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PANORAMA

Ongles longs : écart entre mode et santé

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Longtemps perçus comme un simple accessoire esthétique, les ongles longs, qu’ils soient naturels ou artificiels, séduisent de plus en plus. Derrière le vernis éclatant et les designs raffinés, des risques de santé bien réels interpellent spécialistes et usagers.

Dans les principales villes camerounaises, notamment à Garoua, la pose d’ongles artificiels est devenue un phénomène de société. Des salons de coiffure prospèrent grâce à ce service qui attire une clientèle variée. Filles, étudiantes, commerçantes, fonctionnaires, toutes catégories confondues adoptent ces extensions d’ongles, parfois impressionnantes par leur longueur et leurs motifs travaillés. L’objectif est clair ; celui de sublimer les mains, affirmer son style et afficher une touche d’élégance supplémentaire.

Ce qui relevait autrefois d’une pratique occasionnelle s’est durablement installé dans les habitudes. Les réseaux sociaux et les tendances internationales ont contribué à populariser ces artifices esthétiques. Avoir de longs ongles vernis, soigneusement décorés, est devenu pour certaines un symbole de féminité assumée. Pourtant, au-delà de l’apparence, la question de l’hygiène et de la santé publique se pose avec insistance.

Des nids à microbes

La société civile ne cache pas ses réserves. Pour beaucoup, les ongles longs sont loin d’être hygiéniques. Sous les ongles, surtout lorsqu’ils sont prolongés par des capsules ou du gel, peuvent s’accumuler poussières, bactéries, champignons et autres résidus invisibles à l’œil nu. Le nettoyage devient plus complexe et parfois moins efficace. « Une femme qui a de longs ongles, je me demande comment elle se nettoie le derrière. Non seulement le nettoyage n’est pas bien fait, mais il y a des résidus d’excréments qui restent coincés sous les ongles », s’indigne Salamatou, la vingtaine, étudiante à l’Université de Garoua. Son propos, certes abrupt reste une inquiétude partagée par de nombreux observateurs. Les ongles longs peuvent favoriser la transmission de germes, notamment lors de la manipulation des aliments ou des contacts rapprochés.

Dans un contexte où les maladies diarrhéiques et les infections cutanées restent fréquentes, le respect des règles d’hygiène des mains est essentiel. Or, des ongles trop longs compliquent le lavage efficace, même avec du savon. Les spécialistes de santé rappellent que les microbes se logent facilement sous le bord libre de l’ongle. Plus il est long, plus la surface propice à la prolifération bactérienne augmente.

À cela s’ajoute un autre risque souvent négligé. Les ongles artificiels peuvent se décoller partiellement et créer un espace humide entre l’ongle naturel et la prothèse. Cet environnement confiné favorise le développement de mycoses et d’infections bactériennes, parfois difficiles à traiter.

Des blessures involontaires

Au-delà des infections, les ongles longs peuvent aussi devenir des armes involontaires. Un simple geste brusque peut provoquer des griffures, chez soi ou chez autrui. Chez les mères de jeunes enfants, le risque de blesser accidentellement un nourrisson n’est pas à exclure. Dans certains cas, ces égratignures peuvent s’infecter si les ongles ne sont pas parfaitement propres.

Les professionnels de santé soulignent également que le port prolongé d’ongles artificiels fragilise l’ongle naturel. Le limage répété, l’utilisation de colles chimiques et de solvants puissants peuvent altérer la plaque unguéale, la rendant plus fine, cassante et sujette aux déformations.

Ongles naturels, des risques similaires

À côté des prothèses, prospère une autre habitude, le fait de laisser pousser excessivement les ongles naturels. Si pour les mains, les risques d’hygiène demeurent comparables à ceux des ongles artificiels, la situation est parfois plus préoccupante au niveau des pieds. Des ongles d’orteils trop longs peuvent s’incarner, c’est-à-dire pénétrer dans la peau qui les entoure. Ce phénomène touche fréquemment le gros orteil. L’ongle, en poussant, traverse les couches superficielles de la peau, provoquant douleur, inflammation et parfois infection. Oscar Ibra en garde un souvenir douloureux : « J’ai une fois laissé l’ongle de mon gros orteil pousser. À un moment, je sentais des douleurs sur la peau qui recouvre l’ongle. Je me suis rendu compte que l’ongle avait touché la peau. Après une inflammation, c’est le pus qui sortait. J’ai eu même des ganglions au niveau du pubis. C’était très douloureux, je ne pouvais plus porter des chaussures fermées. » Son témoignage illustre les complications possibles qui peuvent se résumer aux abcès, écoulement purulent, difficulté à marcher et, dans certains cas, propagation de l’infection aux tissus voisins. Chez les personnes diabétiques ou immunodéprimées, ces lésions peuvent devenir graves et nécessiter une prise en charge médicale urgente.

Interview

« Un point important, c’est que les faux ongles peuvent héberger des germes et sont déconseillés en contact avec des personnes fragiles »

Dr Mohamadou Younoussa, Médecin généraliste.

Dr, Peut-on recommander le recours aux ongles longs qu’ils soient naturels ou artificiels ?

Alors globalement, non. Surtout quand on manipule souvent des aliments, des bébés, des malades, ou quand on fait beaucoup d’activités manuelles. Les ongles longs, encore plus les ongles artificiels, retiennent plus facilement les saletés et les microbes sous l’ongle et la situation rend le lavage des mains moins efficace. Alors les recommandations en milieu de soins pour ceux qui travaillent dans le domaine de la santé ou encore qui font des œuvres culinaires, les recommandations insistent clairement sur les ongles naturels courts et évitent les faux ongles car des germes peuvent persister même après friction au lavage.

Comment peuvent-ils influencer négativement la propreté des doigts ?

On dira que l’accumulation sous l’ongle de la poussière, de la terre, des résidus alimentaires ou encore des microbes conduit à un lavage difficile et du coup ça constitue une cachette pour le stockage des germes, des résidus alimentaires ou encore de la poussière. Donc ça reste des zones difficiles à nettoyer. Le lavage des mains est moins performant, plus l’ongle est long, épais, plus il est difficile de bien frotter et nettoyer les zones sous-inguinales. Avec des ongles longs, on est enclin souvent au grattage et à l’auto contamination. On passe le temps à se toucher le visage, les yeux, la bouche et on transporte les microbes. Cela constitue également un gros risque de petites blessures quand on a des ongles longs. Telles que les microfissures, une peau irritée autour de l’ongle, qui constitue par la suite une porte d’entrée pour des infections, des panaris, des paronychies. Surtout si on arrache un ongle ou si ça se décolle. On voit que tout ça constitue des gros risques d’exposition.

Dr, certains se plaignent que les ongles longs finissent par créer des lésions. Qu’est-ce que vous en dites à ce sujet ?

C’est vrai, surtout au niveau des pieds. Les ongles qui poussent mal peuvent devenir des ongles incarnés. Le bord de l’ongle rentre dans la peau, cela entraîne douleur, rougeur, gonflement et parfois même infections avec pus. Vous voyez qu’on quitte un simple ornement à quelque chose de grave, comme des infections avec présence de pus. Et à un autre point, avec la chaleur, la transpiration, les chaussures serrées et la marche, ça augmente l’irritation, ça crée des petites enflures. Et par la suite, des infections. Chez certaines personnes par exemple, qui ont des ongles très épais, déformés, mycoses ou qui sont diabétiques, le risque de complications est plus élevé. Une simple petite lésion peut s’aggraver plus vite. Alors concernant les ongles des doigts très longs, ils peuvent se casser et déchirer la peau, peuvent favoriser les panaris, en cas de micro lésions, manucures agressives ou décollement d’ongles artificiels.

En se basant sur des articles qui en ont parlé, tel que ce qu’on retrouve dans Clinical Safety, et aussi au niveau de l’Organisation Mondiale de la Santé, qui en ont parlé suffisamment, les recommandations pour les ongles naturels. Il est important de garder ses ongles courts et propres, brosser doucement sous les ongles au lavage si besoin, de couper les ongles des pieds droits, pas trop courts, pas en arrondis profonds, pour limiter les ongles incarnés, éviter également les chaussures trop serrées, et éviter d’arracher un ongle cassé. Ne pas bricoler une douleur d’ongle incarné si ça s’infecte. Et ensuite, consulter si douleur importante, pu, fièvre, ou si la personne est diabétique ou à d’autres problèmes de santé. Il est important de les garder propres pour éviter de disséminer les germes.

Parlant des ongles artificiels, que ce soit les gels, les résines, les capsules, il est recommandé une hygiène stricte, c’est-à-dire privilégier un salon professionnel qui stérilise correctement le matériel, pour quelqu’un qui veut absolument poser les ongles artificiels. Mais de prime abord, il est important, il est fortement recommandé d’éviter à cause des ongles artificiels, de les pousser des ongles naturellement. Vu que, comme on a dit plus haut, ça constitue des zones de nettoyage difficiles. Donc ça permet une cachette des microbes, des poussières, et comme l’on porte facilement la main partout dans la bouche, sur le visage et tout, ça facilite donc une propagation du germe plus facilement.

Pour des personnes qui en mettent, il est recommandé une hygiène stricte. Il est important d’éviter des mycoses, panaris, peau irritée ou allergie. Il est important de procéder à l’ablation proprement et consulter si présence d’infection. Un point important, c’est que les faux ongles peuvent héberger des germes et sont déconseillés en contact avec des personnes fragiles. Donc, c’est juste une logique de prévention.

Et il y a tellement d’articles qui en parlent par rapport à cette histoire en milieu hospitalier, en milieu de soins, comme nous avons cité plus haut, tels que Clinical Safety and Hygiene for Healthcare, WOCAS et l’Organisation Mondiale de la Santé, les Guidelines on Hygiene and Health, ainsi que Fundamental Elements Needed to Prevent, qui sont des articles parmi tant d’autres qui en parlent et qui donnent des recommandations assez faciles à appliquer dans ces conditions.                                                                          

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Marcus DARE

Journaliste Reporter d'Images

Marcus DARE, Journaliste Reporter d'Images, exerçant dans la ville de Garoua dans le Nord Cameroun. Passionné des questions de santé, je mène des recherches et réalise des interview avec les professionnels du domaine médical afin d'éclairer le public sur l'éducation à la santé.

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