À l’occasion de la Journée internationale de la tolérance zéro à l’égard des Mutilations Génitales Féminines (MGF) le 6 février 2026, le Dr Sennen Hounton, Directeur régional de l’UNFPA, tire la sonnette d’alarme. Entre urgence humanitaire et arguments économiques, le plaidoyer est clair : sans un investissement massif et immédiat, 23 millions de filles supplémentaires seront victimes d’ici 2030.
Cette région, qui concentre 17 des 27 pays les plus touchés du continent, est le véritable épicentre de ce combat mondial. Pour le Dr Hounton, la pratique ne relève ni du rite culturel ni d’une nécessité médicale, mais constitue une violation systémique des droits fondamentaux, privant des millions de filles de leur droit à la santé, à l’intégrité et à la dignité. Alors que 230 millions de femmes vivent déjà avec les séquelles de ces interventions, l’urgence est désormais de stopper une hémorragie qui menace 4 millions de filles supplémentaires chaque année, dont la moitié n’ont pas encore atteint l’âge de cinq ans. Sans une accélération massive des interventions, les projections indiquent que 23 millions de jeunes filles subiront ces mutilations d’ici 2030, scellant un avenir de douleur et de discrimination.
Une violation des droits aux conséquences lourdes
Le fossé entre les ambitions internationales et la réalité du terrain reste alarmant. Bien que des progrès notables aient été enregistrés ces trente dernières années, le rythme actuel est largement insuffisant pour atteindre les Objectifs de développement durable (ODD). Pour éradiquer la pratique d’ici 2030, la vitesse de recul doit être multipliée par 27. Cette inertie est d’autant plus préoccupante qu’elle s’inscrit dans un contexte mondial de recul des droits des femmes et de diminution des financements. L’inaction n’est pas seulement un échec moral, elle représente un fardeau financier insupportable : le traitement des complications de santé liées aux MGF coûte chaque année 1,4 milliard de dollars aux États. À l’opposé, l’argument économique en faveur de l’investissement est irréfutable. Chaque dollar investi dans l’élimination de cette pratique génère un retour de 10 dollars en économies de santé et en gains de productivité, prouvant que la protection des filles est un levier majeur de développement macroéconomique.
L’investissement : une rentabilité sociale et économique
Le thème de cette année 2026, « Vers 2030 : pas de fin aux MGF sans engagement et investissement durables », souligne la nécessité de passer de la sensibilisation à une stratégie de financement pérenne et flexible. Le Dr Hounton appelle à une approche multidimensionnelle pour briser les silos traditionnels. Cela implique d’intégrer systématiquement la prévention des MGF dans les politiques nationales de santé, d’éducation et d’économie, tout en explorant des mécanismes de financement innovants et en mobilisant le secteur privé. L’innovation technologique doit également jouer un rôle clé pour atteindre les zones rurales les plus isolées. En investissant 2,8 milliards de dollars à l’échelle mondiale, il serait possible d’éviter la mutilation de 20 millions de femmes, générant ainsi près de 28 milliards de dollars de bénéfices économiques. C’est cette vision pragmatique et courageuse qui doit guider les décideurs pour transformer les normes sociales en profondeur.
Briser les silos et mobiliser la communauté
Au cœur de cette riposte se trouve le Programme conjoint UNFPA-UNICEF, la plus vaste initiative mondiale dédiée à l’abandon de la pratique. Actif dans 18 pays, dont 8 en Afrique de l’Ouest et du Centre, ce programme a déjà prouvé son impact en protégeant plus d’un million de filles et en incitant plus de 21 000 communautés à déclarer publiquement l’abandon de la mutilation. En renforçant les cadres juridiques et en garantissant l’accès aux services de soin pour les survivantes, cette collaboration montre que le changement est possible lorsque l’on combine expertise technique et influence communautaire. Le Dr Hounton conclut par un appel à la volonté collective : chaque acteur de la société, des leaders religieux aux chefs de famille, doit s’engager. Les outils existent, les résultats sont documentés ; il ne manque plus qu’un investissement soutenu pour garantir à chaque fille le droit de disposer de son propre corps et de réaliser son plein potentiel.












































































































































































































































































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