Dans le cadre de la 5ème édition de la campagne santé 2026, la Direction de la Promotion de la Santé en appui avec le pôle Hygiène et Assainissement ont lancé ce dimanche 23 août à Kousséri un atelier de fabrication de serviettes hygiéniques réutilisables pour lutter contre la précarité menstruelle.
Les protections périodiques y sont devenues rares et hors de prix. En 2024, les crues ont impacté 460 000 personnes selon l’UNICEF, détruisant habitations, cultures et infrastructures, ce qui paralyse l’accès aux marchés. Parallèlement, la menace des groupes armés force des milliers de familles à fuir ou à limiter leurs déplacements, bloquant l’accès aux services de santé basiques. Selon des données rapportées par Balthazar ATANGANA, expert-consultant et praticien-chercheur spécialisé dans les questions de genre et d’inclusion sociale, la situation est déjà critique à l’échelle nationale. Environ 70 % des Camerounaises n’ont pas les moyens d’acheter des produits d’hygiène menstruelle de base. Face à cette double crise sécuritaire et climatique, le praticien-chercheur confie que les femmes et les filles de l’Extrême-Nord n’ont d’autre choix que d’utiliser des alternatives insalubres comme les chiffons, les papiers ou les feuilles. Ces pratiques de fortune démultiplient d’ailleurs les risques d’infections urinaires et de complications de l’appareil reproducteur, fragilisant davantage une population déjà vulnérable.
C’est dans cette optique que les filles et les femmes de Kousséri ont été rassemblées pour apprendre à fabriquer des serviettes hygiéniques réutilisables, lors d’une formation animée par les équipes du pôle Hygiène et Assainissement de la Direction de la Promotion de la Santé. Pour cette session locale, l’activité a démarré avec 22 filles et femmes vulnérables, aux côtés desquelles six garçons ont également choisi de prendre part à l’activité.
La présence de ces jeunes hommes traduit une réelle volonté d’élargir la sensibilisation aux questions liées à l’hygiène menstruelle, un sujet qui ne concerne pas uniquement les femmes, mais bien l’ensemble de la communauté pour briser définitivement les tabous locaux. Durant cette journée de travail, les encadreurs ont guidé pas à pas les participants à travers toutes les étapes de fabrication des protections lavables. Chacun a appris progressivement les techniques de découpe du tissu, le choix judicieux des matières absorbantes disponibles sur les marchés locaux, ainsi que l’assemblage et la couture fine. L’intérêt majeur de cette approche réside dans son accessibilité et son autonomie : les matériaux utilisés sont peu coûteux et la méthode est pensée pour être facilement reproduite à domicile par la suite. Une fois confectionnées, ces serviettes peuvent être lavées, séchées et réutilisées plusieurs fois, constituant une alternative durable à la précarité financière des ménages. Au-delà de l’apprentissage technique de la couture, cet atelier interactif constitue un moment privilégié de sensibilisation et d’éducation à la santé. Les participants reçoivent des informations cruciales sur les bonnes pratiques à adopter pendant les menstruations, notamment l’importance de maintenir une hygiène corporelle rigoureuse, de laver soigneusement les serviettes après chaque utilisation et de les faire sécher correctement au soleil pour éviter tout risque d’infection.
La ville de Maroua et Mokolo ont ouvert la voie
Avant l’étape de Kousséri, les villes de Maroua et de Mokolo avaient déjà tracé la voie en accueillant des sessions similaires avec un franc succès. À Maroua, la formation s’est déployée sur deux jours, du 21 au 22 août 2026, mobilisant 67 participantes qui ont réussi à confectionner un total impressionnant de 150 serviettes hygiéniques réutilisables. À Mokolo, l’élan s’est poursuivi avec 21 apprenants engagés, dont le travail minutieux a permis de produire 100 protections lavables au terme de leur session.
À l’issue de ces ateliers, des kits de serviettes hygiéniques réutilisables ont été remis aux participants. En agissant à la fois sur la santé publique et sur l’économie des ménages, la Campagne Santé APS 2026 offre ainsi aux filles et aux femmes les conditions indispensables pour vivre leurs menstruations en toute sécurité et avec une plus grande dignité.
Marie Chantale FAIDA











































































































































































































































































