Médicaments: 40 % du marché échapperait au circuit officiel

Selon l’Ordre national des pharmaciens du Cameroun (Onpc), les agents de la douane n’ont pas l’expertise pour reconnaître les faux médicaments. Les frontières du Cameroun sont très longues et les bureaux de douane ne sont situés que sur les routes et voies officielles par lesquelles les marchandises ont l’obligation de passer.

Ces observations illustrent le caractère kaléidoscopique de la vente informelle des médicaments dans les villes camerounaises. Cette crise perdure parce que le circuit de délivrance d’agrément des médicaments contient de nombreuses failles. D’après le récit de l’un des responsables de la division de la surveillance à la direction des Douanes du Cameroun, « les frontières du Cameroun sont très longues et les bureaux de douane ne sont situés que sur les routes et voies officielles par lesquelles les marchandises ont l’obligation de passer. Or, dit-il, les commerçants véreux empruntent des chemins non officiels et échappent ainsi à notre contrôle », confie-t-il sous anonymat.

Encore que même lorsque les marchandises passent par le bureau de douane, il arrive que de faux médicaments se frayent un chemin…Ce douanier se souvient d’ailleurs d’un cas récent dans le Nord du pays. « L’importateur nous avait présenté une liste des marchandises qui ne contenait aucun produit prohibé. Mais quelques jours après avoir passé la frontière, relate-t-il, le véhicule qui transportait ces marchandises a fait un accident et on a découvert des médicaments dissimulés parmi les produits déclarés ». Or, regrette cette source, « nous ne pouvons pas fouiller toutes les marchandises qui se présentent aux bureaux de douane ; car ce serait fastidieux, vu l’intensité du trafic à certains postes frontaliers ». Selon son récit, une fouille systématique de toute la cargaison d’un commerçant ne se fait que lorsqu’une alerte a été donnée ou lorsque l’on remarque des colis suspects. Et même là, rien n’est si sûr ; car, dit-il n’y a pas de mesures aux frontières pour identifier spécifiquement les faux médicaments. « Cela veut dire que si les papiers présentés se rapportent à des médicaments falsifiés, ces produits vont entrer régulièrement dans le pays. Car, nos agents n’ont pas l’expertise pour reconnaître les faux médicaments ». « En effet, quand un importateur demande une AMM, il fournit un échantillon qui a le bon principe actif. Mais, il n’est pas sûr que tous les lots du même médicament qu’il importe ensuite, pendant la durée de validité de cette AMM soient bons », corrobore un enseignant de biotechnologie de la santé publique à l’université de Yaoundé I.

Au ministère de la Santé publique, on est bien conscient de ce problème potentiel, d’où l’existence de contrôles post-AMM. « Ce contrôle se fait de manière inopinée par nos services qui, de temps en temps, prélèvent et refont analyser des échantillons pour s’assurer que la bonne qualité du médicament demeure », explique l’un des responsables du inspecteur général des services pharmaceutiques et des laboratoires au ministère de la Santé publique qui a requis l’anonymat. Les analyses en question sont effectuées par le Lanacome. Mais le Lanacome ne peut pas se positionner aux frontières. Mais il reçoit des échantillons de tous les acteurs, y compris ceux qui opèrent aux frontières.

En revanche, le ministère de la Santé a installé au port de Douala, un service qui inspecte des échantillons des cargaisons de médicaments avant leur entrée sur le territoire. C’est également au port de Douala que la douane dispose d’un scanner qui peut permettre de voir tout ce qu’il y a dans un conteneur. Sauf que pour ne pas ralentir le trafic portuaire, ce ne sont pas tous les conteneurs qui sont scannés…Toutes ces mesures sont prises aux frontières parce que les faux médicaments vendus au Cameroun viennent surtout de l’extérieur, en particulier de l’Inde et de Chine, mais aussi du Nigeria et d’Europe…

Ancien cadre dans une entreprise d’importation de médicaments basée à Yaoundé, François M. sait un peu comment opèrent les trafiquants. « Ils prennent le conditionnement et les flacons de bons médicaments et s’en vont les reproduire à l’identique en Inde ou en Chine où la technologie est disponible et bon marché. Sauf qu’à l’intérieur, c’est un faux produit », explique-t-il. Et c’est surtout sur le marché informel qu’ils introduisent ces faux médicaments qui se vendent à chaque coin de rue et dans des pans entiers des marchés du pays. Les produits les plus concernés sont liés aux maladies les plus courantes comme le paludisme, mais on retrouve aussi des antibiotiques, des anti-inflammatoires et même des vaccins…

Elvis Serge NSAA

 

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