Une récente étude menée par le Dr Nicolas Bayang Houli, vétérinaire, et supervisée par le Pr Julius Awah Ndukum, lève le voile sur une réalité inquiétante : la brucellose bovine touche plus d’un animal sur dix dans ces régions, avec des foyers actifs dans près d’un troupeau sur deux.
« La prévalence individuelle atteint 10,5 % au test Rose Bengale et 8,8 % à l’ELISA indirect. Au niveau des troupeaux, elle s’élève à 46,3 % selon le premier test, contre 26,8 % pour le second », détaille le chercheur. Des chiffres d’autant plus préoccupants que la maladie, méconnue des éleveurs, favorise la transmission à l’homme par la consommation de lait cru ou de produits laitiers non pasteurisés. L’enquête, menée auprès de 1 031 bovins âgés de trois ans et plus répartis dans 82 élevages, a identifié plusieurs facteurs de risque. La zone géographique, la taille du cheptel, le département, l’âge, le sexe de l’animal et surtout le niveau de connaissance de l’éleveur sur la brucellose sont déterminants. « Une approche bayésienne nous a permis d’estimer la prévalence réelle à 5,4 %, un niveau qui confirme l’importance de cette pathologie dans nos élevages traditionnels », ajoute le Dr Bayang.
Vers une stratégie intégrée « Une seule santé »
Face à ce constat, les auteurs appellent à une modernisation des pratiques. « Pour contrôler efficacement cette zoonose, nous devons mettre en place une approche intégrée, qui tienne compte des interactions entre l’homme, l’animal et l’environnement », insiste le Pr Ndukum.
Concrètement, cela passe par la sensibilisation accrue des populations sur les risques sanitaires liés à la consommation de lait cru, mais aussi par un cadre multisectoriel associant médecins, vétérinaires, éleveurs et communautés. « C’est un outil indispensable pour la gestion de la santé publique humaine et vétérinaire », conclut le superviseur de l’étude. Alors que le Cameroun ambitionne de moderniser son élevage, ces résultats rappellent que la lutte contre les maladies animales ne peut se faire sans une vision globale. L’enjeu est double : protéger les cheptels et préserver la santé des populations.
Causée le plus souvent par Brucella abortus, la brucellose bovine touche les bovins et d’autres ruminants. Son tableau clinique est dominé par des troubles de la reproduction : avortements, mortinatalité, infertilité et baisse de la production laitière. Sur le plan économique, les pertes sont mal évaluées en Afrique subsaharienne, mais l’avortement reste le principal facteur de préjudice. L’importance hygiénique de la maladie tient à son caractère zoonotique. Deux populations sont particulièrement exposées : les éleveurs et leurs familles, en contact direct avec les animaux, ainsi que les ouvriers d’abattoirs. La contamination se fait par contact ou par ingestion de produits laitiers crus. Au Cameroun, la brucellose bovine figure sur la liste des maladies réputées contagieuses à déclaration obligatoire, soulignant ainsi la nécessité d’une surveillance accrue.












































































































































































































































































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