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Paludisme et arboviroses : le projet RAFT présente ses résultats

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Entre essais de moustiquaires nouvelle génération, découvertes génétiques et renforcement de la collaboration Sud-Sud, les résultats présentés offrent désormais une base scientifique solide pour réviser les stratégies nationales de lutte antivectorielle au Cameroun et au-delà.

C’était une matinée placée sous le signe de la science et de l’action. Le 19 mars 2026, à Yaoundé, le Centre de recherche sur les maladies infectieuses (CRID) a organisé l’atelier de restitution du projet Resilience Against Future Threats (RAFT). Financé par le gouvernement britannique via le Medical Research Council (MRC) et conduit en partenariat avec la London School of Hygiene & Tropical Medicine, ce consortium de six ans (2020-2026) avait pour ambition de préparer les pays d’Afrique subsaharienne aux risques émergents liés aux maladies à transmission vectorielle.  « Nous ne sommes pas ici pour présenter des résultats de façon unidimensionnelle, mais pour échanger et appliquer concrètement ces données dans la lutte contre le paludisme et les arboviroses », a souligné d’emblée le Pr Charles Wondji, directeur exécutif du CRID, en ouverture des travaux. Autour de lui, chercheurs, représentants du ministère de la Santé publique, partenaires internationaux et experts nationaux ont passé en revue les avancées majeures du projet.

Deux axes, une même urgence : anticiper la résistance

Le projet RAFT s’articulait autour de deux work streams. Le premier s’est penché sur le défi de la résistance aux insecticides chez les vecteurs du paludisme. Car si les moustiquaires imprégnées ont contribué à près des deux tiers de la réduction de la maladie depuis 2015, cette tendance stagne aujourd’hui. « La résistance aux pyréthrinoïdes est devenue un frein majeur. Nous devons fournir aux programmes nationaux des preuves scientifiques pour choisir les moustiquaires les plus efficaces », a expliqué le Dr Raymond Tabue lors de sa présentation sur les essais en cases-pièges menés au Cameroun et en Côte d’Ivoire. 

Les résultats sont sans appel : les moustiquaires de nouvelle génération à double ingrédient actif (pyréthrinoïdes associés à un synergiste ou à un second insecticide) offrent une protection nettement supérieure face aux populations d’Anopheles gambiae très résistantes. « Grâce à ces données, le Programme national de lutte contre le paludisme dispose désormais d’arguments solides pour ses appels d’offres et peut orienter ses ressources vers les outils les plus adaptés au contexte local », a renchéri Nnamdi Dum-Buo, en présentant les implications opérationnelles pour le cycle de financement du Fonds mondial.

Une avancée génétique majeure

Parallèlement, les chercheurs du CRID ont identifié un mécanisme moléculaire inédit : la mutation E205D dans le gène CYP6P3, qui confère une résistance accrue aux pyréthrinoïdes. « C’est une découverte clé pour le suivi de la résistance à grande échelle. Nous pouvons désormais la détecter rapidement et adapter les stratégies de rotation d’insecticides », a détaillé le Dr Magellan Tchouakui. Une avancée qui illustre la montée en compétences des équipes africaines, puisque toutes les analyses génétiques ont été réalisées au Cameroun, avec des collègues de Tanzanie et de Côte d’Ivoire venus se former sur place.

Arboviroses et vecteurs invasifs : l’alerte de l’Ouest

Le second volet du projet s’est concentré sur les arboviroses – dengue, fièvre jaune, chikungunya – et les menaces émergentes. « La situation de la dengue au Cameroun est sous-diagnostiquée, mais nous disposons désormais d’un état des lieux précis grâce à nos travaux de terrain », a indiqué le Dr Basile Kamgang, coordonnateur de ce volet. L’équipe a également étudié le comportement de piqure et de repos des moustiques Aedes, vecteurs de ces virus, et l’impact de l’urbanisation à Douala sur la transmission. « Nous avons montré que les pratiques agricoles, notamment la culture d’huile de palme, créent des gîtes larvaires favorables aux Aedes. C’est un facteur de risque encore mal pris en compte », a ajouté le Dr Armel Tedjou.

Mais l’inquiétude majeure vient d’un autre envahisseur : Anopheles stephensi, vecteur du paludisme originaire d’Asie, désormais installé dans plusieurs pays d’Afrique. « Il a commencé à Djibouti, puis a envahi l’Éthiopie. Récemment, il a été détecté au Nigéria et au Niger. Nous avons déployé un outil moléculaire innovant, l’ITAD, pour surveiller sa présence au Cameroun en analysant l’ADN environnemental des eaux. Pour l’instant, nous ne l’avons pas trouvé, mais la menace est réelle et nous devons rester vigilants », a prévenu le Dr Aurélie Yougang.

Renforcer la collaboration Sud-Sud 

Au-delà des résultats scientifiques, le projet RAFT a misé sur le renforcement des capacités et les partenariats entre pays du Sud. « Trop souvent, dans les consortiums, les partenaires du Nord dominent. Nous avons organisé des forums où seuls les chercheurs africains et asiatiques échangeaient sur leurs priorités. Cela a permis de redéfinir les agendas de recherche en fonction des réalités locales », a souligné le Pr Wondji. Un comité de pilotage impliquant les ministères de la Santé a également facilité l’intégration des résultats dans les plans stratégiques nationaux.

Vers une utilisation concrète des données

En conclusion, le Pr Wondji a rappelé que le projet ne s’arrête pas à la publication d’articles : « Nous avons généré plus de 100 000 données qui doivent maintenant nourrir les décisions politiques. L’objectif est que chaque moustiquaire achetée, chaque campagne de pulvérisation, chaque système de surveillance s’appuie sur les preuves que nous avons produites. » Le représentant du ministère de la Santé publique a salué cette approche : « Ces résultats arrivent à point nommé pour actualiser notre stratégie de lutte antivectorielle, face à la résistance et aux changements climatiques. » Avec l’appui du gouvernement britannique et la synergie de plus d’une dizaine d’institutions africaines et européennes, le consortium RAFT laisse ainsi un héritage de connaissances, d’outils et de compétences. Reste désormais à les déployer sur le terrain, pour que l’anticipation devienne la règle et non plus l’exception face aux futures menaces.

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Elvis Serge NSAA DJOUFFO TALLA est un journaliste camerounais spécialisé en santé et enquêtes de terrain, actuellement rédacteur en chef adjoint au groupe Echos-Santé. Lauréat de plusieurs prix nationaux pour ses reportages sur la tuberculose et le VIH, il allie rigueur factuelle et engagement pour les droits humains, notamment à travers des enquêtes sur l’accaparement des terres, la mortalité minière ou l’accès aux soins. Sa démarche s’appuie sur une expertise vérifiée, renforcée par une formation en vérification des faits et un engagement continu pour un journalisme porteur de changement social.

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