Selon les dernières statistiques de l’Organisation mondiale de la santé publiées en 2020, 449 décès liés à la maladie de Parkinson ont été enregistrés au Cameroun, soit 0,25 % de la mortalité totale.
Il s’appelle Jean, vit dans un village de la région de l’Est, et sa main droite tremble depuis cinq ans. Ses voisins l’évitent, persuadés qu’un mauvais sort s’est abattu sur lui. Sa femme est partie. Ses enfants ont honte. Jean ne sait pas qu’il souffre de la maladie de Parkinson. Il n’a jamais vu de neurologue. Et il n’est pas seul. Derrière chaque tremblement ignoré, chaque diagnostic manqué, chaque vie brisée, se profile l’une des plus grandes crises sanitaires silencieuses du XXIe siècle. À l’échelle mondiale, la maladie de Parkinson, deuxième maladie neurodégénérative la plus fréquente, est en train de devenir un monstre épidémiologique. Une étude publiée en mars 2025 dans la prestigieuse revue The BMJ, s’appuyant sur les données du Global Burden of Disease Study 2021, a livré une projection alarmante : en 2050, 25,2 millions de personnes vivront avec la maladie de Parkinson dans le monde, soit une hausse de 112 % par rapport à 2021. Cette augmentation est principalement due au vieillissement de la population (89 %), suivie de la croissance démographique (20 %) et des variations de prévalence (3 %). La prévalence globale passerait ainsi de 152 cas pour 100 000 habitants en 2021 à 267 cas en 2050, soit une progression de 76 %.
Les pays à revenu intermédiaire seront les plus durement touchés, avec une hausse attendue de 144 % de leur prévalence globale. Et si l’Asie du Sud-Est devrait compter le plus grand nombre absolu de malades (10,9 millions), c’est l’Afrique subsaharienne occidentale qui enregistrera l’augmentation la plus spectaculaire en pourcentage : +292 % d’ici 2050. « Les pays à faible revenu sont les plus vulnérables face à cette progression, car leurs systèmes de santé sont les moins préparés », soulignent les auteurs de l’étude.
Le Cameroun face à l’iceberg
Au Cameroun, la photographie épidémiologique reste floue, faute d’études de grande ampleur. Mais les quelques données disponibles suffisent à alerter. Selon les dernières statistiques de l’Organisation mondiale de la santé publiées en 2020, 449 décès liés à la maladie de Parkinson ont été enregistrés au Cameroun, soit 0,25 % de la mortalité totale. Le taux de mortalité ajusté selon l’âge atteint 6,68 pour 100 000 habitants, ce qui place le Cameroun au 15e rang mondial en la matière. Une étude menée dans les centres de santé camerounais a par ailleurs estimé la prévalence hospitalière de la maladie à environ 0,78 % parmi les patients consultant en neurologie. Un chiffre qui ne reflète probablement qu’une infime partie de la réalité, tant les diagnostics sont rares et tardifs en dehors des grandes villes. Comme le rappelle une analyse publiée par l’African Population and Health Research Center (APHRC), en Afrique subsaharienne, la prévalence apparente de la maladie est souvent estimée entre 0,1 et 0,2 %, « largement sous-estimée en raison du manque de données fiables, de la sous-déclaration des cas et de l’accès limité aux services de diagnostic ». « Dans de nombreuses communautés, les symptômes de Parkinson sont perçus comme une conséquence normale du vieillissement ou sont interprétés à travers des croyances spirituelles », ajoute l’APHRC.
Un fléau environnemental trop souvent ignoré
Si le vieillissement est le principal moteur de l’augmentation des cas, les facteurs environnementaux jouent également un rôle majeur, particulièrement en Afrique où l’exposition aux pesticides est massive. Au Cameroun, où l’agriculture occupe une part prépondérante de l’économie et où l’utilisation de pesticides n’est que faiblement régulée, l’exposition chronique des populations rurales constitue un facteur de risque silencieux mais bien réel. Chaque 11 avril, le monde célèbre la Journée mondiale de la maladie de Parkinson. Cette date marque l’anniversaire de James Parkinson, médecin britannique qui décrivit cette pathologie en 1817. Le thème 2026, « Combler le fossé des soins », met en lumière une réalité criante : l’accès inégal aux traitements et à la prise en charge.
Un accès aux soins dramatiquement insuffisant
Le véritable drame, au Cameroun comme dans une grande partie de l’Afrique subsaharienne, réside dans l’absence criante de prise en charge. Une revue de la littérature publiée sur PubMed Central soulignait dès 2018 que « les traitements sont inexistants ou, au mieux, irréguliers » sur le continent, et que « les médicaments pour traiter la maladie de Parkinson sont soit indisponibles, soit inabordables ». Au Cameroun, où le nombre de neurologues se compte sur les doigts d’une main, où la lévodopa – le traitement de référence – reste hors de portée pour une large part de la population, le diagnostic est souvent un luxe inaccessible.
La recherche progresse, mais l’Afrique reste à la traîne
Pendant ce temps, la recherche mondiale avance. Des pistes prometteuses émergent : thérapies géniques, cellules souches, nouveaux médicaments capables de ralentir la progression de la maladie. Le lixisénatide, un antidiabétique repositionné, a montré des effets neuroprotecteurs encourageants. Des anticorps monoclonaux comme le prasinezumab font l’objet d’essais cliniques pour cibler les agrégats de la protéine alpha-synucléine. Mais ces innovations resteront lettre morte pour les patients camerounais et africains tant que les systèmes de santé n’auront pas intégré les bases du diagnostic et du traitement.













































































































































































































































































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