Une équipe de recherche camerounaise a identifié la mutation précise qui permet aux moustiques de survivre aux pyréthrinoïdes, menaçant l’efficacité des moustiquaires. Cette découverte, publiée dans Science Translational Medicine, permet désormais de détecter rapidement cette résistance et de mieux orienter les stratégies de lutte, dont le déploiement de moustiquaires de nouvelle génération.
Des scientifiques du Centre de Recherche sur les Maladies Infectieuses (CRID), en collaboration avec la Liverpool School of Tropical Medicine (LSTM), ont identifié pour la première fois un marqueur ADN associé à la résistance métabolique aux insecticides pyréthrinoïdes chez Anopheles gambiae, le principal moustique vecteur du paludisme en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale.
Dans un laboratoire de Yaoundé, des scientifiques viennent de résoudre une énigme qui entravait la lutte contre le paludisme depuis près de vingt-cinq ans. Leur découverte ? L’identification précise du marqueur génétique qui permet aux moustiques de survivre aux insecticides. Cette avancée capitale, fruit des travaux du Centre de Recherche sur les Maladies Infectieuses (CRID) en collaboration avec la Liverpool School of Tropical Medicine (LSTM), ouvre une nouvelle ère pour le contrôle de cette maladie qui continue de faire des ravages en Afrique.
Publiée ce mercredi 4 février 2026 dans la prestigieuse revue Science Translational Medicine, l’étude se focalise sur Anopheles gambiae, le principal vecteur du paludisme en Afrique de l’Ouest et centrale. Les chercheurs y décrivent pour la première fois une mutation spécifique, nommée CYP6P3-E205D, qui agit comme un véritable « super-pouvoir » chez le moustique. « L’objectif était de comprendre, sur le plan génétique, comment ces moustiques procèdent pour survivre et devenir résistants », explique le Pr Charles Sinclair Wondji, Directeur Exécutif du CRID. Cette mutation, localisée dans un gène clé, accroît considérablement la capacité de l’insecte à dégrader les pyréthrinoïdes, la classe d’insecticides la plus utilisée pour imprégner les moustiquaires.
Le double mécanisme d’une menace grandissante
Le danger est encore amplifié par un phénomène de synergie. En effet, cette nouvelle résistance dite « métabolique » vient s’ajouter, voire renforcer, des mécanismes de résistance déjà connus, liés à une modification de la cible de l’insecticide. « L’étude montre que ce nouveau mécanisme agit en combinaison avec des voies de résistance déjà connues, aggravant la perte d’efficacité des moustiquaires », souligne le résumé de la publication. Cette combinaison fatale réduit l’efficacité des outils de première ligne, y compris les moustiquaires traitées au PBO (piperonyl butoxide), pourtant conçues pour contourner certaines résistances.
Conséquence directe : la nécessité impérieuse de généraliser les moustiquaires dites de nouvelle génération, à double ingrédient actif. « Les moustiquaires de nouvelle génération sont plus efficaces car elles combinent deux classes d’insecticides distinctes, ce qui rend très difficile pour un moustique de développer une résistance aux deux simultanément », précise le Pr Wondji. Une stratégie que le Cameroun a déjà anticipée : « Nous avons déjà échangé avec le Programme National […] qui a pris en compte ces données lors de l’achat des moustiquaires actuellement distribuées. Ainsi, les Camerounais bénéficient des moustiquaires les plus performantes ».
Du génome au terrain : un test simple pour une surveillance efficace
La puissance de cette découverte réside aussi dans son application pratique. En s’appuyant sur des technologies de pointe de séquençage génomique, l’équipe a développé un test moléculaire simple et fiable. « Nous avons mis au point un outil génétique simple qui permet de déterminer si un moustique porte ou non la mutation », se félicite le directeur du CRID. Ce test, utilisable directement sur le terrain, permet aux programmes de lutte de cartographier en temps réel la propagation de la résistance et d’adapter leurs stratégies. « Cela nous permet désormais de détecter très précocement la résistance et même d’évaluer dans quelle mesure cette résistance réduit l’efficacité de certaines moustiquaires », ajoute-t-il.
Cette surveillance est d’autant plus urgente que la mutation identifiée se répand à grande vitesse en Afrique de l’Ouest et centrale, avec des preuves de transfert à une espèce sœur, Anopheles coluzzii, au Ghana. Cette « introgression » interspèce complique la lutte et exige une vigilance accrue. « Il ne faut pas être complaisant, car les moustiques sont génétiquement très plastiques : ils évoluent rapidement. C’est pourquoi nous recommandons une surveillance continue », insiste le Pr Wondji.
Au-delà de la lutte anti-vectorielle, cette percée scientifique, réalisée pour l’essentiel au Cameroun par des chercheurs camerounais, symbolise l’émergence d’une recherche africaine d’excellence. Elle offre un outil décisif pour rationaliser les investissements en santé publique et préserver l’efficacité des interventions. Cependant, comme le rappelle en conclusion le chercheur, la science ne suffit pas : « Notre message est que chaque Camerounais devrait s’efforcer de dormir sous moustiquaire comme préconisé par le gouvernement ». Car face à un moustique qui s’adapte, la mobilisation de tous reste la clé pour enfin inverser la courbe du paludisme.













































































































































































































































































Comments are closed