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Fistules obstétricales : le CHU de Yaoundé offre des chirurgies gratuites

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Une campagne chirurgicale gratuite de traitement des fistules obstétricales a démarré le lundi 2 février 2026 au Centre Hospitalier Universitaire de Yaoundé (CHUY) ;

Initiée par le Directeur Général de cette formation sanitaire, Pr Vincent De Paul Djientcheu, cette activité qui s’achève le 10 février prochain vise à prévenir, prendre en charge et améliorer la qualité de vie des femmes victimes des fistules obstétricales.

Au cours de la première journée, 25 femmes ont été enregistrées et les premières opérations se sont déroulées. Dans un entretien exclusif accordé à notre rédaction, le Pr Pierre Marie Tebeu, gynécologue, apporte des précisions sur la prévention et le traitement des fistules obstétricales.  

Le Centre Hospitalier Universitaire de Yaoundé (CHUY) abrite depuis le lundi 2 février 2026 une importante campagne chirurgicale gratuite sur le traitement des fistules obstétricales sous la coordination du directeur général, le Pr Vincent De Paul Djientcheu. La cérémonie d’ouverture, marquée par la présence du secrétaire général du ministère de la Santé publique et du représentant du ministre d’État à l’Enseignement supérieur, a donné le coup d’envoi d’une semaine d’interventions intensives qui se poursuendra jusqu’au 10 février prochain. Dès le premier jour, 25 femmes ont été accueillies pour entamer leur parcours de soins, marquant le début d’une nouvelle vie pour celles que la maladie avait condamnées au silence et à l’isolement.

Un fléau aux conséquences dramatiques

La fistule obstétricale représente l’une des lésions les plus graves et les plus humiliantes pouvant survenir lors d’un accouchement. Selon les précisions du Pr Pierre Marie Tebeu, cette pathologie se définit par une communication anormale entre le vagin et la vessie, ou entre le vagin et le rectum, consécutive à un travail d’accouchement prolongé et difficile (dystocique). Au Cameroun, la situation est critique : les données de l’enquête démographique et de santé de 2011 estiment qu’entre 9 500 et 19 000 femmes en sont porteuses, avec une incidence annuelle de 2 000 nouveaux cas. Au-delà de l’incontinence urinaire ou fécale permanente, la fistule engendre une détresse psychosociale absolue. Les femmes affectées, souvent issues de milieux défavorisés ou victimes de mariages précoces, font face à l’exclusion sociale, au rejet de leur conjoint, à la marginalisation communautaire, et sombrent fréquemment dans la dépression ou des pulsions suicidaires.

Echanges fructueux entre les acteurs lors du symposium.

Une expertise multidisciplinaire au service de la guérison

Pour garantir le succès de cette opération, le CHUY a misé sur une approche holistique et une expertise de pointe. Un symposium scientifique a réuni des experts tels que : le Pr Nkwabong Elie, le Pr Jemea ou encore le Pr Pierre Marie Tebeu pour la prévention, les soins périopératoires et les techniques de réparation complexe. L’accent a également été mis sur la rigueur du suivi : « La chirurgie ne représente qu’une partie du processus. La réussite de la cure dépend à 50 % de la qualité des soins post-opératoires, notamment de la gestion de la sonde urinaire qui doit rester en place entre 10 et 14 jours sous haute surveillance, explique le Pr Fouda. Les équipes infirmières et psychosociales, représentées par Mme Lucie Matongue et Mme Fougnom Constance, assurent un accompagnement qui va de la préparation nutritionnelle à la réinsertion économique et sociale, car l’objectif final est de rendre à ces femmes leur place pleine et entière dans la société.

La gratuité pour briser les barrières

L’un des piliers majeurs de cette campagne est la levée de l’obstacle financier par la gratuité totale des actes. Le bas niveau socio-économique et le faible pouvoir d’achat étant des facteurs de risque majeurs, cette initiative permet aux femmes les plus vulnérables d’accéder à des soins qui, en temps normal, leur seraient inaccessibles. Le diagnostic, essentiellement clinique, et les techniques de réparation, qu’elles soient vaginales, abdominales ou combinées, sont intégralement offerts. Le Pr Tebeu rappelle toutefois que la guérison complète, bien que possible dans 55 % à 97 % des cas, exige parfois de la patience, avec des traitements préalables aux œstrogènes pour améliorer la qualité des tissus ou des délais de plusieurs mois en cas de réintervention nécessaire. C’est une œuvre de patience et d’humilité médicale au service de la dignité humaine.

Un appel à la mobilisation

Face à l’ampleur de cette pathologie évitable, le CHU de Yaoundé réitère son engagement et appelle les familles à ne plus cacher les malades. La prévention reste le meilleur remède et passe par la lutte contre les mariages précoces, l’éducation de la jeune fille et l’accès à des accouchements médicalement assistés avec l’utilisation du partogramme. En attendant que ces changements structurels s’opèrent, la campagne actuelle offre une fenêtre d’espoir pour refermer les plaies du passé. Les femmes souffrant de fuites urinaires ou fécales après un accouchement sont donc invitées à se présenter au CHUY jusqu’au 10 février ou à contacter les équipes via le numéro vert mis à disposition (672 61 18 60) pour bénéficier de cette chance de renaissance.

Réaction

« C’est une campagne très importante »      

Pr Vincent De Paul Djientcheu, Directeur Général du CHUY.

« C’est une campagne très importante pour le Centre Hospitalier Universitaire de Yaoundé. Donc, il faudra que cette activité revienne. Comme vous le savez, les fistules obstétricales sont des pathologies qui sont plus fréquentes que ce que l’on croit. Nous voyons des chiffres, à savoir : 19 000 personnes atteintes. Mais, nous pensons qu’il y en a beaucoup plus. Et c’est une pathologie de honte. Les femmes qui ont une fistule n’osent pas s’exprimer là. Elle s’isole le plus souvent parce qu’elle ne contrôle plus leurs besoins. Les urines et les sels sortent par le vagin. Cela indispose. La vie conjugale est menacée. La vie socioéconomique prend également un coup. Alors qu’un traitement existe. Il faudra davantage que les femmes soient sensibilisées. Et nous disons pour toutes les femmes souffrant de cette pathologie : il y a une liste qui est ouverte au CHUY. Vous vous inscrivez et vous serez prises en charge. La prise en charge est gratuite. Le CHUY s’est impliqué. Nous avons le CIESPAC et nos partenaires suisses qui ont mis la main à la poche pour que cette campagne se passe dans de bonnes conditions.  Tout est fin prêt pour les opérations ».

Interview

« Environ 10 000 à 20 000 nouveaux cas de fistules obstétricales sont enregistrés chaque année au Cameroun »

Pr Pierre-Marie Tebeu, gynécologue.

Qu’est-ce qu’une fistule obstétricale ?

Il faut entendre par fistule obstétrique le mot obstétrique et le mot fistule. Alors, la fistule, c’est une communication. C’est-à-dire que si vous posez deux bouteilles côte à côte et qu’on crée un trou sur la paroi des deux bouteilles, tel que l’eau peut passer d’une bouteille à une autre, c’est qu’on a créé une fistule. Mais ici, il ne s’agit pas de fistule de bouteille. C’est une fistule obstétricale. L’obstétrique étant tout ce qui a un rapport avec la grossesse et l’accouchement. Donc, la fistule obstétrique, c’est un trou qui a été créé pendant la grossesse, parfois au cours des avortements et pendant l’accouchement. La conséquence étant que quand les urines arrivent dans leur poche, c’est-à-dire la vessie, ce n’est plus freiner pour attendre quand vous aurez envie d’uriner, ça coule directement dans le vagin.

C’est pour cela que la femme en continu se trouve mouillée et elle dégage de très fortes odeurs qui repoussent le voisinage. Voilà la fistule obstétrique. Si c’est en arrière, alors c’est la peau d’essai qui est percée et les essais coulent en permanence directement dans le vagin. Là aussi, il y a beaucoup de fortes odeurs qui repoussent le voisinage. C’est la fistule obstétrique rectovaginale. Donc on a la fistule obstétrique en avant qui est la vessie et le vagin et en arrière qui est le rectum et le vagin.

Quelles sont les mesures de prévention de la fistule obstétricale ?

La prévention de la fistule obstétrique repose d’abord sur ce que nous avons appelé les trois retards, c’est-à-dire les facteurs de risque qui sont principalement, même s’il y a d’autres facteurs de risque, le retard à se décider d’aller à l’hôpital. Il y a le retard de quitter la maison et d’arriver à l’hôpital et il y a le retard d’en recevoir le soin une fois qu’on est à l’hôpital. Ça veut dire que si on veut vraiment éradiquer la fistule obstétricale, il faut que lorsqu’une femme se trouve avec déjà le début du travail, elle aille directement à l’hôpital. Mais aussi, il faut qu’il y ait des voies de communication, il faut qu’il y ait un système qui lui permette d’arriver facilement à l’hôpital. Ce qui suppose aussi la proximité de l’hôpital par rapport au domicile. Il faut que les centres de santé soient à autour de 5 kilomètres de chaque domicile. Et il faut aussi que dans les milieux hospitaliers, comme dans les centres de santé, il y ait les médicaments, qu’il y ait du personnel qualifié et compétent, parce que qualifié ne veut pas dire compétent, pour que chaque femme qui arrive reçoive des soins d’accouchement de bonne qualité.

Si on arrive à régler ce problème, on aura pratiquement une fistule obstétrique. Parce que les autres facteurs de risque, comme la petite taille de la femme, mais si elle est à un endroit où on va reconnaître rapidement qu’elle a besoin de césarienne, il n’y aura pas de problème. Les autres facteurs comme l’analphabétisme, même si on ne sait pas parler le français, mais elle est à un endroit tel que dès qu’elle a le problème, on peut la prendre immédiatement en charge, on peut arriver à éliminer les fistules obstétriques, qui malheureusement restent un phénomène encore prépondérant dans notre pays, avec environ 10 000 à 20 000 nouveaux cas de fistules obstétricales qui sont enregistrés chaque année au Cameroun.

Qu’est-ce qui peut être à l’origine d’une fistule obstétrique ?

Au-delà des éléments susmentionnés, il y a le mécanisme direct, qui est la compression prolongée. La tête de l’enfant qui veut descendre, n’arrive pas à descendre, cale dans le petit bassin de la femme, et écrase l’os qu’il y a au bas-ventre de la femme, qu’on appelle « la symphyse, qui comprime la tête, et en arrière, il y a ce qu’on va appeler le corps cis, qui retient la tête en arrière, dont la tête est coincée. Cela fait que, comme quand vous vous couchez souvent sur la main, après quand vous vous rendez compte que la main est comme morte, c’est ce qui arrive à la vessie, et là il n’y a pas de sang qui circule. Au bout d’une semaine environ, la partie qui n’était plus vivante tombe, il y a une perte de substance, et les lignes commencent à s’accouler, voilà la fistule. Mais il y a aussi une autre entité, c’est le traumatisme direct pendant l’accouchement, parce que si on dispose un peu d’instruments pour tirer l’enfant, on peut déchirer la vessie. Il y a aussi quelques rares fois, en faisant la césarienne, pour faire sortir l’enfant, où l’on arrive à créer une fistule obstétricale.

Une campagne gratuite de chirurgie sur le traitement des fistules obstétricales a démarré ce lundi pour le traitement de cette maladie ici au CHUY, qu’est-ce qui sera fait concrètement ?

De manière concrète, nous allons faire de la sensibilisation pour la prévention et des interventions au cours de cette campagne. Après le lancement officiel, nous avons tenu un symposium ce lundi. Vous jouez un rôle fondamental, parce que vous allez passer les messages dans les différents réseaux sociaux.  Cela va permettre aux populations d’être mieux édifiées sur les questions autour des fistules obstétricales et de venir se faire consulter et traiter gratuitement dans le cadre de cette campagne.

La deuxième étape sera donc d’opérer ces femmes. On va faire la chirurgie, que ce soit les fistules vésico-vaginales, recto-vaginales, c’est-à-dire que ce soit les selles qui coulent en continu, ou bien les urines, on va opérer. Et la dernière étape, ce sera d’assurer que ces femmes-là sont réinsérées dans la société. Parce qu’il y a ce qu’on appelle prise en charge psychosociale, et concerning, réinsertion socio-économique, qui fait partie intégrante de la prise en charge des fistules obstétricales.

Quel est le traitement administré pour les fistules obstétricales ?

Il faut dire que, lorsqu’il y a une fistule vésico-vaginale, si on se rencontre immédiatement, et qu’on examine, c’est une petite fistule, le doigt n’arrive pas à passer. Ça veut dire qu’en laissant seulement une sonde urinaire à demeure, on va constater que le flux de l’urine qui passe par le vagin diminue, et ça peut guérir spontanément au bout d’un mois. Mais ça, c’est vraiment les petites fistules. C’est pour ça qu’il faut bien examiner. Mais si la fistule est grande, ça veut dire que le doigt, déjà, il passe. On va dire comme ça. Là, c’est clair qu’il faut opérer. Il faut opérer, et maintenant, tout dépend. Dans la majeure partie du temps, on voit le trou par le vagin. On va réparer par le vagin. Quelques rares fois, on va être obligé d’ouvrir un peu en haut, le ventre en haut, pour pouvoir réparer la fistule. Donc, la sonde urinaire peut donc constituer un trait. Mais c’est rare. C’est 10 à 15 % des fistules qui peuvent se retrouver à ces niveaux. Il faut que l’équipe soit en mesure de bien examiner.

Mais, il faut savoir que la prise en charge de fistules obstétriques est coûteuse. Couteuse, pas seulement en termes d’argent et surtout techniquement. Parce que très peu de gens sont formés dans la prise en charge de fistules obstétriques. Ou plutôt sont retenus dans la prise en charge. Parce qu’on forme souvent beaucoup de gens.

Nous avons formé beaucoup de gens. Mais après, les gens fuient. Parce que c’est des femmes qui n’ont pas d’argent. Et donc ? Les gens n’en sont-ils pas intéressés ? Pas. C’est pour ça que vous avez vu, pour la présente campagne, la commission de la CEMAC, à travers le Centre interétats d’enseignement supérieur en santé publique d’Afrique centrale et la Geneva Foundation for Medical Education and Research de la Suisse, coopérer avec le CHUY, pour apporter une contribution pour que ces femmes-là ne payent pas. Sinon, elles ne vont pas venir.

Quel est le coût d’une intervention chirurgicale du traitement des fistules obstétricales ?

En moyenne, une intervention coûte entre 300 000 et 500 000 Fcfa. Et lorsque c’est opéré par des mains non expertes, on a plus de chances d’échec. Et quand ça échoue une fois, ça risque d’échouer encore plusieurs fois. Et donc devenir encore plus coûteux. C’est pourquoi, pour opérer des fistules obstétricales, il faut être formé.

Ou bien, il faut se faire accompagner par des experts.  Sinon, ça va échouer. Et parlant des frais, j’ai dit à chaque fois : il faut penser à environ 300 000 FCFA ou 500 000 FCFA, pour opérer une fistule obstétricale. Et puis, il faut me trouver qui va opérer. Mais, dans le cadre de cette campagne, l’opération est gratuite. Mais gratuit ne veut pas dire que quelqu’un ne paye pas. Il y a quelqu’un qui paye. Et pour cela, nous avons eu à mobiliser la commission de la CEMAC à travers le Ciespac, dont je suis le directeur général. Et bien évidemment, en sollicitant l’aide de nos partenaires. Parce que j’ai parlé de la Geneva Foundation for Medical Education and Research, qui est en fait la fondation qui m’a formé en 2005, en Afrique de l’Ouest. C’est une fondation suisse, mais qui s’est occupée de ma formation.

Et cette fondation accompagne toutes les actions contre les fistules obstétricales, en Afrique et ailleurs. Ça veut dire que même dans nos pays, si on dit que voilà, il y a des cas de fistule et tout, qui sont rassemblés, nous sommes à mesure de mobiliser les moyens pour accompagner la prise en charge. Nous avons été en Guinée équatoriale, toujours avec l’appui de la commission de la CEMAC, CIESPAC et de l’équipe de la fondation suisse.

À ce jour, combien de patients sont enregistrés ? Et quel est le nombre de patients attendus ?

Pour cette première journée, nous avons déjà accueilli 25 femmes et il y en a qui vont encore arriver.  C’est un problème fréquent. Je me souviens quand j’étais ici au CHUY, en 2009. Parce que j’étais à Maroua, je suis parti de Maroua en 2007 pour une formation complémentaire en Belgique.

Et quand je reviens, je suis affecté, je viens pour travailler au CHUY. J’arrive ici, je commence à parler des fistules. On me dit que non, les fistules n’existent pas à Yaoundé. Vous pensez que vous êtes à Maroua ici ? Mais j’ai lancé, j’ai commencé à en parler. Et finalement, les femmes sont sorties. Et les gens voient que les fistules obstétricales n’existent pas seulement dans les régions les plus reculées, même à Yaoundé, on retrouve des cas. Et je disais aux gens que je voyais les femmes mourir de la grossesse d’accouchement à Yaoundé.

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Junior NTEPPE KASSI, 33 ans, est un journaliste scientifique camerounais au Groupe Échos Santé. Spécialiste de la médecine du sport, il met sa passion au service de l'information médicale de pointe.

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