Dans le pays, le taux de mortalité maternelle stagne à plus de 140 décès pour 100 000 naissances, soit le double de l’objectif ODD de 70/100 000, pendant que 75% des sages-femmes sont au chômage.
Pourtant, selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la sage-femme est le pilier central de la santé de la reproduction, capable de dispenser 87% des soins essentiels nécessaires aux mères et aux nouveau-nés.
Réunie en Assemblée Générale à Yaoundé du 31 janvier au 1er février 2026, l’ASFAC, sous l’égide de sa présidente Hortense ATCHOUMI, exige des réformes immédiates : recrutement massif pour combler le déficit en personnel dans les hôpitaux, création d’un Ordre National des Sages-Femmes, retrait de l’OPMS et création d’un corps de métier spécifique et d’un statut particulier.
Alors que le Cameroun continue de lutter contre des taux de mortalité maternelle et néonatale parmi les plus élevés d’Afrique centrale, la profession de sage-femme, pierre angulaire de la santé reproductive, est elle-même en crise. Une majorité de ses diplômées est au chômage, son exercice est entravé par des conditions précaires et son statut manque de reconnaissance officielle. C’est dans ce contexte que l’Association des sages-Femmes et Assimilés du Cameroun (ASFAC), présidée par Annie Hortense Atchoumi, a tenu sa deuxième assemblée générale extraordinaire les 31 janvier et 1ᵉʳ février derniers à Yaoundé. L’objectif était sans ambiguïté : dresser un diagnostic sans concession et forger une feuille de route collective pour sauver la profession et, par ricochet, améliorer la santé des mères et des nouveau-nés.
Face à un chômage massif touchant plus de 75% des diplômées, une intégration erratique dans la fonction publique et l’absence d’un ordre professionnel autonome, l’ASFAC a convoqué cette assemblée décisive. « Cette Assemblée Générale Extraordinaire a pour mandat de réaliser une analyse situationnelle de la pratique sage-femme dans les dix régions », a expliqué la présidente Annie Hortense Atchoumi, en ouverture des travaux. Le thème, « Devenir de la profession sage-femme au Cameroun », reflétait l’urgence d’une concertation nationale pour « trouver des solutions et formuler des propositions afin d’élever la profession vers l’excellence ».
Les travaux ont méthodiquement passé en revue les maux de la profession. Après les formalités d’ouverture, une communication a retracé l’évolution de la maïeutique, mettant en lumière son parcours spécifique et la nécessité de son autonomie. Puis, les résultats d’une enquête menée par l’ASFAC dans plusieurs régions, dont le Littoral et l’Ouest, ont été présentés. Ces données ont servi de base à des ateliers de réflexion collaborative, qui ont permis d’identifier les obstacles structurels et d’esquisser des pistes de résolution. En parallèle, un groupe de travail a révisé les textes fondamentaux de l’association, tandis qu’un autre a planifié les futures journées scientifiques de 2026.
La parole donnée aux responsables régionaux a confirmé l’unanimité des constats à travers le pays. Le président de la région du Nord a ainsi souligné le paradoxe entre une légère baisse de la mortalité et le gâchis des compétences. « Une faiblesse majeure persiste : le manque de débouchés pour les sages-femmes fraîchement diplômées. Elles sont formées, puis souvent abandonnées sans intégration professionnelle. […] La solution passe par un recrutement massif et prioritaire dans la fonction publique », a-t-il insisté.
Du côté de l’Ouest, la vice-présidente régionale a dénoncé une situation critique où « le taux de décès maternels reste préoccupant ». Elle a pointé du doigt la faible présence des sages-femmes qualifiées dans les maternités et le fossé générationnel qui menace la relève. « Nous plaidons pour la création officielle de notre ordre autonome, afin de nous dissocier de l’ordre des infirmiers. […] “Produire sans recruter est inutile” », a-t-elle martelé, reprenant l’adage choquant mais réaliste qui a circulé dans l’assemblée.
La présidente de la région de l’Est a, quant à elle, illustré l’ampleur du sous-effectif : « Dans certaines zones, on peut avoir une seule sage-femme pour plus de 1000 femmes. Vous imaginez l’ampleur du problème. […] Si nous étions déployées en grand nombre, nous pourrions relever le défi de la mortalité maternelle. »
Ces témoignages ont convergé vers un plaidoyer central, réitéré avec force par la présidente nationale Annie Hortense Atchoumi : la création d’un Ordre National des Sages-Femmes. « La particularité de notre combat est claire : la pratique sage-femme est une profession indépendante et autonome, distincte des autres corps de santé », a-t-elle déclaré. Elle a rappelé que les textes fondateurs (projet de loi, code de déontologie) sont prêts, fruits d’un atelier avec des consultants. « La prochaine étape est un plaidoyer intensif auprès de l’Assemblée Nationale », a-t-elle annoncé, précisant que le dossier est déjà entre les mains des ministères techniques (MINFOPRA, MINESUP, MINESANTE) et nécessite désormais une impulsion politique au plus haut niveau.
À l’issue des débats, l’assemblée a formellement adopté un plan de sauvetage structurant pour la profession, visant à corriger les dysfonctionnements actuels par des mesures concrètes. Tout d’abord, concernant la reconnaissance du métier, le constat de l’absence d’un corps spécifique impose d’intensifier le plaidoyer pour la création rapide d’un Ordre National des Sages-Femmes. Parallèlement, afin de rationaliser la formation face à la multiplicité anarchique des écoles, il est préconisé de limiter le nombre d’établissements agréés à deux par région, tout en harmonisant les curricula sur quatre ans. De plus, pour pallier l’insuffisance qualitative de l’enseignement, l’assemblée exige désormais cinq ans d’expérience pratique pour les formateurs et l’équipement systématique de salles de démonstration modernes. En outre, face au manque d’expérience clinique des étudiantes, il s’avère crucial de renforcer l’encadrement des stages et d’intégrer l’assiduité comme critère d’évaluation majeur. Enfin, au-delà de la formation, l’insertion professionnelle doit être sécurisée pour contrer le chômage de masse ; cela implique non seulement d’augmenter le recrutement public et la titularisation des contractuelles, mais aussi de garantir la protection sociale des praticiennes en faisant de l’affiliation à un régime dédié une condition sine qua non à l’exercice de la profession.
En clôture, l’assemblée a adopté un mémorandum unanime portant ces demandes, scellant l’unité des sages-femmes camerounaises autour d’un projet commun. « Je souhaite que nous sortions avec un mémorandum clair et unanime, porté par toutes les régions présentes. […] Passer le flambeau, c’est bien, mais le passer dans l’ordre pour assurer une bonne continuité, c’est mieux », avait résumé la présidente Atchoumi.
L’ASFAC quitte ainsi cette assemblée historique avec une stratégie clarifiée et une légitimité renforcée. Le défi est maintenant de transformer ce catalogue de recommandations en actions politiques concrètes. L’association, en partenariat avec le Ministère de la Santé et l’UNFPA, devra déployer un plaidoyer acharné pour convaincre les législateurs de la nécessité et de l’urgence de doter le Cameroun d’un ordre professionnel de sages-femmes. Le succès de cette bataille déterminera non seulement l’avenir de milliers de professionnelles de santé, mais aussi la capacité du pays à tenir sa promesse de réduire durablement la mortalité des mères et de leurs enfants.












































































































































































































































































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