31% des décès attribués aux maladies non transmissibles (MNT) selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), un risque de mortalité de 20% pour les 30-70 ans et des taux de létalité liés à l’alcoolisme atteignant 18% dans l’Ouest, les experts appellent à une mobilisation générale pour l’éducation sanitaire.
Ils progressent dans l’ombre, sans bruit, sans symptômes alarmants, jusqu’au jour où ils frappent brutalement. Hypertension, diabète, cancers, maladies cardiovasculaires : au Cameroun, ces pathologies non transmissibles gagnent du terrain à un rythme préoccupant, particulièrement en zone urbaine. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), les maladies non transmissibles (MNT) représentent désormais 31 % des décès au Cameroun. Plus alarmant encore, le risque pour un Camerounais âgé de 30 à 70 ans de mourir d’une MNT est de 20 %, selon les projections de l’OMS. Les dernières données épidémiologiques dressent un tableau qui interpelle. Le Bulletin épidémiologique annuel du Cameroun 2022 révèle que près de 70 000 cas d’hypertension artérielle (HTA) sont recensés au niveau national. Mais ce sont les disparités régionales liées à l’alcoolisme qui attirent l’attention : le Nord affiche un taux de létalité de 16 %, tandis que l’Ouest culmine à 18 %. Derrière ces chiffres, des vies brisées, des familles endeuillées.
À l’échelle du continent, l’OMS projetait 28 millions de décès liés aux maladies chroniques en Afrique dès 2015, un cap désormais franchi. En 2021, selon l’organisation, 18 millions de personnes sont mortes d’une MNT avant l’âge de 70 ans dans le monde, dont 82 % dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Les maladies cardiovasculaires sont à l’origine de la plupart de ces décès (19 millions), suivies des cancers (10 millions) .
Une transition nutritionnelle aux conséquences lourdes
« Il y a eu une évolution. L’homme a changé son mode de vie », analyse l’expert en médecine préventive. Son constat est sans appel : « Avant, l’homme se nourrissait des produits du terroir. Avec la mondialisation, les produits importés, moins chers, ont envahi nos marchés. Mais ils sont plus salés, plus sucrés, plus gras. Cela entraîne ce qu’on appelle les maladies de civilisation. » Le Dr NGO TJEN Irene, cardiologue, abonde : « Nous sommes devenus sédentaires, surtout en ville. On marche moins, on consomme trop d’aliments importés, trop sucrés, trop salés, trop gras. » L’urbanisation galopante, la sédentarité, le stress, le manque de sommeil et la consommation d’alcool forment un cocktail explosif. Une enquête qualitative auprès d’adolescents camerounais révèle d’ailleurs une forte préférence pour les aliments sucrés et transformés, témoignant d’une transition nutritionnelle en cours.
Un dépistage insuffisant, des inégalités criantes
L’Enquête démographique et de santé du Cameroun 2018, menée par l’Institut national de la statistique et ICF, met en lumière un déficit majeur. Seuls 68 % des femmes et 41 % des hommes ont déjà fait mesurer leur tension artérielle. Parmi les hypertendus diagnostiqués, seulement 15 % des hommes et 22 % des femmes reçoivent un traitement. Ces chiffres indiquent un niveau insuffisant de détection et de prise en charge de l’hypertension.
Pour le diabète, le constat est plus alarmant encore : à peine 35 % des femmes et 17 % des hommes ont bénéficié d’une mesure de leur glycémie par un professionnel de santé. Parmi les personnes dépistées, seulement 1 % ont reçu un diagnostic d’hyperglycémie ou de diabète.
Le dépistage du cancer du col de l’utérus illustre dramatiquement ces lacunes. Seules 46 % des femmes avaient entendu parler de cette pathologie, 28 % connaissaient l’existence de tests de dépistage, et à peine 4 % y ont eu recours. « Vivre dans des communautés rurales, avoir un niveau d’éducation bas et un statut économique plus faible étaient liés à un niveau plus faible de recours au dépistage », souligne le rapport.
L’éducation pour la santé, seul rempart
Face à cette situation, les experts plaident pour une approche préventive renforcée. Le programme « Mieux vivre et plus longtemps » repose sur l’éducation pour la santé. « Apprendre les bonnes habitudes à ceux qui sont malades pour améliorer leur état, et à ceux qui ne le sont pas pour prévenir », résume la nutritionniste, qui insiste sur des gestes simples : « Nous mangeons trop salé, trop sucré, trop gras. Il faut revenir à une alimentation saine, et boire de l’eau pure, pas de sodas. » Au niveau politique, le Cameroun a pris certaines mesures, notamment contre le tabagisme. Mais des efforts restent à fournir : encadrement de la publicité pour l’alcool, contrôle des teneurs en sel et graisses dans les aliments transformés, promotion de l’activité physique. Comme le rappelle l’OMS, le tabagisme, l’inactivité physique, l’usage nocif de l’alcool et la mauvaise alimentation augmentent considérablement le risque de décéder d’une MNT. « Ce n’est pas une fatalité », martèle l’expert. À condition d’agir maintenant, avant que ces tueurs silencieux n’emportent trop de vies camerounaises. Le chemin est long, mais le pays peut encore inverser la tendance par une sensibilisation accrue et des politiques de santé publique plus volontaristes.
ESN












































































































































































































































































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