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Droit de l’Homme : Quand la torture au sino-Mart défie l’état de droit

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Vingt-quatre heures seulement après la célébration de la fête du Travail, une vidéo d’une violence insoutenable, tournée au supermarché Sino Mart à Yaoundé, est venue lacérer la conscience nationale : on y voit un employé, Arnaud Ombe Boya, supplicié à coups de lanière par un militaire sur ordre de sa direction.

 Entre violation de la Constitution et mépris des conventions internationales contre la torture, cet événement tragique expose au grand jour les failles d’un système où l’absence de délégués du personnel laisse la porte ouverte à la tyrannie des hangars.

 « Les coupables seront punis conformément à la loi », a promis le ministre Grégoire Owona, le 5 mai 2026, en se rendant sur les lieux du supplice pour réaffirmer la primauté du droit sur la barbarie

Entre violation de la Constitution et mépris des conventions internationales contre la torture, cet événement tragique expose au grand jour les failles d’un système où l’absence de délégués du personnel laisse la porte ouverte à la tyrannie des hangars.

Une séquence de quelques secondes qui pèse des siècles. Une vidéo, devenue virale comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux le 2 mai 2026, vient de balafrer la conscience collective du Cameroun et du monde. On y voit un homme, au sol, réduit à la poussière, suppliant pour une clémence qui ne vient pas. Au-dessus de lui, un autre homme, le bras armé d’un fouet, administre la douleur avec une froideur méthodique. Ce n’est pas une scène de film. Ce n’est pas une reconstitution historique. C’est la réalité brutale filmée au sein du supermarché Sino Mart, au quartier Elig-Edzoa à Yaoundé. L’ironie du calendrier est sanglante car ces images ont fuité vingt-quatre heures seulement après la célébration de la Journée internationale du travail. Alors que les échos des discours sur la dignité ouvrière résonnaient encore au Boulevard du 20 mai, le cuir, lui, parlait une tout autre langue dans l’arrière-boutique d’une multinationale de la place.

Un écho sanglant du code noir : la chair et la mémoire

Pour quiconque regarde ces images, le choc n’est pas seulement physique, il est viscéral. Le sifflement du fouet dans l’air et le craquement du cuir sur la peau nue d’Arnaud Ombe Boya réveillent des fantômes que nous pensions avoir enterrés. Cette image nous plonge, avec une violence inouïe, dans les heures les plus sombres de notre histoire coloniale. Le décor même de l’infamie interpelle. Un hangar sans enseigne, des cartons empilés, et un homme à terre, déjà coupable d’être vulnérable. Dès lors, comment ne pas voir dans ce corps recroquevillé sous les coups d’un bourreau, agissant sur ordre du patron Yan Min, la répétition d’une tragédie séculaire. Ce sol n’est plus seulement le carrelage d’un magasin, c’est la terre de l’humiliation. Ce fouet n’est plus un simple instrument de torture, c’est le symbole du mépris de la race. Le silence des témoins devient le miroir d’une déshumanisation systémique où le travailleur n’est plus qu’une force de production corvéable à merci. Il est légitime de se demander comment accepter que sur le sol de nos ancêtres, la dignité d’un fils du pays soit ainsi piétinée sous le joug d’un néo-colonialisme qui ne dit pas son nom.

Le droit à l’épreuve : la hiérarchie des normes pulvérisée

Au-delà de l’émotion légitime, c’est l’ordre juridique camerounais qui est ici ouvertement défié. Le droit n’est pas une suggestion, c’est une architecture. Dans un État de droit, la hiérarchie des normes est le socle de la civilisation. Au sommet de cette pyramide trône la Constitution du Cameroun, dont le Préambule proclame solennellement l’attachement aux libertés fondamentales et à l’intégrité physique. En vertu de cette hiérarchie, aucune règle interne d’une entreprise, aucun règlement de chef, ne peut primer sur la Loi. L’article 5 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, texte de référence internationale intégré à notre bloc de constitutionnalité, dispose que nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. De surcroît, le Code Pénal camerounais, en son article 132 bis issu de la Loi de 2016, criminalise spécifiquement la torture. Lorsqu’un employeur décide de corriger un employé à coups de lanière pour le vol supposé d’un paquet de pâtes, il ne commet pas une simple faute professionnelle. Il opère une sécession juridique. Il prétend que dans l’enceinte de son commerce, le Code Noir a remplacé le Code du Travail. C’est une attaque directe contre la souveraineté de la Nation. La torture est ici définie par l’intention d’infliger une douleur aiguë pour punir ou intimider, ce qui place cet acte au rang de crime selon les standards du Comité contre la torture de l’ONU.

Entre complicité et impunité : le rôle des institutions

L’implication d’un militaire camerounais dans cette basse besogne ajoute à l’ignominie. Voir une force de l’ordre, censée protéger les citoyens, devenir le bras séculier de la barbarie d’un investisseur étranger est insupportable. C’est pourquoi la responsabilité du supérieur doit être engagée. Le principe de commandement veut que les supérieurs soient tenus pénalement responsables de la conduite de leurs subordonnés lorsqu’ils sont au courant des actes commis. Au Sino Mart, la torture était spectacle car elle était filmée par des ressortissants chinois et encouragée par la direction. La descente du ministre Grégoire Owona le 5 mai a révélé une vérité amère puisque la structure ne dispose d’aucun délégué du personnel élu selon la réglementation. L’absence de garde-fous légaux laisse place à une justice de hangar. L’impunité semble être le ciment de ces relations de travail toxiques. Des témoignages concordants indiquent que ces pratiques sont monnaie courante dans les mines et les commerces tenus par certains expatriés qui se croient en terrain conquis, au-dessus des lois de la République. Le droit au travail, tel qu’inscrit dans la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, inclut le droit à des conditions de travail décentes et au respect de l’intégrité morale.

L’urgence d’un sursaut : au-delà de l’indignation

L’indignation qui secoue le Cameroun aujourd’hui, avec ses milliers de partages et ses commentaires de colère, n’est pas une simple émotion passagère. C’est un cri de ralliement pour la dignité humaine. La torture n’est pas une faute professionnelle, c’est un crime contre l’humanité de celui qui la subit. Derrière les murs de ces entreprises, le droit semble s’effacer devant la loi du plus fort. Les droits de l’homme ne sont pas des concepts abstraits destinés aux manuels scolaires, ils sont le rempart ultime contre la barbarie. Quand un employé est fouetté comme une bête de somme, c’est toute la République qui est giflée. C’est notre souveraineté, notre fierté et notre contrat social qui volent en éclats. La réaction rapide des autorités, avec l’interpellation de Yan Min et de l’interprète Lizina Tairama, laisse espérer que la Loi reprendra ses droits face à la tyrannie privée.

En conclusion, cette scène macabre ne doit pas rester une simple image virale destinée à être oubliée au prochain buzz médiatique. Elle doit marquer une rupture radicale dans la gestion des investissements directs étrangers. Nous ne pouvons plus tolérer que la quête de capitaux se fasse au prix du sang et de l’honneur de nos frères. La justice doit passer, non pas comme un murmure, mais comme un tonnerre. D’une part, il s’agit de punir les bourreaux avec la plus grande fermeté prévue par l’article 277 du Code Pénal. D’autre part, il faut rappeler à chaque opérateur économique que le travailleur camerounais est un citoyen protégé par des lois sacrées.

Le temps des larmes doit laisser place au temps de la loi. Pour que le supplicié d’Elig-Edzoa sache que, dans sa douleur, il n’était pas seul car c’est tout un peuple qui s’est senti frappé avec lui. Si la lanière déchire la peau, c’est le Droit qui doit maintenant recoudre la dignité de la Nation. La hiérarchie des normes doit être restaurée pour que plus jamais, un hangar de Yaoundé ne devienne une enclave de non-droit où l’on ressuscite les méthodes d’un autre âge. Le Cameroun est une terre de liberté, et quiconque s’y installe doit se soumettre à la majesté de ses lois ou subir la rigueur de sa justice. C’est à ce prix seulement que nous protégerons l’héritage de nos ancêtres et l’avenir de notre jeunesse.

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Elvis Serge NSAA DJOUFFO TALLA est un journaliste camerounais spécialisé en santé et enquêtes de terrain, actuellement rédacteur en chef adjoint au groupe Echos-Santé. Lauréat de plusieurs prix nationaux pour ses reportages sur la tuberculose et le VIH, il allie rigueur factuelle et engagement pour les droits humains, notamment à travers des enquêtes sur l’accaparement des terres, la mortalité minière ou l’accès aux soins. Sa démarche s’appuie sur une expertise vérifiée, renforcée par une formation en vérification des faits et un engagement continu pour un journalisme porteur de changement social.

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