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Financement du CNTS: le gouffre entre les besoins et les moyens persiste

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Produire une poche de sang coûte 60 000 francs CFA. Le Cameroun en a besoin de 400 000 par an. La facture s’élève donc à 24 milliards de francs. Or, la subvention allouée au Centre National de Transfusion Sanguine (CNTS) plafonne à 1,5 milliard. C’est ce déséquilibre que le Pr Tetanye Ekoe, président du comité de gestion, a posé en termes nets lors de la dixième session ordinaire de l’institution, le 19 juin 2026 à Yaoundé.

À l’ouverture des travaux, le Pr Tetanye Ekoe, président du Comité de gestion du Centre national de transfusion sanguine (CNTS) a identifié trois défis majeurs auxquels le CNTS doit faire face : la gouvernance, la mobilisation des financements et la sensibilisation en faveur du don de sang bénévole. Si les trois axes sont indissociables, c’est le financement qui conditionne la réponse aux deux autres.

Gouvernance : tenir le cap malgré les contraintes

Sur le plan de la gouvernance, le président du comité de gestion a tenu à souligner les avancées enregistrées. En 2025, le CNTS a collecté environ 187 224 poches de sang, portant le taux de couverture des besoins nationaux à 47 %, contre 41 % en 2024. La supervision des banques de sang hospitalières s’est accélérée, et les modalités d’accréditation des banques pilotes sont en cours de finalisation, conformément aux instructions du ministre de la Santé Publique.
Mais ces résultats ont été obtenus dans un contexte budgétaire particulièrement tendu. Pour 2026, l’enveloppe globale du CNTS a été arrêtée à 1 478 373 571 FCFA. Un montant qui affiche une progression de 22,22 % des crédits de fonctionnement de l’État, mais contrebalancée par une baisse de 12 % de la subvention du ministère de la Santé Publique et une contraction des fonds du projet PADOC, ramenés à 255 millions de FCFA. Le Pr Tetanye Ekoe a insisté : les indicateurs d’exécution budgétaire à mi-parcours doivent refléter la capacité de l’institution à maintenir le cap « malgré un contexte financier initialement qualifié de rigoureux ».

Sensibilisation : des efforts réels, des résultats encore insuffisants

Le deuxième défi, la sensibilisation, est directement tributaire du premier. Convaincre les populations rurales et urbaines à donner leur sang bénévole coûte de l’argent. Organiser des campagnes de mobilisation, former le personnel, sécuriser les collectes : chaque étape a un coût que les ressources actuelles ne permettent pas de couvrir de façon satisfaisante.

Le résultat est visible dans les chiffres. Le taux de donneurs volontaires non rémunérés stagne à 26,7 %, un niveau que le président du comité de gestion juge préoccupant. Le CNTS reste largement tributaire des dons familiaux dits « de remplacement », qui ne garantissent ni la régularité ni la sécurité des stocks. Ce mode d’approvisionnement précaire se traduit directement par des ruptures chroniques dans les banques de sang hospitalières, avec des conséquences dramatiques sur la mortalité maternelle et les patients hémodialysés.

Financement : l’impasse structurelle

C’est sur ce troisième axe que le Pr Détanié Echoé a été le plus explicite. Les chercheurs de la Faculté de Médecine et des Sciences Biomédicales (FMSB) ont établi que le coût réel de production d’une poche de sang est de 60 500 FCFA. Appliqué aux besoins nationaux 400 000 poches par an, le montant requis atteint 24 milliards de francs CFA. La subvention allouée au CNTS représente à peine 6 % de ce besoin. « Il nous faudra de nombreuses années pour atteindre l’objectif que le chef de l’État nous a assigné », a-t-il averti.
Face à ce fossé persistant, le président du comité de gestion a appelé à une refonte profonde du modèle de financement de la transfusion sanguine. Le CNTS, a-t-il insisté, ne peut plus se contenter de subventions classiques. Il doit s’affirmer comme un « partenaire crédible et attractif » pour des financements additionnels : partenaires institutionnels, projets internationaux, secteur privé camerounais. Le Cadre de Dépenses à Moyen Terme (CDMT) doit désormais servir d’outil de plaidoyer à part entière. L’objectif : obtenir un accroissement substantiel du budget 2027.
Ce plaidoyer, le Pr Tetanye Ekoé entend le porter auprès des tutelles technique et financière, mais aussi auprès de la « très haute hiérarchie », afin que la question du mode de financement de la transfusion sanguine soit « adressée à la plus haute autorité de l’État ». Une ambition que résume une conviction : tant que le financement ne sera pas à la hauteur des besoins, ni la gouvernance ni la sensibilisation ne pourront pleinement produire leurs effets.

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MIREILLE SIAPJE

Rédacteur en Chef

Journaliste multimédia, rédactrice en chef du groupe de presse Échos Santé. Spécialisée en santé publique, droits humains et environnement. S’exprime en français et en anglais. Lauréate du Prix Médiation Press Trophies 2014 et du Prix Michel Sidibé 2024.

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