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Belles-lettres : Pourquoi le travail est vital pour les femmes

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L’ouvrage de Ndjolle Essame Morelle, “Femme, je vais te dire pourquoi tu devrais travailler”, dévoile une vérité essentielle : l’activité économique est un pilier de la santé et du bien-être féminin.

Dans un monde où les droits des femmes demeurent fragiles et où les dépendances économiques perpétuent les inégalités, le travail ne se limite pas à une simple activité génératrice de revenus. Il devient un acte de résistance, un levier d’émancipation et un rempart contre les aléas de la vie. C’est précisément ce message que porte avec force et conviction Ndjolle Essame Morelle dans son ouvrage : « Femme, je vais te dire pourquoi tu devrais travailler ». À travers un plaidoyer intimiste, nourri de témoignages poignants et d’analyses percutantes, l’auteure camerounaise démontre que le travail est bien plus qu’une nécessité économique : il est une condition sine qua non de la dignité, de l’autonomie et de l’épanouissement des femmes.

Structuré en six parties, le livre explore de manière progressive et argumentée les enjeux liés au travail des femmes. L’auteure commence par rappeler la dépendance initiale des jeunes filles vis-à-vis de leurs parents, puis retrace l’origine historique et sociale du travail féminin. Elle en expose les avantages concrets avant de décrire, avec une rigueur implacable, les conséquences dramatiques de l’inactivité. Les deux dernières parties, particulièrement marquantes, donnent la parole à des femmes dont les parcours illustrent soit la réussite par le travail, soit la déchéance liée à l’absence d’activité.

Ndjolle Essame Morelle s’appuie sur des données scientifiques, des observations sociologiques et des récits de vie pour étayer sa thèse. Par exemple, elle cite une étude de « Solidarité Santé » (2020) sur l’espérance de vie différenciée selon le sexe, soulignant que les femmes survivent souvent à leurs conjoints. Ce fait, a priori anodin, devient un argument puissant : la perte du pourvoyeur unique plonge de nombreuses veuves dans la précarité, voire dans la prostitution ou la mendicité. L’auteure lie ainsi les questions de genre, de santé publique et d’économie domestique.

Les témoignages sélectionnés sont variés et parlants. D’un côté, des femmes comme le Dr Mogue Tidianie (médecin légiste) ou Denise Oyonta (moto-taxi-woman) incarnent la réussite par le travail, mettant en avant la fierté, l’autonomie et la contribution sociale. Le Dr Mogue déclare : « L’argent que l’on gagne soi-même procure une satisfaction personnelle indescriptible […] Travailler nous libère. » De l’autre, des histoires tragiques – telle celle de Weiy, mariée de force à 15 ans et morte sous les coups de son époux – montrent comment l’absence d’activité économique rend les femmes vulnérables aux violences et aux abus.

Le ton est à la fois ferme et sororal, comme en témoigne la phrase liminaire : « Le travail est le seul partenaire qui ne trahit pas. » Cette métaphore filée du travail comme « partenaire » fidèle oppose la sécurité qu’il procure à l’instabilité des relations humaines, notamment conjugales. L’auteure utilise des expressions percutantes pour décrire les réalités sociales :« violence financière », « esclave de son conjoint », « mendiante pour le dominateur ». Ces formulations frappent par leur justesse et leur capacité à nommer des réalités souvent tues.

Dans la préface, la professeure Etoa Martine souligne que l’ouvrage offre « les balises que tant de femmes recherchent encore ». Effectivement, le livre se veut un guide pratique et motivationnel, mais aussi un outil de conscientisation collective. Il ne se contente pas de dénoncer ; il propose des solutions, comme la création d’associations (à l’image de Femme Autonome Épanouie), la formation professionnelle ou l’accès prioritaire des veuves au logement et à l’emploi.

La construction de l’ouvrage repose sur une articulation logique rigoureuse. Les connecteurs temporels (« depuis ma tendre jeunesse », « aujourd’hui », « deux ans après ») et argumentatifs (« ainsi », « cependant », « en somme ») permettent de passer de l’expérience personnelle à l’analyse générale, puis aux recommandations. Chaque partie s’enchaîne naturellement : la dépendance infantile appelle la nécessité de l’autonomie adulte ; les avantages du travail contrastent avec les risques de l’inactivité ; les témoignages positifs répondent aux récits négatifs, créant un dialogue interne qui renforce la persuasion.

Femme, je vais te dire pourquoi tu devrais travailler est bien plus qu’un essai militant ; c’est un manifeste pour l’indépendance économique des femmes, solidement documenté et porté par une voix à la fois chaleureuse et déterminée. En mêlant données chiffrées, histoires vécues et analyses sociétales, Ndjolle Essame Morelle réussit à montrer que le travail, loin d’être une simple option, est un droit fondamental et un devoir envers soi-même. Son livre s’adresse aux femmes africaines, mais son message est universel : l’autonomie économique est le premier pas vers la liberté, la dignité et l’épanouissement. Une lecture essentielle, qui suscite autant la réflexion que l’action.Elvis Serge NSAA

INTERVIEW

 « Le travail est le seul partenaire qui ne trahit pas »

Ndjolle Essame Morelle, présidente de l’association « Femme Autonome Épanouie ».

De son mariage vécu dans la dépendance financière est née une conviction, et d’un rêve, un livre : « Femme, je vais te dire pourquoi tu devrais travailler ». Dans cet entretien, Ndjolle Essame Morelle, présidente de l’association « Femme Autonome Épanouie », dévoile les coulisses d’un plaidoyer intime et sans compromis pour l’autonomie économique des femmes, nourri par son vécu et les témoignages croisés de neuf Camerounaises aux profils variés.

Qui est Ndjolle Essame Morelle ?

Ndjolle Essame Morelle est une jeune femme engagée dans la défense des droits des femmes. Une féministe positive, je précise. Je pense que je vais m’arrêter là.

D’accord. Vous expliquez que votre projet est né d’une « intuition onirique ». Pouvez-vous décrire comment cette inspiration s’est transformée en projet culturel et littéraire ?

Absolument. Le rêve, au sens de vision ou d’aspiration, est né il y a deux ans. Mais l’envie d’écrire, elle, est présente depuis environ six ans. L’élément déclencheur, c’est mon divorce survenu il y a deux ans et demi. J’ai vécu un mariage compliqué. Je ne travaillais pas, je n’avais pas de revenu propre. J’étais une femme dépendante financièrement de son conjoint, ce qui a entraîné beaucoup d’humiliations, de mépris et de dévalorisation.

Vous avez publié un ouvrage intitulé : « Femme, je vais te dire pourquoi tu devrais travailler ». Pourquoi ce titre ?

Parce que je m’adresse à mon semblable, à mon alter ego : la femme. Nous, les femmes, nous avons une façon de nous parler et de nous comprendre. Nous savons ce que nous vivons et subissons dans les foyers, qu’ils soient sains ou toxiques. C’est pourquoi je m’adresse personnellement et directement à elles.

Vous parlez de deux longues années d’observation et d’interrogation. Quelle a été votre démarche méthodologique pour analyser et présenter cette réalité féminine ?

Dans mon ouvrage, j’ai recueilli les témoignages de neuf femmes aux profils variés : deux ou trois médecins, quatre avocates, une commerçante du marché (« bayam-sellam »), une moto-taximan… Ce mélange vise à montrer que toutes les femmes, quelle que soit leur profession ou leur statut social – qu’on soit professeure ou vendeuse de tomates au marché –, nous avons fondamentalement les mêmes préoccupations et aspirations. Ce qui nous lie, c’est le respect et la valeur intrinsèque de la femme. Je voulais montrer à la lectrice que chaque parcours est valable et que tous les métiers, exercés avec dignité, permettent l’autonomie et l’épanouissement. Il n’y a pas de hiérarchie dans le travail honnête.

Comment avez-vous structuré la rédaction de ce livre ?

L’écriture proprement dite a pris six mois, mais les idées étaient mûries depuis deux ans. Je l’ai finalisé durant mon post-partum, avec un bébé de sept mois.

Avez-vous opté pour un mélange de récits personnels, de témoignages et d’analyses ?

Oui. Je crois que ce sont les histoires vécues, les témoignages concrets, qui permettent le mieux de faire comprendre une réalité. On touche l’autre par le récit de l’expérience.

Pourquoi avoir choisi un ton à la fois direct, engagé et intimiste ? Et comment avez-vous sélectionné les femmes dont vous partagez l’histoire ?

Comme je l’ai dit, personne n’est mieux placé qu’une femme pour parler aux femmes. J’ai choisi des femmes que j’admire, que j’ai côtoyées ces dernières années et qui ont influencé positivement ma vision. L’objectif n’était pas de présenter une diversité sociologique pour elle-même, mais de démontrer qu’il n’y a pas de « sot métier ». La femme doit pouvoir faire tout ce que sa main ou son intellect trouve de bien à faire pour son autonomie.

Parlons de la couverture du livre. On y voit une femme souriante, vêtue d’une chemise blanche et d’un pantalon noir, entourée de multiples mains tenant des objets symbolisant différents métiers (masque médical, casque, livre de droit, balance de la justice, etc.). Que représente cette image ?

Cette image me parle énormément, elle correspond à mon rêve. Elle illustre l’idée qu’il n’y a pas de hiérarchie parmi les métiers. On y voit représentées la médecin, l’avocate, la juge, la policière, la coiffeuse, la ménagère, la commerçante, l’ingénieure… Toutes ces mains forment une seule et même femme. Cela symbolise notre unité : nous avons les mêmes combats. La couleur noire représente la femme noire que nous sommes, le blanc symbolise l’espoir porté par notre travail. Les bretelles sont un accessoire. Le sourire, quant à lui, exprime la joie et la fierté que procure le travail. C’est le seul partenaire qui ne trahit pas. À la fin du mois, une femme qui reçoit son salaire est heureuse.

Pouvez-vous décrire la structure interne de l’ouvrage ?

Le livre fait 146 pages et est divisé en 8 chapitres, un clin d’œil au 8 mars. Le premier chapitre traite de l’enfance et de la dépendance de la jeune fille envers ses parents. Le second aborde l’origine du travail et sa place essentielle dans la vie d’une femme. Le travail n’est pas une corvée, mais ce qui nous fait vivre et nous entretient. Pour moi, c’est le seul partenaire fidèle. Le troisième chapitre liste les avantages du travail pour la femme : l’autonomie, la capacité de subvenir à ses besoins. Le quatrième parle des conséquences néfastes de la stigmatisation des femmes inactives, souvent contraintes par leur conjoint. C’est une situation précaire et injuste. Le cinquième chapitre présente les témoignages des neuf femmes, racontant leur parcours. Enfin, la conclusion évoque le destin difficile des femmes brisées par le manque d’activité et la stigmatisation sociale.

Comment équilibrer la promotion du travail salarié sans tomber dans un discours qui stigmatiserait les femmes au foyer ou qui ferait du travail le seul chemin vers l’épanouissement ?

Je parle avant tout de l’autonomie. Quand on a une activité stable et décente, on gagne en sécurité et en sérénité. C’est difficile, mais possible. Je préside une association, « Femmes Autonomes Epanouie », où des femmes montent de petites activités et s’en sortent très bien. L’engagement est la clé. Mon message est que les femmes doivent être motivées et dopées à l’idée de travailler, que ce soit par l’intellect ou par les mains.

Votre livre est dédié aux femmes, mais aussi à ceux qui croient en leur avenir. Quel message spécifique adressez-vous aux hommes, notamment à ceux qui pourraient être réticents ?

Je m’adresse particulièrement à ces hommes-là. Empêcher sa femme de travailler relève d’un égoïsme négatif. Quand une femme travaille, elle contribue aux charges du foyer, ce qui allège les tensions. Les hommes devraient au contraire encourager et soutenir financièrement les projets de leurs épouses. Les femmes en ont beaucoup, mais manquent souvent de moyens de démarrage.

« Femme, je vais te dire pourquoi tu devrais travailler », est votre premier ouvrage. Envisagez-vous d’autres publications sur des thématiques similaires ?

Oui, cette expérience m’a motivée. Pour mes prochains écrits, je pense me concentrer sur la question des droits. Je travaille également sur un projet destiné aux jeunes filles, pour le 8 mars et le 11 février (Journée internationale des femmes et des filles de science). Il est crucial de toucher la jeunesse.

Si vous deviez réécrire ce livre, y retireriez-vous ou y ajouteriez-vous quelque chose ?

Je ne retirerais rien. Peut-être ajouterais-je des éléments, mais le cœur du message resterait.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées lors de l’écriture et de la publication ?

L’écriture en elle-même n’a pas été très difficile car le projet était bien structuré depuis deux ans. La principale contrainte a été le temps, surtout avec un nouveau-né. Publier n’est jamais facile, il faut une forte motivation. La mienne est venue justement de cette période post-partum, où j’ai ressenti le besoin de créer et de ne pas rester inactive.

Votre position de « féministe positive » vous expose-t-elle à des critiques, par exemple sur l’idée que le travail rendrait les femmes « rebelles » au foyer ?

Pas du tout. Cet ouvrage est sain et constructif. Il ne pointe pas du doigt les hommes de manière agressive. Il parle d’abord de nous, les femmes, et de notre besoin d’autonomie. Nous avons besoin des hommes comme accompagnateurs, pas comme obstacles. Un homme qui lirait ce livre avec des préjugés comprendrait qu’il n’y a rien d’Offensif envers lui.

Pensez-vous que cet ouvrage puisse être recommandé à la communauté scientifique, par exemple en sociologie ?

Oui, tout à fait. Parce que tout changement commence dans les mentalités. L’analyse des témoignages et la réflexion sur la place sociale et économique des femmes peuvent intéresser les études sociologiques. Je travaille d’ailleurs à ce qu’il soit utilisé dans des projets éducatifs.

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Elvis Serges NSA'A DJOUFFO TALLA

Rédacteur en Chef Adjoint

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