Contrefaçon des médicaments: Des complicités mettent en mal le système

L’absence d’une couverture maladie, la faiblesse de surveillance des produits homologués sur les marchés, la corruption et la porosité des frontières sont entre autres, les raisons de la circulation des médicaments falsifiés au Cameroun.

Le ministre de la Santé publique, Manaouda Malachie dans un communiqué signé le 25 août 2021, alerte les camerounais que le Cytotec et l’Imilux sont des médicaments falsifiés. Les deux lots sont faux, car ils présentent des données variables falsifiées et ont échoué aux analyses de laboratoire.

Au marché Mokolo de Yaoundé, des milliers de camerounais vendent des médicaments d’origine douteuse. Ce samedi 04 septembre 2021, lors de votre reportage sur cette plateforme, un jeune homme vient et paie 1 000Fcfa et le vendeur lui donne une plaquette de comprimés d’Artéméther (un antipaludéen). Ces comprimés coûtent en réalité 2 500Fcfa, mais le vendeur explique que le jeune homme est pauvre. Quelques instants après, un chauffeur de taxi pressé achète un produit qui n’est pas ouvertement proposé à la vente. Le vendeur le sort du dessous de son comptoir et ils discutent le prix. Avec une lame de rasoir, le vendeur coupe une plaquette de médicaments en deux. Je reconnais le produit : c’est l’Hovotest, un médicament populaire pour augmenter la libido. Je demande au chauffeur combien il l’a payé. «2 500Fcfa pour huit pilules », répond-il. C’est la raison pour laquelle il parlementait. Plus tard, je demande au vendeur pourquoi il cache l’Hovotest. « Parce que c’est interdit », répond-il.

Maher Ouertatani, directeur général adjoint de Cinpharm (Compagnie industrielle pharmaceutique), une entreprise locale, en sait quelque chose… « En août 2016, témoigne-t-il, nous avons trouvé sur le marché des contrefaçons de deux de nos antibiotiques. Malheureusement, ces deux cas avaient été trouvés en pharmacie », poursuit l’intéressé avec indignation. Si l’entreprise n’avait pas pu déterminer l’origine de ces contrefaçons, Maher Ouertatani pense qu’elles se sont retrouvées là avec la complicité des collaborateurs du pharmacien. Car, tout le monde reconnaît que le succès du marché des faux médicaments au Cameroun résulte aussi de diverses complicités qui plongent leurs racines dans les services de douanes, chez les professionnels de santé eux-mêmes et jusque chez les décideurs politiques… Malheureusement, les sanctions prononcées jusqu’ici n’ont pas inversé la tendance.

« On a affaire à des personnes et à des réseaux qui ont des moyens très importants. A tel point que le trafic des faux médicaments dépasse aujourd’hui, celui de la drogue », essaie de comprendre un membre de l’Ordre des pharmaciens du Cameroun. Il est rejoint par l’universitaire qui rappelle que « c’est un secteur qui draine de très gros intérêts. Si bien que lutter franchement contre les faux médicaments, c’est comme lutter contre le trafic des armes et mettre sa vie en danger ». Ces comparaisons ne sont pas le fruit du hasard. Car, des agents de lutte contre les faux médicaments au Cameroun ont souvent été stoppés dans leur élan par des personnes haut placées ; tandis que d’autres ont même reçu des menaces de mort alors qu’ils étaient sur le point de démanteler des réseaux de trafiquants. Du coup, la lutte se limite pour l’instant à des saisies sporadiques de médicaments aux frontières ou sur les marchés.

Les importateurs ont des astuces pour que les faux remèdes traversent les frontières. Des locaux fabriquent aussi de faux produits et falsifient les dates de péremption. Des complicités expliquent l’échec de la lutte qui ne porte que peu de fruits.

Elvis Serge NSAA

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

20 + 18 =

ECHOS SANTE

GRATUIT
VOIR