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Hôpital Central de Yaoundé : un budget record de 5,4 milliards FCFA pour 2026

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L’Hôpital Central de Yaoundé se dote d’une enveloppe historique de 5,43 milliards de FCFA pour l’année 2026, affichant une croissance de 25%.

C’est une enveloppe historique qui a été validée, ce jeudi 6 février 2026, par le Comité de gestion (COGE) de l’Hôpital Central de Yaoundé (HCY). S’élevant à 5,43 milliards de FCFA, le budget de l’exercice 2026 marque une hausse substantielle de 25% par rapport à l’année précédente. Toutefois, derrière cette progression arithmétique se posent des questions fondamentales sur la capacité de l’institution à concilier expansion financière, excellence clinique et mission de service public.

En apparence, les comptes sont sains. L’équilibre entre recettes et dépenses, scrupuleusement respecté, est présenté comme le fruit d’une dynamique interne vertueuse. En effet, l’augmentation des ressources est principalement attribuée à la montée en puissance des activités médico-techniques et à l’adhésion croissante des usagers à la tarification forfaitaire. De surcroît, l’optimisation de la pharmacie hospitalière et l’amélioration du recouvrement, grâce à de nouveaux postes administratifs, ont bonifié les finances.

Cependant, cette croissance tirée par la patientèle et la vente de médicaments interroge. Elle semble indiquer une privatisation rampante de la santé, où l’hôpital public doit générer ses propres revenus pour fonctionner. Par conséquent, le risque est de voir l’HCY, institution de référence, orienter ses priorités vers les activités les plus rentables au détriment de sa mission de base.

Des indicateurs cliniques au vert, mais des défis structurels persistants

Les performances cliniques avancées justifient, en partie, cette ambition budgétaire. D’une part, la hausse de l’activité ambulatoire et des consultations externes, couplée à la baisse de la durée moyenne de séjour et de la mortalité intra-hospitalière, démontre une certaine efficacité. D’autre part, le soutien affiché de l’État – avec l’arrivée imminente d’un IRM haut champ et l’affectation de nouveaux fonctionnaires – va dans le sens d’un renforcement des capacités.

Néanmoins, cette vision se heurte à des réalités tangibles. La loi de finances publiques de 2018 et la Stratégie nationale de développement, bien que citées comme cadres vertueux, peinent souvent à se traduire par des dotations suffisantes et pérennes. Ainsi, l’HCY reste structurellement dépendant de ses propres recettes, une situation qui peut créer des tensions entre sa logique économique et ses objectifs sanitaires, notamment dans les programmes de prévention et de promotion de la santé, moins lucratifs.

Une gouvernance sous le signe de la concertation et de la pression

La session du COGE a réuni une pluralité d’acteurs, du président du comité aux représentants syndicaux, en passant par les ministères de tutelle et la décentralisation. Certes, cette assemblée reflète une volonté de pilotage concerté et transparent. Pourtant, elle place également l’établissement sous une multiplicité d’attentes et de pressions. Le défi pour la direction sera de manœuvrer ce budget accru pour répondre simultanément aux exigences de la hiérarchie, aux besoins des patients et aux revendications légitimes des personnels.

En définitive, l’adoption de ce budget de 5,43 milliards est un signal fort pour l’HCY. Elle consacre sa centralité dans le paysage sanitaire camerounais et centre-africain. Toutefois, elle doit s’interpréter avec nuance. La véritable réussite ne se mesurera pas à l’aune des chiffres, mais à la capacité de l’hôpital à utiliser ces ressources pour garantir un accès équitable à des soins de qualité, à renforcer durablement son système et à remplir pleinement ses cinq missions, notamment les moins « bankables ». Le chemin vers une institution hospitalo-universitaire de référence passe autant par la performance financière que par la consolidation de son ethos de service public. L’exercice 2026 sera, à cet égard, un test décisif.

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Elvis Serge NSAA DJOUFFO TALLA est un journaliste camerounais spécialisé en santé et enquêtes de terrain, actuellement rédacteur en chef adjoint au groupe Echos-Santé. Lauréat de plusieurs prix nationaux pour ses reportages sur la tuberculose et le VIH, il allie rigueur factuelle et engagement pour les droits humains, notamment à travers des enquêtes sur l’accaparement des terres, la mortalité minière ou l’accès aux soins. Sa démarche s’appuie sur une expertise vérifiée, renforcée par une formation en vérification des faits et un engagement continu pour un journalisme porteur de changement social.

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