Faute de moyens et d’organisation, les Services vétérinaires de nombreux pays laissent les épidémies animales se propager, décimer les troupeaux et franchir la barrière des espèces.
Il y a, dans le regard d’un éleveur qui perd son troupeau, quelque chose qui devrait nous alerter tous. Une détresse qui n’est pas seulement économique. Une inquiétude qui dépasse les frontières de l’exploitation. Car lorsque les animaux tombent, les hommes suivent souvent de près. Et lorsque les Services vétérinaires sont trop faibles pour enrayer la première vague, la seconde déferle inexorablement sur les communautés humaines. C’est cette réalité brutale que l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) ne cesse de documenter depuis des décennies. Partout sur la planète, des services vétérinaires nationaux manquent de personnel, de moyens, d’organisation. Partout, cette fragilité se paie au prix fort : des épidémies qui s’étendent, des troupeaux qui meurent, des moyens de subsistance qui s’effondrent. Et, en toile de fond, une menace sanitaire qui dépasse très largement le seul monde animal.
Plus de 60 % des maladies animales sont zoonotiques. Derrière ce terme technique se cache une réalité vertigineuse : la majorité des agents pathogènes qui frappent les animaux sont capables de franchir la barrière des espèces. Ils le font chaque jour, silencieusement, profitant des failles de nos systèmes de surveillance. Une fièvre aphteuse non détectée ici, un foyer de rage négligé là-bas, et ce sont des vies humaines qui basculent. Les Services vétérinaires ne sont donc pas une simple administration parmi d’autres. Ils constituent le premier rempart contre des épidémies dont l’impact est à la fois considérable, imprévisible et durable. Ils sont, pour reprendre les termes de l’OMSA, un bien public mondial qui exige une attention permanente et des investissements soutenus.
Mais comment convaincre les décideurs d’investir dans ce qui apparaît trop souvent comme une variable d’ajustement budgétaire ? Comment transformer des services parfois vétustes en outils performants de prévention et de contrôle ? C’est tout l’objet du processus PVS, l’une des initiatives les plus abouties de l’organisation. Derrière ce sigle discret se cache un dispositif unique au monde. Le Processus PVS (pour Performance of Veterinary Services) est né il y a plus de dix ans d’une conviction simple : on ne peut améliorer ce que l’on ne mesure pas. L’OMSA a donc élaboré des outils d’évaluation d’une précision chirurgicale, permettant de diagnostiquer les forces et les faiblesses des Services vétérinaires nationaux.
Mais l’originalité du processus ne s’arrête pas là. Car l’organisation ne se contente pas de pointer les lacunes. Elle accompagne les États dans la durée, élabore des feuilles de route, mobilise les partenaires techniques et financiers, suit l’impact des réformes engagées. En dix ans, des dizaines de pays ont ainsi pu renforcer leurs capacités, former leur personnel, moderniser leurs infrastructures, améliorer leur gouvernance. Cette approche s’inscrit dans les principes fondamentaux de l’efficacité de l’aide : transparence, appropriation par les pays, coordination des bailleurs, résultats mesurables. Elle suit également les normes internationales reconnues par l’Organisation mondiale du commerce, garantissant ainsi que les progrès accomplis s’inscrivent dans un cadre cohérent et durable.
Le paradoxe des Services vétérinaires est là : ils sont d’autant plus indispensables qu’ils passent inaperçus. Lorsqu’ils fonctionnent bien, rien ne se passe. Les épidémies sont étouffées dans l’œuf, les troupeaux restent en bonne santé, la viande arrive saine sur les étals, les zoonotes ne franchissent pas la barrière des espèces. Ce silence est leur plus belle victoire, mais aussi leur plus grand handicap dans la compétition budgétaire. Car il est toujours plus difficile d’investir dans ce qui prévient que dans ce qui répare. Toujours plus tentant d’attendre la crise que de financer l’alerte précoce. Toujours plus simple de compter les morts que de mesurer les vies épargnées. L’OMSA le sait, qui plaide inlassablement pour une vision différente de la santé animale. Non plus comme une charge, mais comme un investissement. Non plus comme une affaire de spécialistes, mais comme une responsabilité collective. Non plus comme un secteur isolé, mais comme une composante essentielle de ce bien commun mondial qu’est la santé de tous.













































































































































































































































































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