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LA GRANDE INTERVIEW

« Nous obtenons des résultats importants à travers le plaidoyer et la sensibilisation pour remettre les maladies négligées à l’agenda »

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Dans cet entretien, le Directeur régional de DNDi Afrique centrale et Afrique de l’Ouest, Chirac BULANGA MILEMBA apporte plus des précisions sur les stratégies  mises en place pour rendre l’Acoziborole Winthrop accessible à tous et les défis de cette institution dans le développement et la recherche  des solutions contre les maladies négligées.

Le 27 février 2026, DNDi a annoncé  que l’Agence européenne des médicaments (EMA) a donné un avis scientifique positif à son médicament appelé Acoziborole Winthrop développé avec son partenaire  Sanofi. Qu’est-ce que cet avis scientifique positif de l’EMA représente pour vous ?

Pour nous, c’est une étape historique et un signal très fort : l’EMA, via son Comité des médicaments à usage humain (CHMP), reconnaît qu’Acoziborole répond à des standards élevés de qualité, sécurité et efficacité. C’est aussi une avancée majeure pour les patients : un traitement oral, en dose unique (trois comprimés), potentiellement capable de simplifier radicalement la prise en charge de la maladie du sommei (Tb Gambiense) y compris dans des zones éloignées.
Enfin, en tant que Directeur de DNDi en RDC, pays historiquement au cœur de la lutte contre la maladie du sommeil, je le vis comme une reconnaissance du travail collectif : chercheurs, cliniciens, programmes nationaux, communautés, et Sanofi.

Quelles stratégies sont mises en place pour rendre ce médicament accessible à tous ceux qui en ont besoin ?

Notre stratégie d’accès repose sur plusieurs leviers concrets :

Voie réglementaire adaptée aux pays endémiques : l’avis positif a été rendu dans le cadre EU‑M4all / Article 58, une procédure conçue pour accélérer l’accès aux médicaments destinés principalement aux pays hors UE, en impliquant aussi des experts OMS et des régulateurs de pays endémiques.

Facilitation de l’enregistrement en RDC : la décision de l’EMA vise explicitement à soutenir/accélérer l’approbation dans des pays comme la RDC et à préparer l’actualisation des recommandations de l’OMS.

Engagement de don du traitement : Sanofi a annoncé que le médicament serait donné à l’OMS via sa fondation philanthropique, ce qui est un mécanisme clé pour un accès large et équitable.

Préparation de l’introduction : avec les Programmes Nationaux THA nous travaillons typiquement sur la planification : formation, pharmacovigilance, logistique, mise à jour des outils, communication communautaire.

Sur les maladies négligées (malaria, maladie du sommeil…), quel constat aujourd’hui ? Et géographiquement, quelle ampleur ?

Le constat principal, c’est une double réalité : Des progrès sont possibles quand la science, les programmes nationaux et les partenaires travaillent ensemble. La maladie du sommeil a connu une baisse importante des cas au fil des années, mais les foyers résiduels persistent dans des zones difficiles d’accès.

Mais, globalement, les maladies négligées restent un problème majeur de santé publique parce qu’elles touchent surtout des populations vulnérables, souvent éloignées des services, avec des systèmes de santé sous pression.

Sur l’ampleur géographique : La maladie du sommeil Tb Gambiense concerne surtout l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, et la RDC reste un pays clé dans l’histoire de cette endémie.

La malaria reste très largement répandue en Afrique subsaharienne, et continue d’alimenter une charge très importante sur les ménages et les structures sanitaires (diagnostic, prise en charge, ruptures d’approvisionnement).

Comment DNDi développe-t-elle des médicaments contre ces maladies négligées ?

DNDi est une organisation de R&D à but non lucratif qui développe des traitements en partenariat : avec des ministères de la santé, des programmes nationaux, des instituts de recherche, des hôpitaux, des universités, et parfois des industriels quand c’est stratégique.

Concrètement, le modèle de DNDi repose sur : La priorisation des besoins médicaux (ce qui manque sur le terrain : simplicité, sécurité, coût, faisabilité). La recherche collaborative et des essais cliniques conduits dans les pays endémiques : pour Acoziborole, l’évaluation clinique a été menée notamment en RDC et en Guinée avec les partenaires locaux et programmes nationaux

Quels sont les défis auxquels DNDi est confronté ?

Les défis les plus fréquents sont : Le financement durable de la R&D pour des maladies qui ne génèrent pas naturellement d’investissements commerciaux majeurs. La Complexité opérationnelle : mené des essais cliniques de qualité dans des zones parfois enclavées, avec des contraintes logistiques, sécuritaires et d’infrastructures, le suivi des patients bien éloignés coute cher.

Bénévolat, dons, sensibilisation : quels résultats jusqu’à présent ?

DNDi n’est pas une organisation “humanitaire de dons directs” au sens classique ; notre cœur de métier est la R&D orientée sur les patients. Cela dit, nous obtenons des résultats importants à travers : Le plaidoyer et la sensibilisation pour remettre les maladies négligées à l’agenda. Les partenariats (publics, académiques, privés) qui renforcent les capacités locales. Et, dans le cas d’Acoziborole, un élément tangible et majeur est le mécanisme de don à l’OMS annoncé par Sanofi, qui est un résultat concret d’une stratégie d’accès.

Quels types de maladies DNDi cible-t-elle et pourquoi ?

DNDi cible des maladies négligées et/ou des populations négligées avec un besoin médical non couvert (pas de traitement satisfaisant, toxicité, durée trop longue, diagnostics difficiles) ; un déficit d’investissement dans la R&D du fait d’un faible “retour commercial”. Pour la RDC et la région, la logique est d’être là où le besoin patient et l’impact de santé publique sont les plus importants.

Réalisations et succès dans le développement de traitements : que pouvez-vous citer ?

Sur Acoziborole, l’actualité parle d’elle-même : Avis scientifique positif du l’EMA pour un traitement oral en dose unique (3 comprimés) contre la forme la plus fréquente de la maladie du sommeil à Tb gambiense.Efficacité élevée à 18 mois rapportée dans les documents EMA (≈95,2% au stade 2, et 100% aux stades 1/intermédiaire selon les données résumées) et un profil d’effets indésirables surveillé.  Impact potentiel programmatique : simplification de la prise en charge, possibilité de réduire les procédures invasives et la complexité de suivi dans certaines stratégies. Plus largement, notre “succès” se mesure à notre capacité à transformer des innovations en accès réel, en partenariat avec les pays.

 Autres ajouts (message final) ?

J’aimerais insister sur trois points. La première, c’est une victoire pour les patients : une innovation n’a de valeur que si elle arrive jusqu’au dernier mile jusqu’au village, jusqu’au centre de santé. La seconde, c’est une victoire collective : les résultats obtenus sont le fruit du travail de la RDC, de ses équipes cliniques, de ses programmes nationaux, des communautés, et de partenaires internationaux. Et, le plus important commence maintenant : après l’avis scientifique, il faut réussir l’enregistrement national, l’introduction, la pharmacovigilance et l’appropriation par le système de santé pour que l’impact soit durable.

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