Une masse de 20 kg, l’équivalent du poids de six nouveau-nés à terme, a été extraite du ventre d’une patiente de 41 ans à l’Hôpital Gynéco-obstétrique et pédiatrique de Douala.
Menée par le Pr Emile Mboudou, l’intervention chirurgicale, d’une rare complexité, a mobilisé gynécologues, chirurgiens digestifs et anesthésistes durant plusieurs heures.
Ce lundi 31 mars 2026, le Pr Emile Mboudou, gynécologue-chirurgien et directeur général de l’établissement, a mené une équipe de spécialistes pour extraire une tumeur de 20 kg du ventre d’une patiente de 41 ans.

Pr Mboudou, gynécologue-chirurgien, Directeur général de HGOPED, tenant la masse de 20 kg dans les mains.
Selon les indications, il s’agit d’une dame de 41 ans qui a été envoyée par d’autres médecins pour rencontrer le Pr Mboudou, gynécologue-chirurgien et par ailleurs Directeur général de HGOPED. Dans les explications, l’on nous fait savoir que : « C’est une dame de 41 ans qui a présenté une augmentation rapide de son volume abdominal quelques mois après l’accouchement. Et en trois, quatre mois, le volume abdominal a augmenté de façon très significative. Après une consultation et des examens faits, c’est une masse qui s’est développée sur tout l’abdomen. Donc, il était difficile de préciser si c’est une masse d’origine des organes gynécologiques ou bien des organes digestifs. C’est pour ça qu’elle a été référée au professeur Mboudou. Comme d’emblée, on ne savait pas si cette masse était d’origine gynécologique ou d’origine digestive. Il y a eu des consultations il y a deux semaines, parce que ce genre de chirurgie nécessite beaucoup de préparation à un moment. Donc, depuis deux semaines, il y a eu des consultations entre les gynécologues, les chirurgiens digestifs, les radiologues, les anesthésistes, les cardiologues, parce que la masse même avait comprimé les vaisseaux de l’abdomen. C’est pour ça que les jambes étaient gonflées, parce que le sang ne circulait pas à cause de l’accumulation de la masse. Donc, il fallait tous ces spécialistes pour se consulter et décider de la stratégie. Donc, depuis deux ou trois jours, elle a été admise en soins intensifs pour préparer l’intervention chirurgicale », va expliquer longuement le Docteur Humphry Neng, gynécologue obstétricien.
Une masse de près de 20 kg
« Et aujourd’hui, l’intervention a eu lieu avec, comme chef d’équipe, le professeur Mboudou, assisté de deux gynécologues, et avec la présence du Docteur Kameni, qui est un chirurgien digestif ; il y avait quatre médecins. Et l’équipe anesthésiste, avec le chef de service, qui est le docteur Djomo, et le Docteur Mikoné. Donc, l’équipe anesthésiste était là. On a commencé l’incision à 9 h 55. Et effectivement, on a trouvé que c’était une masse qui était plutôt collée aux anses digestives. Donc, on avait vraiment eu le flair d’appeler le chirurgien digestif pour nous accompagner dans cette tâche », va-t-il encore nous expliquer.
Ce qu’on a trouvé dans le ventre de la dame, « c’est une masse d’environ 50 centimètres. Et lorsqu’on a pesé, elle avait à peu près 20 kg… Une masse très vascularisée, avec tendance à saigner, tellement collée aux anses, qu’on était obligé d’enlever la masse avec une portion des intestins qui était collée. Mais on a fait ce qu’on appelle l’anastomose. Donc, quand on emporte une petite partie des intestins, on joint les deux bouts. Vous comprenez que la vie n’était pas du tout facile pour elle. Heureusement, il n’y a pas eu de complications, même si c’était difficile », rassure-t-on.
Une surveillance post-opératoire très sérieuse
Pour ce qui est de la suite, « il faut une surveillance post-opératoire très sérieuse. Donc, après l’intervention, elle va rejoindre le service de réanimation pour la suite de la surveillance. Les anatomopathologistes vont examiner la masse de chair, pour voir si c’est une tumeur dite bénigne. Et si c’est une tumeur bénigne, ça veut dire qu’il n’y a pas de risque de récidive. Mais si c’est une tumeur maligne, c’est-à-dire qu’il y a quelque chose qui peut récidiver, alors on va faire des traitements complémentaires, comme la chimiothérapie ou la radiothérapie, pour empêcher que ça ne récidive. Ça veut dire qu’on n’est pas encore sorti de l’affaire. Il faut une surveillance stricte et un apport des autres spécialistes », va laisser entendre le docteur Neng.
Alphonse JENE
Réaction
« Je n’en ai pas souvent opéré comme ça. Il n’y avait pratiquement plus de place dans le ventre »

Pr Emile Mboudou est gynécologue obstétricien. Il est en même temps spécialisé en chirurgie oncologique et par ailleurs Directeur général de l’Hôpital Gynéco-obstétrique et pédiatrique de Douala (HGOPED). À la tête de l’opération chirurgicale effectuée ce lundi, nous l’avons rencontré pour comprendre les enjeux d’une telle opération.
Quels sont les défis médicaux auxquels vous avez dû faire face pendant cette opération ?
C’est une opération qui a été entreprise à l’Hôpital Gynéco-obstétrique à la suite d’une sollicitation de nos collègues de la ville. Alors, les défis médicaux étaient d’abord avant l’intervention. C’est une jeune dame qui est arrivée avec une grosse tumeur, comme vous l’avez vu, et pour laquelle nous ne connaissions pas la nature. Donc le premier défi a d’abord été de poser le diagnostic et maintenant d’envisager la chirurgie. Et pour envisager la chirurgie, il a fallu réunir tous les spécialistes autour de cette patiente, notamment les chirurgiens, les anesthésistes, les radiologues, les anatomopathologistes et les biologistes, pour que nous donnions le maximum de chance à cette patiente, compte tenu du caractère qui était quand même assez inquiétant de la tumeur. Donc nous avons pris deux semaines pour pouvoir préparer cette intervention.
Et lorsque tous les critères ont été donnés par les différentes parties prenantes et que tout a été réuni, nous avons donc décidé de cette intervention ce matin. Alors, à l’arrivée, justement, il fallait aussi au bloc opératoire pour prendre toutes les précautions, faire les analyses, savoir si on y va ou si on n’y va pas. Et lorsque les anesthésistes ont pris toutes les dispositions à leur niveau, nous avons donc pu opérer cette patiente.
Nous avons retrouvé une grosse masse qui allait donc du pelvis jusqu’au diaphragme. Donc, en fait, elle avait même très peu d’espace pour pouvoir respirer et tous les organes étaient comprimés par la tumeur. C’était une tumeur qui venait des intestins, qui était accolée aux intestins, et qu’il a fallu réséquer en totalité, compte tenu du fait que nous ne savons pas si elle est cancéreuse ou pas.
Au-delà de la réussite de cette opération, qu’est-ce qui montre le niveau d’expertise et les capacités techniques que l’hôpital nous offre ?
Je voudrais d’abord remercier les collègues en ville qui nous ont fait confiance, qui ont demandé à ce que cette patiente soit dirigée ici, dans notre institution. La chirurgie, c’est vrai qu’on regarde seulement le geste chirurgical, mais la plupart des interventions, c’est la préparation, d’abord. Ce qui a été fondamental dans cette intervention, c’est la préparation avant. Nous avons préparé le sang, la quantité qu’il faut, les dérivés du sang, la quantité qu’il faut, les médicaments d’anesthésie, choisi le type d’anesthésie. Cette préparation a été faite par les différents spécialistes qui ont siégé pour pouvoir opérer cette malade. C’est vraiment ce qu’il faut retenir ici, c’est le travail collégial dans la prise en charge du malade et aussi l’humilité des confrères qui ont envoyé le malade ici, en nous faisant confiance.
Professeur, une masse de 20 kilos, ça sort d’où tout ça ?
Alors, au regard de ce que nous avons constaté, c’est une masse qui naît des tissus qui entourent l’intestin et qui progressivement va grandir pour des raisons que nous ne savons pas. Et la vitesse de croissance de cette tumeur nous laisse penser que c’est une tumeur probablement maligne. Nous attendons les résultats d’une anatomie pathologique dans 14 jours pour confirmer. Mais elle a poussé de façon assez rapide et dans ma vie de chirurgien, je n’en ai pas souvent opéré comme ça. Il n’y avait pratiquement plus de place dans le ventre. La dame, bien qu’elle soit grande, on avait l’impression qu’elle avait des triplés dans le ventre quand on voyait la grosse masse qu’il y avait.
Est-ce que c’est quelque chose que vous prévenez souvent ?
Cette tumeur n’a rien à voir avec l’appareil génital. Parmi les possibilités diagnostiquées, on pensait qu’elle pourrait venir de l’appareil génital, de l’utérus. Les ovaires n’ont rien à voir avec cette tumeur. Elle vient plutôt des tissus autour des intestins et c’est de là que la maladie est née. Il est difficile de prévenir ce genre de maladie puisque c’est le désordre qui commence sans que nous sachions exactement quelle peut être la cause. Donc il est difficile de prévenir parce que nous ne savons pas quelle est l’origine.
Professeur, vous voulez dire aux populations qu’on peut tout faire sur place, c’est ça ?
Oui, je peux le dire. Je pense que lorsqu’on est malade, la première chose, c’est d’aller à l’hôpital et rencontrer la personne à même de vous soigner. Et cette malade n’est pas venue premièrement dans notre institution ; elle est allée chez des confrères qui ont fait le bon diagnostic – et je les félicite pour cela – et d’avoir pensé que nous pouvions trouver une solution à cette patiente et ils l’ont humblement orientée. En fait, le malade ne doit pas être le malade d’un médecin, ça doit être le malade de la médecine. C’est-à-dire que l’association des intelligences va toujours permettre de donner la meilleure prise en charge au malade. Dans le cadre de la cancérologie, cela nous le montre : vous ne pouvez pas soigner un malade si vous ne le faites pas dans le cadre des rencontres de concertation pluridisciplinaire.
Qu’est-ce que vous voulez que les médias retiennent ?
Alors, il faudrait dire que ce genre de patientes, on n’a pas l’habitude de les opérer ici. Ce sont des malades qui sont habituellement envoyés en évacuation sanitaire. Et nous savons ce que cela nous coûte, alors que le gouvernement a investi dans les infrastructures. Ça, c’est la première chose. Et la deuxième chose, c’est la concertation. Pour donner le maximum de chance à un malade, il faut la concertation. Et puis maintenant, en dehors de la concertation, il faut une bonne préparation exigeante, et les malades vont vraiment gagner.
Propos recueillis par Alphonse JENE












































































































































































































































































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