Le gouvernement camerounais prolonge jusqu’en 2028 les exonérations de droits et taxes de douane sur les équipements médicaux essentiels. Une décision stratégique inscrite dans la loi de finances 2026, qui place la modernisation du système de santé au cœur des priorités nationales, tout en soutenant l’accès à l’eau potable et à l’énergie verte.
Un signal fort en faveur du système de santé
Dans un contexte de mise en œuvre progressive de la Couverture Santé Universelle (CSU), lancée en avril 2023, l’État camerounais renforce son arsenal de mesures incitatives en faveur du secteur sanitaire. La loi de finances 2026 proroge pour une période de 24 mois, jusqu’en 2028, l’exonération des droits et taxes de douane à l’importation des équipements et appareils médicaux, y compris leurs accessoires.
Selon les données du ministère des Finances, cette mesure concerne 488 types d’équipements médicaux jugés essentiels. Elle vise à améliorer significativement les plateaux techniques des formations sanitaires publiques et privées, souvent confrontées à un déficit de matériel moderne.
La liste des équipements exonérés est particulièrement large et stratégique. Elle inclut notamment du matériel d’autopsie, des centrifugeuses, des microscopes, des respirateurs, des extracteurs d’oxygène, des fauteuils de dialyse, des systèmes de radiologie mobile, des tables télécommandées, des incinérateurs hospitaliers, des ambulances médicalisées ainsi que des prothèses oculaires. Autant d’outils indispensables pour renforcer la qualité des soins, le diagnostic précoce et la prise en charge des pathologies lourdes.
Un appui direct à la Couverture Santé Universelle
Cette politique fiscale s’inscrit dans la continuité des investissements consentis par l’État pour rendre les soins plus accessibles. Lors d’un point de presse tenu le 13 décembre 2025, le ministre de la Santé publique, Manaouda Malachie, indiquait que 71 milliards de FCFA avaient déjà été mobilisés pour la CSU.
En réduisant le coût d’acquisition des équipements médicaux, le gouvernement entend lever l’un des obstacles majeurs à l’opérationnalisation effective de cette réforme : la faiblesse des infrastructures et des équipements sanitaires, en particulier dans les zones rurales et périurbaines.
Eau potable et énergie : des leviers complémentaires pour la santé publique
Au-delà du secteur sanitaire, la loi de finances 2026 proroge également, pour une durée de 12 mois, les exonérations douanières sur les équipements dédiés à la production d’eau potable et aux énergies renouvelables (solaire, éolien et biomasse). Cette mesure, qui arrivait à échéance fin 2025, concerne 39 produits liés à l’eau – dont les outils de forage, pompes doseuses, systèmes de filtration, autoclaves et distillateurs – ainsi qu’une large gamme de matériels solaires et énergétiques.
Au total, 527 produits bénéficient désormais de franchises douanières dans les secteurs de l’eau et de l’énergie.
Pour les autorités, ces domaines sont indissociables des enjeux sanitaires. L’accès à l’eau potable demeure un défi majeur : en 2024, seuls 55 % des Camerounais y avaient accès, selon le ministère de l’Eau et de l’Énergie, loin de l’objectif de 90 % fixé à l’horizon 2030 dans la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30). L’allègement fiscal sur les équipements de forage et de distribution est donc perçu comme un levier essentiel pour réduire les maladies hydriques et améliorer la santé communautaire.
Énergie verte : un soutien indirect aux services de santé
Le secteur énergétique bénéficie du même mécanisme incitatif. Avec une capacité installée estimée à 2 219 MW en février 2025, le Cameroun doit plus que doubler sa production pour atteindre 5 000 MW d’ici 2030. En facilitant l’importation de solutions solaires et renouvelables, l’État espère soutenir les opérateurs privés et améliorer l’alimentation énergétique des infrastructures sociales, notamment les hôpitaux et centres de santé.
Dans une circulaire signée le 31 décembre 2025, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, souligne que ces prorogations répondent à la nécessité d’améliorer les conditions de vie des populations tout en prenant en compte les préoccupations du secteur privé.
Une politique fiscale à fort impact social
À travers ces incitations, le gouvernement camerounais affiche une volonté claire : placer la santé au cœur du développement, tout en s’attaquant aux déterminants structurels que sont l’eau et l’énergie. Reste désormais le défi de la mise en œuvre effective, afin que ces exonérations se traduisent concrètement par une amélioration de l’offre de soins et du bien-être des populations.
E.S.S












































































































































































































































































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