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Lutte contre le paludisme : Huit piliers stratégiques pour l’élimination d’ici 2030

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La décision doit désormais s’appuyer sur des preuves scientifiques solides, une surveillance renforcée des résistances, et être amplifiée par la digitalisation des outils.

Il s’agit de promouvoir des approches de prévention holistiques, d’améliorer le diagnostic et la prise en charge, et de placer l’engagement communautaire ainsi que l’intégration du genre et de l’équité au cœur des interventions.

La première édition des Journées Scientifiques sur le Paludisme (JSPNLP) a mobilisé une communauté scientifique de premier plan et généré une production intellectuelle substantielle.

La première édition des Journées Scientifiques du Programme National de Lutte contre le Paludisme (JSPNLP), tenue en décembre 2025, a dessiné les contours de l’offensive finale contre cette endémie. Placée sous le thème « Les enjeux de la recherche dans la perspective de l’élimination du paludisme », cette rencontre historique a acté un changement de paradigme : la science n’est plus un simple auxiliaire, mais le poumon principal d’une stratégie nationale visant l’objectif « Zéro Paludisme » d’ici à 2030. « L’organisation a fait de la Vision du plan stratégique national “Un Cameroun sans paludisme à l’horizon 2030” le véritable enjeu », a rappelé le Pr Louis Richard Njock, Secrétaire Général du Ministère de la Santé Publique.

Sous le haut patronage du ministre de la Santé publique, le forum a réussi le pari de l’exhaustivité. Il a rassemblé 375 participants issus d’un écosystème complet : chercheurs, universitaires, laboratoires de référence, firmes pharmaceutiques, société civile, secteur privé, collectivités territoriales, parlementaires et partenaires techniques et financiers. La vitalité de la recherche nationale s’est illustrée à travers 100 résumés scientifiques soumis, dont 94 ont été présentés sous forme de 46 communications orales et 47 affiches (posters). Les travaux, structurés en 10 sessions plénières, 7 sessions parallèles et 4 symposiums, ont couvert tous les champs de la lutte, de la biologie du parasite à la gouvernance des programmes.

Le principal enseignement de ces assises est un paradoxe fertile. Si une « grande richesse de données, d’études et d’innovations » a été recueillie, le Pr Njock a pointé un écueil majeur : ces évidences scientifiques « restent encore insuffisamment centralisées, structurées et traduites en décisions opérationnelles rapides ». Ce fossé entre la connaissance et l’action limite directement l’efficacité sur le terrain et la marche vers les objectifs d’élimination. Face à ce défi, la recommandation centrale est sans équivoque. Il est « recommandé de mettre en place de manière prioritaire une plateforme nationale intégrée de gestion des évidences sur le paludisme ». Cette plateforme, en croisant les données de la recherche et les indicateurs programmatiques, doit devenir le cerveau décisionnel de la lutte, permettant d’affiner les stratégies en temps réel face aux résistances, aux inégalités d’accès et aux fluctuations épidémiologiques.

Huit piliers stratégiques pour une offensive coordonnée

Des débats ont émergé huit piliers stratégiques interdépendants qui doivent structurer l’action future : la décision fondée sur les preuves ; la surveillance des résistances (aux médicaments et aux insecticides) ; les approches intégrées de prévention ; l’amélioration du diagnostic et de la prise en charge ; l’engagement communautaire ; l’intégration du genre et de l’équité ; la digitalisation comme levier d’efficacité ; et le renforcement des capacités et de la coordination nationale. « Ces perspectives doivent être vues non comme des silos isolés, mais comme des piliers interconnectés », a souligné le Secrétaire Général.

Une nouvelle ère : la fin du monopole du secteur santé

Interrogé sur l’évolution de la gouvernance de la lutte, le Dr Albert Zeh Meka, Secrétaire Permanent du PNLP, a été clair : « La lutte ne peut plus être portée par le seul secteur de la santé ». Il a insisté sur la nécessité d’une « approche multisectorielle » impliquant d’autres ministères et le secteur privé, une implication devenue cruciale dans un contexte de « réduction progressive du financement extérieur ». Cette nouvelle donne exige d’explorer des « stratégies de mobilisation des ressources nationales » et de maximiser l’« efficience » des interventions existantes.

S’adapter aux défis de demain : résistance et urbanisation

Au-delà de la gouvernance, des défis techniques urgents ont été identifiés. Le Dr Zeh Meka a alerté sur « la dynamique de la résistance du moustique aux insecticides », une « réalité préoccupante » exigeant une adaptation rapide des stratégies de lutte antivectorielle. De même, le paludisme en milieu urbain nécessite désormais une attention et des outils spécifiques, distincts de ceux utilisés en zone rurale. Pour y répondre, le partage d’« innovations » et d’« outils innovants » lors des journées, notamment en matière de surveillance numérique, ouvre des pistes concrètes.

Une vision partagée et un engagement renouvelé

En clôturant les travaux, le Dr Zeh Meka a transmis un message de ferme optimisme, ancré dans une vision partagée. « Je suis convaincu que [les recommandations] nous permettront de concrétiser notre vision d’un Cameroun sans paludisme à l’horizon 2030 », a-t-il déclaré, appelant à la mise en œuvre de «politiques audacieuses ». Il a exprimé le vœu que ces Journées Scientifiques deviennent un « cadre formel et pérenne » pour faire de la science le moteur permanent de la lutte.

En conclusion, ces premières JSPNLP ont bien plus que dressé un état des lieux de la recherche. Elles ont établi un nouveau contrat entre science, politique et société pour les cinq prochaines années. La feuille de route est tracée, les acteurs sont mobilisés. La bataille pour l’élimination du paludisme au Cameroun entre désormais dans une phase décisive, où chaque innovation, chaque donnée, doit être convertie en une victoire concrète sur le terrain pour les populations. L’horizon 2030 n’est plus une simple aspiration, mais un cap que la communauté scientifique et sanitaire camerounaise s’est donné les moyens de viser avec une précision inédite.

Elvis Serge NSAA

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