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Première édition des Journées scientifiques sur la sexualité: l’UCAC, l’UNFPA et AFRIYAN s’attaquent au fossé entre le savoir et le comportement des jeunes

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Réunis les 18 et 19 juin 2026, sous l’impulsion de l’École des sciences de la santé de l’UCAC, les chercheurs, les experts de l’UNFPA et les leaders de jeunesse d’AFRIYAN, plaident pour une Éducation complète à la sexualité (ECS) qui intègre enfin les réalités culturelles et le pouvoir d’action des jeunes.

Alors que les cloches de l’université résonnaient encore, c’est un cri d’alarme scientifique qui a retenti les 18 et 19 juin dans la salle de conférences de l’Université Catholique d’Afrique Centrale. Face à une jeunesse camerounaise en pleine mutation, confrontée à la désinformation numérique et aux affres des crises humanitaires, les premières Journées scientifiques sur l’éducation complète à la sexualité, organisées par l’École des sciences de la santé, ont posé une question qui dérange : pourquoi nos enfants en savent-ils toujours plus sur le sida ou la contraception, mais continuent-ils à prendre des risques inconsidérés ? Derrière les formules de politesse des discours officiels, un constat unanime et alarmant s’est imposé : il y a urgence à repenser entièrement l’éducation sexuelle au Cameroun, sous peine de voir le dividende démographique se transformer en bombe sociale. 

Sous la houlette de la Directrice de l’École, le Professeur Sylvie Myriam AMBOMO épse MVOA, l’événement a réuni un aréopage d’experts, de représentants du gouvernement et de partenaires internationaux. Le ton a été donné dès l’ouverture par le représentant du MINJEC, soulignant avec gravité que face à “l’enthousiasme, l’inexpérience et parfois les insouciances qui caractérisent la jeunesse”, les pouvoirs publics ont pris la mesure des “conséquences socio-économiques, culturelles et sanitaires des comportements à risque”. Un constat appuyé par des chiffres glaçants. Le Chargé de bureau de l’UNFPA a rappelé que sur dix nouvelles infections au VIH chez les 15-24 ans, neuf concernent des jeunes filles, et que les grossesses précoces continuent de briser des trajectoires scolaires. C’est une situation que la Professeure Ngo Likeng, anthropologue médicale et marraine scientifique, a qualifiée de “fossé persistant entre les connaissances transmises et les pratiques effectives”, un gouffre creusé par les mutations profondes du pays. 

Une leçon inaugurale qui bouscule les certitudes 

Dans une leçon inaugurale d’une rare acuité, la Professeure Louise Ngo Likeng a brisé les schémas traditionnels. Elle a démontré que les jeunes ne manquent pas d’informations, mais de clés pour les transformer en comportements protecteurs. Les modèles classiques de prévention, hérités des années 90, qui misent tout sur la transmission de savoirs biomédicaux, ont montré leurs limites. “La connaissance n’est qu’un facteur parmi d’autres”, a-t-elle martelé, appelant à une “éducation à la sexualité de troisième génération”. Cette approche novatrice, qui fait écho aux standards de l’UNESCO, doit intégrer les dimensions sociales, culturelles, économiques et politiques du désir chez les jeunes. Elle doit tenir compte de deux réalités camerounaises : les crises dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, qui ont effondré les structures familiales, et l’irruption massive du numérique dans la vie intime des adolescents. 

Le numérique, nouvelle frontière de la socialisation sexuelle 

Alors que le taux de pénétration d’Internet atteint 26,5 % au Cameroun, les plateformes comme WhatsApp, TikTok ou YouTube sont devenues les nouveaux prescripteurs en matière de sexualité. Jean Mahop, dans son intervention, a souligné que ces espaces numériques, s’ils offrent un accès démocratisé à l’information, exposent aussi les jeunes à des “représentations hypersexualisées, décontextualisées et souvent violentes” . C’est un défi immense pour les éducateurs, car “le jeune à la fois déprimé, déplacé, hyperconnecté” échappe aux cadres traditionnels de l’école et de la famille. L’éducation à la sexualité doit désormais investir ces nouveaux territoires pour développer ce que les chercheurs appellent une “littératie sexuelle numérique”, c’est-à-dire la capacité critique à décoder les informations en ligne. 

Un plaidoyer pour une école de la sexualité ancrée et inclusive 

Les échanges ont également mis en lumière la nécessité d’une “endogénisation” des programmes, une préoccupation centrale pour le MINJEC. Comme l’a rappelé son représentant, le ministère a déjà introduit des modules d’ECS dans ses centres de formation, mais l’enjeu est de faire évoluer les mentalités. Pour la Professeure Ngo Likeng, trop de programmes restent des importations occidentales, suscitant des résistances culturelles. Elle a plaidé pour une approche d’”adaptation culturelle”, qui s’appuie sur les ressources locales, les traditions d’initiation, tout en les articulant avec une perspective de droits humains. Cette vision a été saluée par le représentant de l’UNFPA, qui voit dans l’éducation complète à la sexualité “un investissement stratégique” pour la Stratégie nationale de développement 2030, en maintenant les filles à l’école et en luttant contre les inégalités de genre. Au terme de ces deux journées, le constat est sans appel : l’éducation sexuelle ne peut plus être un sujet tabou ou un simple cours de biologie. Elle est devenue un pilier de la santé publique et de la cohésion sociale. Les prochains actes de ce séminaire devront servir de feuille de route pour construire des réponses “hybrides et résilientes”, à la hauteur des défis numériques et humanitaires, pour que les jeunes Camerounais puissent enfin “exercer leurs droits et contribuer pleinement au développement du pays”.

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Junior NTEPPE KASSI, 33 ans, est un journaliste scientifique camerounais au Groupe Échos Santé. Spécialiste de la médecine du sport, il met sa passion au service de l'information médicale de pointe.

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