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INSIDE HOSPITAL

Hôpital régional de Bafoussam : 150 patients pour 10 machines

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Prévu pour prendre en charge 50 patients dans la file active avec dix appareils, le centre d’hémodialyse de Bafoussam fait face à un afflux trois fois supérieur à sa capacité théorique.

Ils sont venus avec leurs corps meurtris par des années de maladie, mais aussi avec une détermination sans faille. Ce lundi 16 mars 2026, dès 7h30, les patients hémodialysés de l’hôpital régional de Bafoussam ont paralysé l’entrée de leur centre de soins. Pancartes à la main, ils n’avaient qu’un mot d’ordre : personne n’entre, personne ne sort. Leur colère ? Une rupture des intrants de dialyse qui dure depuis plusieurs jours, mettant en péril leurs vies déjà fragiles. « Depuis pratiquement jeudi, les dialyses ont été interrompues. Il y a beaucoup parmi nous qui n’ont pas dialysé et c’est ça qui a fait problème », confie Raoul NJOFANG, porte-parole des grévistes, la voix empreinte d’émotion au micro de la télévision Equinoxe. Pour ces hommes et ces femmes dont la survie dépend de trois séances hebdomadaires de dialyse, chaque jour sans traitement est une avancée vers l’irréversible.

Un centre saturé, des besoins grandissants

Derrière cette explosion de colère se cache une réalité structurelle que le directeur de l’hôpital, le Dr Ndjip Jean Marie, connaît par cœur. « À ma mémoire, le centre d’hémodialyse de Bafoussam a été conçu pour 50 patients dans la file active, avec 10 machines. Mais à ce jour, la file active est de 150 personnes, toujours pour les 10 machines. Les approvisionnements de la part du ministère vont également avec la statistique d’équilibre des 50 personnes. Ce qui fait donc qu’il y a rapidement épuisement. » Le Dr Ndjip avance plusieurs raisons. « Premièrement, parce que Bafoussam est le carrefour de beaucoup de régions. Deuxièmement, nous savons que la plupart des personnes hémodialysées étaient au niveau de Douala et Yaoundé. Et quand on a créé le centre de Bafoussam, ils se sont récupérés pour la plupart, pour ceux qui sont originaires de l’Ouest. Troisièmement, les néphrologues n’étaient pas nombreux dans le pays. Aujourd’hui, il y a des néphrologues dans tous les hôpitaux, ce qui fait que les statistiques sont de plus en plus performantes. »

Une gestion de crise sous haute tension

Face à la détermination des manifestants, les autorités ont réagi promptement. « Nous remercions l’action du gouverneur, parce qu’une fois qu’il a été au courant que les patients étaient assis à l’entrée pour bloquer le portail, il a dépêché le préfet et le sous-préfet, qui sont venus dialoguer avec nous », explique le directeur. Le dialogue a porté ses fruits. « Nous, on avait les arguments techniques et on avait les arguments administratifs. Et les malades étaient très satisfaits. C’est eux-mêmes qui ont repris leurs sacs pour rentrer à l’hôpital, attendre l’arrivée du camion qui approvisionnait l’hôpital. » Le mouvement n’aura finalement duré qu’une heure, de 7h30 à 8h30. « Je peux donc vous dire que toutes les rumeurs que vous entendez, ce sont les rumeurs de quelque chose qui s’est passé sans violence, qui n’a duré qu’une heure. Nous avons compris leur message, ils ont compris notre message. L’hôpital n’a pas perdu un seul patient du fait de la grève », insiste le Dr Ndjip.

Les causes profondes d’une rupture annoncée

Le directeur de l’hôpital apporte des explications nuancées, sans chercher à excuser l’inexcusable. « Chaque fois qu’il y a une rupture, il y a une intervention du ministère de la Santé qui mobilise les fournisseurs pour que ces phénomènes ne se reproduisent pas. » Cette fois-ci, plusieurs facteurs se sont conjugués. « Il y a eu un petit retard lié au fait que, déjà vous connaissez le contexte international, les bateaux qui transportent ces consommables n’ont plus les lignes de voyage normales à cause des guerres. Il y a donc eu quelques retards pour l’arrivée des conteneurs au niveau du port. Mais cette fois, les conteneurs au niveau du port n’ont pas eu la facilité d’être récupérés avec ce qui est nécessaire. » En attendant, des mesures palliatives ont été mises en place. « Généralement, quand ça se reproduit, dès qu’on a le temps, on essaie d’emprunter dans les centres hémodialysés qui n’ont pas la même filature que nous. Nous avons déjà emprunté les consommables au niveau des hôpitaux chaque fois que nous avons une rupture. Mais quand il arrive que la rupture ne soit pas suffisamment comblée, on tombe dans cette situation où il faut que les fournisseurs nous donnent directement. »

Des revendications légitimes, des réponses à long terme

Sur leurs pancartes, les patients ne réclamaient pas seulement des intrants. « Ils demandent qu’on augmente les générateurs d’hémodialyse. Ils ont demandé une meilleure prise en charge du personnel qui travaille avec eux. Ils ont également demandé une extension de ces services », énumère le Dr Ndjip. Bonne nouvelle : ces doléances étaient déjà à l’étude. « Il y a même déjà deux mois, le ministère de la Santé publique avait dépêché l’équipe technique de la division des études et projets pour évaluer et pour envisager une extension de ces services. À cette occasion, nous avons fait le tour de l’hôpital et nous avons identifié les sites qui pouvaient servir d’extension. » L’infrastructure actuelle, construite sur financement du budget d’investissement public, comprend « trois salles de dialyse de 10 machines et 10 lits au total, une unité de traitement et de purification d’eau ultramoderne connectée à deux arrivées d’eau, une salle de pose de cathéter ».

Vers des solutions durables

Au-delà de l’urgence, le Dr Ndjip veut rassurer : « L’État est conscient du fait qu’après l’hémodialyse, il y ait des mesures définitives pour soigner l’insuffisance rénale chronique. Il s’agit de la greffe rénale. Je crois que vous êtes au courant que l’hôpital général de Yaoundé a déjà fait environ huit greffes avec beaucoup de succès. » Pour l’heure, la situation est revenue à la normale. « Tous les malades ont déjà été pris en charge et le service continue. » Mais les patients restent vigilants. Leur porte-parole prévient : « Dans les délais indiqués, si ça ne vient pas demain, on recommence le même traitement. » Une menace que personne ne veut voir se concrétiser, tant il est vrai que derrière chaque chiffre se cache une vie qui mérite d’être vécue.

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Elvis Serge NSAA DJOUFFO TALLA est un journaliste camerounais spécialisé en santé et enquêtes de terrain, actuellement rédacteur en chef adjoint au groupe Echos-Santé. Lauréat de plusieurs prix nationaux pour ses reportages sur la tuberculose et le VIH, il allie rigueur factuelle et engagement pour les droits humains, notamment à travers des enquêtes sur l’accaparement des terres, la mortalité minière ou l’accès aux soins. Sa démarche s’appuie sur une expertise vérifiée, renforcée par une formation en vérification des faits et un engagement continu pour un journalisme porteur de changement social.

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