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Assemblée nationale : Trois questions qui mettent la santé publique sous pression

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Corruption dans les centres de dialyse, nourrissons surexposés au sucre ajouté, maladies chroniques qui tuent 43 % des Camerounais ans réponse législative. Le 19 juin 2026, trois parlementaires ont interpellé le Ministre de la Santé publique sur ces sujets.

Des patients dialysés rançonnés en silence. Des nourrissons exposés à des doses de sucre interdites en Europe. Des maladies chroniques qui tuent près d’un Camerounais sur deux, sans loi pour les endiguer. Le 19 juin 2026, trois élus de l’Assemblée Nationale ont acculé le Ministre de la Santé Publique sur des sujets que les chiffres officiels peinent à masquer.

Hémodialyse : des paiements illicites sous couvert de soins

La question de l’Hon. NGALLE Daniel ETONGO porte sur une contradiction que le Gouvernement ne peut pas ignorer. Depuis la mise en place des subventions publiques, chaque région du Cameroun dispose d’un centre d’hémodialyse. Mieux : le coût de la prise en charge, qui s’élevait autrefois entre 10 000 et 15 000 francs CFA par séance hebdomadaire, a été ramené à 16 000 francs CFA par an. Une réforme significative, saluée par le député lui-même en préambule de son interpellation.
Mais la réalité des couloirs raconte une autre histoire. Dans plusieurs centres, les patients se voient exiger un dépôt préalable compris entre 100 000 et 250 000 francs CFA. Aucun reçu n’est délivré. Aucune trace comptable. Lorsque les malades osent questionner cette pratique, le personnel leur désigne d’autres patients qui ont payé les mêmes sommes dans les mêmes conditions, comme pour normaliser ce qui relève manifestement d’une perception illicite. Et comme la dialyse est un traitement vital, non une option, la grande majorité des patients s’exécute, de peur d’être mal pris en charge s’ils contestent.
« À un moment où le Gouvernement mène une lutte implacable contre la corruption, peut-on expliquer aux représentants du peuple ce qui justifie cette pratique au sein du département ministériel que vous dirigez ? » a interrogé l’Hon. NGALLE Daniel ETONGO, devant un hémicycle attentif.
En réponse, le Ministre a affirmé qu’aucune perception financière hors cadre réglementaire n’est tolérée dans les formations sanitaires publiques, et que la fermeté du Gouvernement face aux pratiques contraires à l’éthique ne souffre d’aucune exception. Il a par ailleurs avancé que certains des montants évoqués pourraient correspondre à des actes médicaux spécifiques, notamment la pose de la fistule artério-veineuse, un prérequis chirurgical au traitement par dialyse. Une nuance technique que les patients concernés, eux, n’ont jamais entendu expliquer.

La malbouffe, nouveau fléau silencieux

L’Honorable NJUME Peter AMBANG a abordé un sujet que les indicateurs sanitaires rendent impossible à éluder. Les maladies chroniques non transmissibles (hypertension, diabète, cancers, maladies mentales), représentent aujourd’hui 43 % des décès annuels au Cameroun. En 2010, elles en causaient 31 %. La progression est inquiétante, et la tendance ne s’inverse pas.
Depuis 2016, la malbouffe a officiellement supplanté le tabac comme premier facteur de risque de ces pathologies. Les aliments industriels emballés, riches en sel, sucre, acides gras et calories, se sont imposés dans les habitudes alimentaires des ménages camerounais, qu’ils soient produits localement ou importés. Ils alimentent une épidémie silencieuse, diffuse, peu visible dans les urgences mais mortelle sur le long terme.
Ce qui aggrave la situation, c’est l’absence de réponse législative adaptée. Depuis 2013, l’OMS recommande pourtant des outils précis : l’apposition d’étiquettes d’avertissement sur la face avant des emballages des produits alimentaires nocifs, la taxation des boissons sucrées et des aliments riches en graisses, en sel et en sucres, ainsi que la taxation sanitaire de l’alcool et du tabac. Le Cameroun n’a adopté aucune de ces mesures. L’Assemblée Nationale attend des textes, des règlements et une loi sur la sécurité alimentaire capable de protéger les consommateurs.
Le Ministre de la santé publique a mis en avant les réformes engagées par son département : renforcement du dépistage des MNT, amélioration de la surveillance épidémiologique via le système DHIS2, déploiement de la stratégie PEN-Plus dans les formations sanitaires et élaboration d’un plan stratégique multisectoriel. Des chantiers utiles, mais qui ne répondent pas directement à la question centrale : quand le cadre réglementaire sera-t-il mis à niveau ?

CERELAC : ce que Nestlé vend aux enfants africains

C’est sans doute la question qui a suscité le plus vif débat. L’Hon. NGO ISSI Rolande Adèle épouse MBOCK, a interpellé le Ministre sur les pratiques commerciales de Nestlé au Cameroun, à travers sa gamme de céréales infantiles CERELAC. Des analyses comparatives réalisées avant le dépôt de la question révèlent que les produits CERELAC commercialisés au Cameroun contiennent des proportions de sucre ajouté nettement supérieures aux versions vendues sur les marchés européens où ce sucre ajouté est généralement absent.
Le double standard est flagrant : ce qui est jugé inacceptable pour les nourrissons européens est banalisé pour les enfants camerounais. Or, les conséquences sanitaires sont bien documentées. L’exposition précoce au sucre ajouté augmente significativement le risque d’obésité infantile, de diabète de type 2 et de carie dentaire précoce. Elle prépare le terrain, dès les premiers mois de vie, aux maladies chroniques de l’âge adulte. Les directives de l’OMS sont sans ambiguïté sur ce point : zéro sucre ajouté dans les aliments destinés aux enfants de moins de deux ans.
Les chiffres camerounais confirment l’urgence. Le diabète préadolescent représente entre 12 et 17 % des cas pris en charge dans le système de santé national. Aujourd’hui, dans quasiment chaque foyer camerounais, au moins un membre de la famille est atteint de diabète, a rappelé l’élue. « Il ne s’agit pas du sucre naturellement contenu dans les aliments. Il s’agit bien du sucre rajouté, et il représente un danger réel pour ces enfants », a-t-elle insisté, après une réponse ministérielle qu’elle a publiquement jugée insatisfaisante.
Le Ministre Manaouda Malachie a évoqué le renforcement du contrôle des produits mis en consommation, l’évolution du cadre réglementaire et les mesures visant à promouvoir des environnements alimentaires plus sains. Insuffisant aux yeux de la parlementaire, qui a annoncé la suite de son action : se rapprocher de l’Agence des Normes du Cameroun (ANOR) et du ministère de tutelle pour élaborer une norme nationale spécifique, juridiquement contraignante, qui obligera tous les fabricants à reformuler leurs produits à destination des nourrissons camerounais.

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MIREILLE SIAPJE

Rédacteur en Chef

Journaliste multimédia, rédactrice en chef du groupe de presse Échos Santé. Spécialisée en santé publique, droits humains et environnement. S’exprime en français et en anglais. Lauréate du Prix Médiation Press Trophies 2014 et du Prix Michel Sidibé 2024.

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