À l’occasion de la Journée mondiale de la santé bucco-dentaire, les spécialistes alertent sur les pathologies les plus fréquentes dans la région du Nord et appellent à renforcer la prévention.
À l’instar du reste du monde, le Cameroun a célébré la journée mondiale de la santé bucco-dentaire, placée cette année sous le thème : « Une bouche saine, c’est une vie heureuse ». Une occasion pour les professionnels de santé de dresser un état des lieux dans la région du Nord des pathologies dentaires les plus fréquemment diagnostiquées dans les hôpitaux et cabinets dentaires.
Dans les formations sanitaires de la ville, les consultations liées aux affections bucco-dentaires ne cessent d’augmenter. Les spécialistes constatent une prédominance de certaines pathologies, directement liées aux habitudes de vie et aux conditions climatiques de la région.
En tête de liste figurent les caries dentaires. Très répandues, elles résultent de la dégradation progressive de l’émail sous l’effet des bactéries. À celles-ci s’ajoutent les lésions amélaires, souvent causées par une fragilisation de la surface dentaire. Ces atteintes, parfois banalisées, peuvent évoluer vers des complications sévères en l’absence de prise en charge précoce.
Autre groupe de maladies fréquemment observées, les parodontopathies. Ces affections touchent les tissus de soutien de la dent, notamment la gencive et l’os alvéolaire. Elles se manifestent par des saignements, des douleurs, voire un déchaussement dentaire. Dans les cas avancés, elles peuvent entraîner la perte des dents.
Les abcès péri-apicaux constituent également un motif courant de consultation. Ils traduisent une infection bactérienne localisée à la racine de la dent, souvent consécutive à une carie non traitée. Dans le même registre, les pulpites irréversibles, caractérisées par une inflammation intense de la pulpe dentaire, provoquent des douleurs aiguës nécessitant une intervention rapide.
Au-delà des causes médicales, les professionnels pointent du doigt des facteurs environnementaux et comportementaux spécifiques à la région du Nord. Le climat chaud, marqué par des températures élevées et une faible pluviométrie, favorise une hyposalivation fonctionnelle. Cette diminution de la salive réduit les mécanismes naturels de la cavité buccale, exposant davantage les dents aux agressions bactériennes.
Les habitudes alimentaires jouent également un rôle déterminant. La consommation régulière de viandes fibreuses, souvent grillées ou séchées, sollicite fortement les dents et peut fragiliser leur structure. Par ailleurs, le recours fréquent aux cure-dents, bien ancré dans les pratiques locales, contribue à l’irritation des gencives et à l’apparition de lésions.
Face à cette situation, les spécialistes insistent sur l’importance des mesures préventives. Un brossage régulier des dents, au moins deux fois par jour avec un dentifrice fluoré, reste la première barrière contre les maladies bucco-dentaires. À cela s’ajoute la nécessité d’une hydratation suffisante pour compenser les effets de la chaleur et maintenir une bonne production de salive.
La consultation régulière chez le chirurgien-dentiste est également recommandée, même en l’absence de douleur. « Beaucoup de patients consultent tardivement, lorsque la douleur devient insupportable », déplorent les praticiens, qui plaident pour un changement de comportement.
Réaction
<< Deux facteurs se cumulent dans la Région du Nord >>

Dans notre service, on diagnostique en premier lieu les caries dentaires tous stades confondus, des lésions amélaires initiales jusqu’aux destructions coronaires massives. Ensuite viennent les parodontopathies : gingivites chroniques et surtout parodontites avec poches parodontales profondes, souvent révélées à un stade déjà avancé. On rencontre également des abcès péri-apicaux, des pulpites irréversibles, des cellulites odontogènes parfois extensives, et malheureusement des édentements partiels précoces conséquence directe de maladies non traitées.
Deux facteurs se cumulent dans la Région du Nord. Sur le plan climatique, les températures élevées et la faible humidité induisent une hyposalivation fonctionnelle. Or la salive joue un rôle fondamental : pouvoir tampon contre l’acidification du pH buccal, activité antimicrobienne, reminéralisation de l’émail. Sa réduction crée un environnement favorable à la prolifération bactérienne. Sur le plan alimentaire, nous consommons beaucoup de viandes fibreuses grillées, séchées, le kilishi dont les fibres musculaires s’impactent dans les espaces interdentaires et sous-gingivaux. Le recours au cure-dent est alors quasi systématique dans notre population. Et c’est là que réside le problème majeur : utilisé de manière répétée et traumatique, il provoque une récession gingivale, élargit le sulcus gingivo-dentaire, favorise la formation de poches parodontales vraies, et entretient une inflammation chronique du périodonte.
La prévention repose sur un brossage biquotidien avec dentifrice fluoré, le remplacement du cure-dent par le fil dentaire ou les brossettes interdentaires, une hydratation suffisante pour maintenir un flux salivaire adéquat, et des détartrages réguliers pour éliminer le biofilm calcifié sous-gingival. Et surtout une consultation annuelle systématique, même en l’absence de symptômes. La parodontite est une maladie silencieuse. Elle évolue à bas bruit jusqu’à la mobilité dentaire. Et à ce stade, le pronostic est souvent déjà compromis.













































































































































































































































































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