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INTERNATIONAL

Santé mondiale : l’Afrique face au défi du leadership féminin

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À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le forum de Galien Africa a réuni responsables politiques, médecins et expertes pour débattre du rôle stratégique des femmes dans la gouvernance sanitaire. Au cœur des échanges : l’urgence de transformer un secteur où les femmes sont majoritaires sur le terrain mais encore marginalisées dans les lieux de décision.

Le paradoxe d’un secteur dominé par les femmes… mais dirigé par les hommes

Dans les hôpitaux, les centres de santé ou les programmes communautaires, les femmes constituent l’ossature des systèmes de santé africains. Elles soignent, accompagnent, sensibilisent et organisent les services au plus près des populations.

Pourtant, cette présence massive ne se traduit pas encore par une influence équivalente dans les sphères décisionnelles.

Ce décalage, souvent évoqué dans les débats sur la gouvernance sanitaire, a été au cœur du webinaire organisé le 11 mars par Galien Africa. Les participants y ont posé une question centrale : comment transformer la présence féminine dans les systèmes de santé en véritable pouvoir d’influence sur les politiques publiques ?

La problématique dépasse la simple question de la parité. Elle touche à la manière dont les politiques sanitaires sont conçues et mises en œuvre.

Science, politique et transformation des systèmes

Pour la professeure Fatou Samba Ndiaye, présidente de l’Association des femmes médecins du Sénégal, la réponse passe par une meilleure articulation entre expertise scientifique et décision politique.

« La science guérit les patients, mais la politique guérit les systèmes », a-t-elle rappelé, insistant sur le rôle déterminant des choix politiques dans l’organisation des systèmes de santé.

Les progrès médicaux, les innovations technologiques ou les nouvelles approches thérapeutiques ne peuvent produire leurs effets que si les politiques publiques permettent leur diffusion équitable.

Or, dans de nombreux pays africains, les décisions en matière de santé sont encore prises sans que les femmes, pourtant majoritaires dans les professions sanitaires, ne disposent d’un poids suffisant dans les instances de gouvernance.

Pour Pr Awa Marie Coll Seck, présidente de Galien Africa et ancienne ministre de la Santé du Sénégal, ce déficit de représentation constitue un frein à l’élaboration de politiques plus proches des réalités sociales.

Les femmes, explique-t-elle, sont souvent en première ligne dans la prise en charge des communautés et disposent d’une connaissance fine des besoins des populations.

L’équation complexe du financement de la santé

Au-delà de la question de la gouvernance, les discussions ont également porté sur les défis financiers auxquels sont confrontés les systèmes de santé africains.

Face à des ressources limitées et à une évolution incertaine de l’aide internationale, les États doivent trouver de nouvelles stratégies pour garantir la durabilité de leurs politiques sanitaires.

Pour Caty Fall Sow, directrice des politiques, des relations gouvernementales et des partenariats pour l’Afrique à la Fondation Gates, cette situation impose d’explorer des modèles de financement plus innovants et plus diversifiés.

Les partenariats entre gouvernements, organisations internationales, fondations et acteurs privés pourraient permettre de mobiliser davantage de ressources.

Mais ces mécanismes doivent également soutenir les initiatives locales, souvent portées par des femmes, qui développent des solutions adaptées aux réalités africaines.

Un enjeu de justice sanitaire

Les organisations internationales présentes lors du webinaire ont également souligné que la promotion du leadership féminin constitue un levier important pour améliorer l’équité dans l’accès aux soins.

Le représentant résident de l’Organisation mondiale de la Santé au Sénégal, Dr N’Da Konan Michel Yao, a rappelé que les systèmes de santé les plus performants reposent sur une gouvernance inclusive.

Du côté du Fonds des Nations Unies pour la population, l’accent est mis sur le lien étroit entre participation des femmes aux décisions publiques et amélioration des politiques de santé reproductive.

Dans plusieurs pays africains, les indicateurs restent préoccupants, notamment en matière de mortalité maternelle ou d’accès aux services de planification familiale.

Dans ce contexte, la présence accrue des femmes dans les instances de décision apparaît comme un levier essentiel pour orienter les politiques vers ces priorités.

L’émergence d’une nouvelle génération de leaders

Si les obstacles demeurent, plusieurs intervenantes ont également souligné l’émergence d’une nouvelle génération de femmes engagées dans la gouvernance de la santé.

Des initiatives de mentorat et de formation se développent à travers le continent afin de préparer ces futures leaders.

C’est notamment l’ambition de programmes portés par des actrices comme Viviane Onano, fondatrice de Leading Light Initiative, qui visent à accompagner les femmes dans les domaines du leadership, du plaidoyer et de l’innovation.

Pour les participantes au webinaire, cette dynamique pourrait progressivement transformer les équilibres au sein des institutions sanitaires.

Car face aux défis sanitaires du XXIᵉ siècle (pandémies, changement climatique, maladies non transmissibles) les systèmes de santé devront mobiliser toutes les compétences disponibles.

Et pour beaucoup d’expertes, cela passe inévitablement par une reconnaissance pleine et entière du rôle stratégique des femmes dans la gouvernance de la santé mondiale.

Encadré — Les chiffres du leadership féminin en santé en Afrique

  • 70 % du personnel de santé en Afrique est constitué de femmes
  • Moins de 25 % des postes de direction dans les systèmes de santé africains sont occupés par des femmes
  • 545 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes en Afrique subsaharienne
  • Plus de 60 % des agents de santé communautaires sont des femmes
  • 1 femme sur 3 en Afrique subsaharienne n’a pas accès aux services essentiels de santé reproductive
  • 75 % des soins informels au sein des familles sont assurés par des femmes

Réactions

“Nous devons changer ce paradigme”

Pr Awa Marie Coll Seck — Présidente de Galien Africa.

« Les femmes sont au cœur des systèmes de santé, mais leur contribution reste encore insuffisamment reconnue dans les espaces de décision. Nous devons changer ce paradigme. L’expérience montre que lorsque les femmes participent à la gouvernance des politiques publiques, les stratégies deviennent plus inclusives et plus proches des besoins des populations. Investir dans le leadership féminin, c’est investir dans l’efficacité et la durabilité de nos systèmes de santé. »

” Les femmes doivent être davantage présentes là où se prennent les décisions”

Pr Fatou Samba Ndiaye — Présidente de l’Association des femmes médecins du Sénégal.

« Les femmes médecins, chercheuses et professionnelles de santé jouent un rôle déterminant dans l’amélioration de la santé publique. Mais pour transformer durablement les systèmes de santé, il est essentiel que leur expertise influence également les décisions politiques. Comme je le dis souvent, la science guérit les patients, mais la politique guérit les systèmes. C’est pourquoi les femmes doivent être davantage présentes là où se prennent les décisions. »

” Promouvoir le leadership féminin dans la santé ne relève pas uniquement de la justice sociale”

Dr Raymonde Goudou Coffie — Ministre-gouverneure, Côte-d’Ivoire.

« Promouvoir le leadership féminin dans la santé ne relève pas uniquement de la justice sociale. C’est aussi une question d’efficacité. Les femmes apportent des perspectives différentes, souvent ancrées dans la réalité des communautés. Leur présence dans les instances de décision permet d’élaborer des politiques publiques plus pertinentes et plus durables. »

“Investir dans les initiatives portées par les femmes”

Caty Fall Sow — Directrice des politiques, des relations gouvernementales et des partenariats pour l’Afrique à la Fondation Gates,

« Dans un contexte de ressources limitées, il devient indispensable de repenser les mécanismes de financement de la santé. Les partenariats entre gouvernements, fondations et organisations internationales peuvent permettre de mobiliser davantage de ressources. Mais il est tout aussi important d’investir dans les initiatives portées par les femmes, qui développent souvent des solutions innovantes et adaptées aux réalités locales. »

“Les femmes représentent la majorité de la main-d’œuvre”

Dr N’Da Konan Michel Yao — Représentant résident de l’OMS au Sénégal.

« Les femmes représentent la majorité de la main-d’œuvre dans le secteur de la santé, mais elles restent sous-représentées dans les postes de leadership. Pour construire des systèmes de santé plus résilients et plus équitables, il est essentiel de corriger ce déséquilibre et de créer des environnements favorables à l’émergence de nouvelles générations de femmes leaders. »

“Le leadership des femmes est un levier essentiel”

Dr Sennen Hounton, Directeur Régional de l’UNFPA AOC.

« Le leadership des femmes est un levier essentiel pour accélérer les progrès en matière de santé reproductive, de droits des femmes et d’égalité de genre. Lorsque les femmes participent pleinement aux décisions, les politiques publiques deviennent plus inclusives et plus efficaces pour répondre aux besoins des populations. »

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MIREILLE SIAPJE

Rédacteur en Chef

Journaliste multimédia, rédactrice en chef du groupe de presse Échos Santé. Spécialisée en santé publique, droits humains et environnement. S’exprime en français et en anglais. Lauréate du Prix Médiation Press Trophies 2014 et du Prix Michel Sidibé 2024.

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