne font l’objet d’aucun contrôle régulier, exposant les populations à des risques sanitaires non négligeables, surtout en période de forte chaleur.
Dans le quartier Louggeo, la situation est jugée critique par les habitants. Joint par notre rédaction, l’un des notables du quartier, qui a requis l’anonymat, explique que depuis le début des travaux d’installation des tuyaux pour les nouveaux branchements, l’eau ne coule plus dans les robinets. « Depuis que les travaux ont commencé, notre quartier n’a plus d’eau. Toute la population boit désormais l’eau du forage », confie-t-il. Il déplore l’absence d’informations claires sur la durée des travaux et le manque de solutions provisoires pour soulager les ménages. « Le développement est nécessaire, mais il ne doit pas se faire au détriment des besoins essentiels », ajoute-t-il.
La crise de l’eau affecte également le secteur éducatif. À l’école publique de Douala à Maroua, le manque d’eau complique sérieusement le fonctionnement de l’établissement. Hapsatou, enseignante, décrit un quotidien difficile. « Sans eau, l’hygiène devient un vrai problème. Les toilettes sont impraticables et les enfants tombent souvent malades », explique-t-elle. Certaines journées de cours sont perturbées et les enseignants demandent parfois aux élèves d’apporter de l’eau de la maison, une consigne difficile à respecter pour de nombreuses familles.
Sur le plan sanitaire, les professionnels de santé tirent la sonnette d’alarme. Le docteur Fanday Augustin met en garde contre la consommation d’eaux non traitées. « L’eau de forage ou de puits, lorsqu’elle n’est pas contrôlée ni traitée, peut contenir des germes responsables de maladies comme la diarrhée, la typhoïde ou le choléra », avertit-il. Selon lui, la saturation des forages augmente considérablement les risques de contamination, notamment chez les enfants et les personnes âgées. Il recommande aux populations de traiter l’eau avant consommation, tout en appelant les autorités à renforcer l’accès à une eau potable sécurisée.
À Maroua, l’accès difficile à l’eau n’est plus un phénomène ponctuel, mais une réalité quotidienne qui affecte la santé, l’éducation et les conditions de vie des populations. Entre coupures d’électricité, infrastructures sous pression et croissance démographique, la ville fait face à un défi majeur. Pour les habitants, l’urgence reste la même : disposer d’une eau accessible, régulière et sans danger.













































































































































































































































































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