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Ngaoundéré : Plus de 60 personnes atteintes de cancers suivies à l’Hôpital régional de Ngaoundéré

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Opérationnel depuis peu, le service d’oncologie de cette formation enregistre une file active des patients de plus d’environ 60 personnes. Pour davantage répondre à la demande des soins de plus en plus croissant, les patients plaident pour la diminution des coûts de soins et la disponibilité des médicaments.

 « J’ai souffert de cette maladie depuis sans savoir que c’était le cancer. J’avais une boule au niveau de mon aisselle gauche. A chaque fois que j’accouchais, avec la tétée, cette boule disparaissait et dès que je sevrais l’enfant, ça réapparaissait jusqu’au jour où j’ai été reçue en consultation et on m’a conseillée des examens complémentaires, le prélèvement a été fait et envoyé au Centre Pasteur de Garoua. Je suis prise en charge ici, et ça se passe bien », confie sous anonymat une mère de 5 enfants, atteinte du cancer du sein. Elle fait partie des premiers patients du service.   Ouvert il y a à peine deux mois, le service d’oncologie de l’Hôpital régional de Ngaoundéré suit déjà plus de 60 patients atteints de divers cancers. Cette avancée pour l’Adamaoua soulage une population longtemps privée de soins spécialisés.

Le service, fonctionnel depuis décembre dernier, dispose d’équipements modernes, échographes, laboratoires d’analyses et salles de chimiothérapie et d’une équipe qualifiée constituée d’oncologues, infirmiers formés et pharmaciens. « Nous traitons des cancers du sein, de la prostate, du col de l’utérus et digestifs, les plus courants dans la région », explique le docteur. Alexandrine Ebenda Owona, chef du service. Des succès encourageants qui amènent les patients à reconnaitre le travail fourni par l’oncologue et son équipe. « Je n’ai jamais rencontré un docteur aussi dégagé comme celle qui nous suit. Je suivais mes séances de chimiothérapie à Yaoundé, mais ici l’acceuil et le suivi sont au top », remercie Astabarka, la trentaine bien sonnée, atteinte du cancer de l’utérus.

Doléances des patients

Ces efforts du personnel se heurte à l’indisponibilité des médicaments et aux coûts élevés de ces derniers. « Nous souhaiterions que les médicaments soient disponibles à Ngaoundéré et qu’on n’ait plus à passer les commandes à Garoua et que leurs prix soient accessibles à tout le monde. Si la famille ne s’était pas mobilisée, je vous assure que je ne serais plus sur mes deux pieds », plaide une patiente atteinte du cancer du sein. Des prix confirmés par le chef du service selon qui le traitement du cancer n’est pas vraiment à la hauteur du Camerounais moyen. « Avec notre SMIG, le traitement du cancer n’est pas vraiment à la hauteur de tout le monde, car il faut en moyenne 75 à 100.000f toutes les 3 semaines », nous dit-elle.

La direction de l’hôpital rassure de ce que les dispositions sont prises pour l’approvisionnement dans un bref délai. L’afflue des patients qui viennent de toute la région de l’Adamaoua, des pays voisins et même des régions voisines traduit la qualité du service fournit aux malades. Reste à mettre en œuvre, des actions de sensibilisation à grande échelle afin de faire sortir les malades qui restent dans les saré alors qu’ils peuvent bénéficier d’un suivi de proximité et à domicile.

Interview

 « Les cancers les plus fréquents sont le cancer du sein, le cancer du col de l’utérus, le cancer de l’ovaire, les cancers du foie, le cancer primitif du foie. Ce sont les principaux cancers que nous avons sous la main ».

Dr. Alexandrine Ebenda Owona, chef du service d’oncologie de l’Hôpital régional de Ngaoundéré,

Quels sont les services que vous offrez ici dans le service d’oncologie de l’Hôpital régional de Ngaoundéré ?

Je vous remercie déjà Echos Santé pour l’honneur que vous nous faites de venir en cette journée mondiale du cancer dans notre service à l’Hôpital régional de Ngaoundéré. Alors les services offerts vont du dépistage à la prise en charge globale des patients atteints de cancer dans la région de l’Adamaoua, notamment dans notre centre. Donc nous dépistons tous les cancers dépistables, parce que tous les cancers ne le sont pas, le cancer du sein, le cancer du col, le cancer colorectal. On réalise des diagnostics déjà par nos médecins généralistes à partir des symptômes des patients, ils les orientent, ils font des imageries, ils font des examens de sang ils font parfois des prélèvements ou alors ils adressent les malades à un autre endroit et donc nous diagnostiquons les cancers chez les patients et nous débutons la prise en charge. La prise en charge elle est pluridisciplinaire, donc toutes les spécialités sont concernées. Nous, les oncologues, les radiologues, les médecins en anatomie-pathologie et les spécialistes d’organes, au moins ces quatre entités sont impliquées dans la prise en charge. Un spécialiste d’organes peut être un gynécologue, un gastro-entérologue, un neurologue, ça dépend de la localisation de la tumeur. Et après le diagnostic, nous réalisons la prise en charge du malade. Sur place, nous avons un médecin chirurgien pour le plan chirurgical, pour les chirurgies digestives et autres.

Nous avons un gynécologue, nous avons trois gynécologues, bref, nous avons plein de spécialités qui prennent en charge les patients et ce qui nous concerne c’est de faire la chimiothérapie qui consiste à faire des perfusions intraveineuses d’anticancéreux et jusqu’ici ça se passe très bien. Par ailleurs, nous offrons comme service le suivi des patients qui étaient déjà suivis dans d’autres centres, notamment à Yaoundé, des collègues qui nous envoient des patients parce qu’ils résident sur place et pour limiter les déplacements des patients, nous faisons leur suivi sur place et d’autres patients qui ont été traités à l’étranger, en Inde et un peu partout, qui réalisent leur suivi chez nous.

Et de quel équipement disposez-vous pour faire tout ce travail parce que quand vous décrivez, c’est énorme.

C’est énorme et nous remercions déjà le directeur pour tout ce qu’il fait pour nous. Nous avons en place notre service, c’est déjà un équipement dont on peut être fier. Nous avons des ressources humaines, c’est un équipement très important. Nous avons des infirmiers, nous avons des aides-soignants, des techniciens de surface, il y en a un médecin oncologue que je suis. Nous avons à disposition des salles, disons que les autres entités nécessaires dont nous avons besoin, notamment une trapus d’aminé pour réaliser les préparations des cytotoxiques et tout, des appareils robotisés et tout, ça n’est pas disponibles pour l’instant, mais c’est à venir. Là, nous réalisons les préparations au chevet des patients avec les équipements adaptés. Nous avons des équipements de protection au chevet des patients avec des masques, des calottes, des surblouses. De ce fait, nous parvenons à réaliser les traitements des patients sans beaucoup de difficultés.

Alors, quelle est la file active des patients que vous suivez en ce moment et pour quel type de cancer ?

Actuellement, nous avons environ 60 malades, parmi lesquels moins de 20 sous traitement par chimiothérapie. Les cancers les plus fréquents sont le cancer du sein, le cancer du col de l’utérus, le cancer de l’ovaire, les cancers du foie, le cancer primitif du foie. Ce sont les principaux cancers que nous avons sous la main. Nous avons été contactés par le médecin urologue de l’Adamaoua, qui a plein de patients portant un cancer de la prostate. C’est pour cela que notre patientèle en termes de cancer de la prostate n’est pas très importante.

Vous avez parlé du cancer du col de l’utérus, du sein, de l’ovaire. Qu’est-ce qui peut justifier ce pourcentage un peu plus élevé par rapport aux autres types de cancers ?

Le cancer du sein a déjà été prouvé. Il a déjà fait ses marques comme étant le premier cancer. C’est dû à tous les facteurs de risque que nous avons déjà relayés dans les différents événements en rapport avec Octobre Rose et tout ce qui concerne la cancérologie. Ce sont les facteurs de risque hormonaux comme non-hormonaux, l’alimentation, le tabac, l’alcool. Et tous les pesticides, les composants aériens, chimiques auxquels nous sommes exposés qui augmentent l’incidence du cancer du sein dans notre population.

Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez ici et qui vous empêcheraient entre guillemets de mener à bien vos activités ?

Les principales difficultés, disons que c’est déjà au niveau des ressources humaines. Comme je l’ai dit, on en a, mais ce n’est pas assez parce que la prévalence du cancer augmente, elle est croissante. Et donc, on a besoin d personnel. Nous avons des difficultés dans l’approvisionnement des médicaments. Les anticancéreux ne sont pratiquement pas disponibles dans la région de l’Adamaoua. Donc, depuis notre arrivée, nous essayons d’échanger avec les pharmaciens sur place pour qu’ils puissent approvisionner les médicaments et que les patients puissent avoir ces produits sans trop de difficultés.

Et il y a des coûts abordables pour des Camerounais moyens parce qu’il faut dire que ce sont des produits qui sont extrêmement coûteux pour une pathologie qui est grave, comme on le sait.  Et donc, on ose croire que le directeur à qui nous adressons notre doléance saura faire tout ce qu’il faut pour qu’on puisse prendre en charge correctement les patients et surtout limiter les transmissions croisées d’infections dans notre patientèle.

Alors, vous avez parlé du coût du traitement. Est-ce qu’il est vraiment à la portée du Camerounais moyen aujourd’hui quand on entend parler du cancer, du traitement du cancer ?

Je dirais non. Il n’est vraiment pas à la portée du patient moyen, mais le bémol ou l’apport que je peux mettre, c’est que les patients dans le contexte africain évoluent de manière solidaire. Et donc, facilement, on a un tonton, une tantine, un cousin, une cousine qui peut donner un coup de main, prendre charge d’eux, parce que le traitement est assez coûteux. Pour le SMIG qu’on a, avoir un traitement d’au moins, c’est-à-dire le plus petit traitement en cancérologie, c’est autour de 75, 100 000 francs toutes les trois semaines. Pour quelqu’un qui n’arrive vraiment pas à manger chez lui, c’est énorme. C’est vraiment difficile.

Est-ce qu’il y a d’autres choses que vous aimeriez ajouter et dont je n’ai pas relevé dans mes questions ?

Oui, je voudrais ajouter que j’ai oublié l’une des limites qu’on a dans notre travail, c’est la barrière linguistique, parce que je ne suis pas de la région. J’essaie tant bien que mal. C’est un bon début. J’essaie de communiquer et je suis très reconnaissante de mes collègues. J’ai mon collègue qui m’aide dans la traduction, parce que c’est très difficile déjà chez un patient qui connaît sa maladie, de lui expliquer un certain nombre de choses, parce que la cancérologie, c’est vraiment la médecine de précision. C’est vraiment des choses très compliquées et très poussées. Pouvoir lui expliquer en un langage qu’il ne comprend pas, ce n’est vraiment pas aisé. C’est vraiment difficile. Donc ça, c’est l’une des principales limites. Et l’autre chose, c’est que les populations, elles ne sont pas très informées et ont souvent tendance à se projeter dans la médecine traditionnelle, dans la pharmacopée et tout. Et ça altère, pour ceux qui sont sous traitement, leur prise en charge, pour ceux qui arrivent à l’hôpital. Et non, ce serait, je ne vais pas dire un cri de guerre, mais on va tout faire de notre côté pour que les populations soient éduquées, qui savent que le cancer existe réellement. Et qu’au Cameroun, et particulièrement dans l’Adamaoua, un patient peut être en guérison complète s’il suit son traitement et qu’il arrive à l’hôpital précocement.

Propos recueillis par Jean Besane Mangam

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Jean Besane Mangam qui cumule plus de 5 ans d’expérience. Titulaire d’un Master en Histoire et d’un certificat en documentation et archivistique, et correspondant de Echos Santé dans l’Adamaoua depuis 2020. Il a à son actif plusieurs certifiants en journalisme et le fact-checking dont Africa Fact Checking fellowship, Desinfox Afrique Cameroun, Code for Africa et Internews (vaccins et grands singes). Boursier de la Thomson Reuters Foundation / Fonds Mondial, Dakar 2024 mais aussi lauréat de plusieurs prix, Banque Mondiale en 2018, CDC/ Épicentre/CCOUSP en 2021 et Victoria International Media Merit Award en 2022.

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