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Féminicide : les enfants, ces grands oubliés du décompte macabre

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Entre janvier et avril 2025, 54 vies ont été fauchées, transformant le foyer conjugal en un mouroir à huis clos. Derrière les chiffres qui donnent le vertige, se cachent des visages brisés, des orphelins traumatisés et une société qui, entre deux beignets au carrefour, finit par s’habituer à l’horreur.

Janvier, février, mars… Au Cameroun, chaque mois apporte désormais son lot de corps mutilés et de familles décimées. Si l’année 2024 laissait présager le pire, 2025 et le début de 2026 confirment une accélération terrifiante de la violence de genre. De l’affaire Dikoum en 1983 aux drames de Nkolbisson aujourd’hui, le récit national semble piégé dans une spirale de “crimes passionnels” que rien, ni les marches de protestation ni les cris d’alerte de l’ONU, ne semble pouvoir arrêter. C’était un mardi ordinaire à Nkolbisson. Les enfants jouaient dans la cour. La voisine préparait le beignet. Et puis il y a eu ce bruit. Pas un cri. Pas une dispute. Juste ce silence lourd qui précède l’irréparable. Quand les portes ont cédé, trois petits corps gisaient dans la chambre. Leur mère, quelques mètres plus loin, avait déjà rejoint l’invisible. Motif invoqué : « l’infidélité de son compagnon ». Au Cameroun, tuer sa femme est devenu un réflexe. Un sport national. Une habitude tristement banale dont on parle entre deux gorgées de matango, dont on commente les détails sordides autour d’un bol de bouillie au carrefour Johannesburg à Douala, avant de passer à autre chose. Parce que demain, il y aura un autre drame. Et après-demain aussi.

54 femmes assassinées entre janvier et avril 2025. Le chiffre donne le vertige. Il glace le sang. Mais il ne dit rien des visages. Il ne raconte pas Diane, 30 ans, professeure d’anglais, morte sous les coups de son mari policier pendant que ses enfants jouaient dans la pièce d’à côté. Il ne dit rien de Vanessa, 32 ans, mère de trois enfants, décapitée à Yaoundé, son corps abandonné comme un déchet. Il ne dit rien de Solange, tuée d’une pierre à la tête par l’homme qui partageait sa vie depuis cinq ans, sous les yeux de leur petite fille de trois ans.

L’horreur a un visage. Pire : l’horreur a un calendrier.

À Douala, dans le quartier Nyalla, Fotso Zaho, 42 ans, rentre de sa tontine. Il est content. Il a gagné un peu d’argent. Il appelle sa compagne, Solange Bekono, mère de ses enfants : « Je ramène du porc braisé, on mange ensemble. » Elle accepte. Elle viendra avec une amie, dit-elle. Quelques heures plus tard, Fotso sort pour aller aux toilettes communes de la cité. Sur le chemin du retour, il croise l’amie de sa compagne. Simple hasard. Coïncidence banale.

Quand il rentre, le regard de Solange a changé. « Tu couches avec elle, hurle-t-elle. Je t’ai vu ! » Fotso nie. Bien sûr qu’il nie. Il n’y a rien à avouer. Mais Solange ne veut rien entendre. La jalousie est une maladie qui rend sourd. Les voisins accourent, tentent de calmer le jeu, séparent les deux époux. On croit l’affaire réglée. On a tort.

Fotso s’éloigne, s’assoit sur une pierre, la tête basse. Il est fatigué. Il est triste. Il ne comprend pas. Solange ramasse une grosse pierre. Personne ne la voit venir. Elle s’approche dans son dos. Et elle frappe. Une fois. Deux fois. La tête éclate. Le sang gicle. À trois heures du matin, à l’hôpital Laquintinie, Fotso Zaho rejoint la longue liste des morts par amour. Solange est en garde à vue. Leurs enfants, dont la petite de trois ans, née de leur union, sont chez les voisins. Personne ne leur a encore expliqué que papa ne reviendra pas.

 Février 2025 : la saison des couteaux

À Soa, petite ville tranquille aux portes de Yaoundé, Christel Ntsa, 42 ans, pensait que la nuit serait calme. Elle ne savait pas que son compagnon, Éric Ekouma, 35 ans, avait décidé d’en finir. La dispute éclate pour une raison dérisoire. Un regard. Un mot de trop. Le prétexte est toujours le même : la jalousie. Éric est convaincu que Christel le trompe avec un voisin. Il n’a aucune preuve. Il n’en a pas besoin. Quand les voisins enfoncent la porte, Christel est déjà morte. Plusieurs coups de couteau. Le sang partout. Et Éric qui court encore, couteau à la main, vers la maison du voisin pour « finir le travail ». La gendarmerie l’arrête à Ebebda, sur la route de l’exil. Devant les enquêteurs, il assume : « Elle m’a trahi. » Christel laisse des enfants. Personne ne sait où ils sont. Personne ne demande.

Mars 2025 : le mois de la femme sanglant

Mars est officiellement le « mois de la femme » au Cameroun. On organise des conférences. On distribue des pagnes. On chante les mérites de la gent féminine. À Yaoundé, un soldat des forces spéciales rentre chez lui. Sa compagne l’attend. Ils s’aiment, dit-on. Ou ils s’aimaient. Personne ne saura jamais ce qui s’est dit ce soir-là. Ce qu’on sait, c’est que le militaire a sorti son arme de service. Qu’il a tiré. Qu’elle est tombée. Et qu’il a retourné l’arme contre lui.

Bilan : deux morts. Des enfants orphelins. Un quartier sous le choc.

La scène se déroule en plein « mois de la femme ». La ministre de la Promotion de la Femme, Marie-Thérèse Abena Ondoa, appelle à « intensifier la sensibilisation ». Les associations crient à l’hypocrisie. Personne n’écoute.

Avril 2025 : le verdict qui tue deux fois

Le 1er avril 2025, au tribunal de grande instance de Bonanjo à Douala, la juge rend son verdict dans l’affaire Diane Yangwo. Diane avait 30 ans. Elle était professeure d’anglais. Mère de trois enfants. En novembre 2023, son mari, Eric Bekobe, l’a battue à mort. Devant les enquêteurs, il a reconnu les faits. Pas de doute. Pas de zone d’ombre. La juge, pourtant, est clémente. Très clémente. Cinq ans de prison avec sursis. 52 000 francs CFA d’amende (80 euros). Et l’homme est libre. « Nous sommes véritablement interloquées, confie Ngobo Ekotto, militante féministe et cofondatrice de l’Association de lutte contre les violences faites aux femmes (ALVF). On ne comprend pas. Le verdict donne aux hommes le pouvoir de tuer leurs épouses. C’est un permis de tuer. » Sur les réseaux sociaux, l’indignation enfle. Une pétition recueille près de 24 000 signatures. Le 4 avril, des femmes manifestent à Yaoundé. Mais Eric Bekobe reste libre. Et Diane reste morte.

Mai 2025 : la chronique ordinaire

À Mokolo, dans l’Extrême-Nord, Raiga est directeur d’école. Homme respecté. Père de huit enfants. Il soupçonne sa femme d’adultère. Pour en avoir le cœur net, il engage un pisteur. Photos compromettantes à l’appui, la preuve est faite. Le 12 avril, Raiga rentre plus tôt que prévu. Il surprend sa femme sur le lit conjugal. Avec un autre. La suite est prévisible. Il sort un couteau. Il tue la mère de ses enfants. Puis il se poignarde. Son corps est transporté d’urgence à l’hôpital régional de Maroua. Il meurt en route.

Deux morts. Huit orphelins. Un village en deuil.

Janvier : à Douala, dans le quartier Nkolbisson, une femme empoisonne ses trois enfants avant de tenter de se suicider. Motif : l’infidélité de son compagnon. Trois petits corps. Une mère en garde à vue. Un père qui pleure. Février : le corps d’un homme est découvert brûlé à Maképé. Au départ, on parle d’un voleur lynché. La rumeur enfle. On découvre finalement qu’il s’agit d’un drame passionnel. L’homme avait poignardé son ex-compagne dans un salon de coiffure. La population l’a brûlé vif. Deux morts. Des familles détruites. Personne ne pleure le « jaloux ». Dans ce décompte macabre, on oublie toujours les plus petits. Ceux qui regardent. Ceux qui entendent. Ceux qui vivent avec l’image de leur mère décapitée, poignardée, étranglée. Julie a 12 ans. Son père a tué sa mère à coups de machette il y a trois ans. Elle était là. Elle a vu. Aujourd’hui, Julie vit chez sa tante paternelle. Elle ne sait pas où sont ses frères. Elle ne va plus à l’école. Elle dort avec un bout de couverture qu’elle serre contre elle. Elle fait des cauchemars. Elle se réveille en hurlant. « L’exposition de l’enfant au féminicide intime est une situation potentiellement pathogène », expliquent les chercheurs dans une étude publiée en février 2026. Julie souffre d’un syndrome de stress post-traumatique sévère. Elle a peur des hommes. Elle a peur du noir. Elle a peur de tout. Mais personne ne s’en soucie. Au Cameroun, les enfants des victimes de féminicides sont des invisibles. Des oubliés. Des victimes collatérales dont personne ne parle.

La loi du silence

« C’est à cause de l’impunité, de l’absence de loi qui sanctionne les hommes à l’origine des féminicides », martèle Ngobo Ekotto. « Sinon, on ne peut pas le comprendre. » Depuis 1997, le président Paul Biya s’est engagé à promouvoir un projet de loi sur les violences faites aux femmes. Nous sommes en 2026. Toujours aucune loi. Le code pénal camerounais prévoit pourtant trente ans de prison pour meurtre. Mais les juges préfèrent les circonstances atténuantes. La passion, ça se comprend. La jalousie, c’est humain. « Au Cameroun, la femme est très vulnérable et exposée à toutes les formes de violences », analyse le sociologue Claude Abe. « La montée du capitalisme dans la société camerounaise exacerbe les tensions. »

Les chiffres qui tuent

L’observation de la situation sociale au Cameroun révèle une réalité alarmante, bien qu’il soit encore difficile d’avoir des statistiques fiables. En effet, les données sont globalement mal collectées et les féminicides demeurent largement sous-déclarés, souvent camouflés sous l’étiquette réductrice de “crimes passionnels”. Pourtant, ce que nous savons déjà suffit amplement à glacer le sang et témoigne d’une escalade de la violence. Tout d’abord, l’année 2023 a marqué un tournant avec 69 féminicides officiellement recensés sur l’ensemble du territoire. Ce chiffre, déjà insoutenable, n’a malheureusement pas servi d’électrochoc suffisant pour freiner l’hémorragie. Ensuite, l’année 2024 a confirmé cette tendance macabre. Selon les sources, on dénombre entre 69 et 77 victimes, ce qui démontre non seulement une persistance du phénomène, mais aussi une difficulté persistante des autorités à s’accorder sur l’ampleur exacte du massacre. Plus grave encore, les données les plus récentes indiquent une accélération fulgurante de la violence. Rien qu’entre janvier et avril 2025, on enregistre déjà 54 femmes assassinées. Par conséquent, si cette trajectoire se poursuit, l’année en cours risque d’être la plus meurtrière de la décennie. En conclusion, face à ces chiffres qui ne cessent de croître, il apparaît impératif que le cadre juridique évolue. Bien que la parole des femmes se libère progressivement, l’absence d’une loi spécifique et la passivité de certaines décisions de justice continuent d’offrir une impunité relative aux bourreaux, transformant le foyer conjugal en un lieu de péril extrême.

Le Centre du Cameroun est la région la plus meurtrière. Yaoundé et ses environs concentrent l’horreur. Mais toutes les régions sont touchées. L’Ouest. Le Littoral. L’Extrême-Nord. Partout, des femmes meurent sous les coups de ceux qui disaient les aimer.

1983-2026 : LA MALÉDICTION CONTINUE

Il y a plus de quarante ans, l’affaire Dikoum avait ébranlé le Cameroun. Marinette Dikoum avait assassiné son mari avec l’aide de son amant et de trois complices. Elle avait jeté le corps dans la Sanaga. Les femmes avaient inventé le verbe « dikoumiser » pour menacer leurs époux. Quarante ans plus tard, rien n’a changé. Les hommes tuent. Les femmes tuent. Les enfants regardent. Et la société détourne le regard. À Douala, au carrefour Johannesburg, on commente les drames en mangeant des beignets. À Yaoundé, on hausse les épaules en lisant les journaux. À Bafoussam, on dit que c’est la faute des femmes, qui ne savent plus tenir leur foyer. Les associations se battent. L’ALVF propose une cellule de soutien psychologique gratuit. Des juristes accompagnent les familles. Des psychologues écoutent les enfants. Mais les moyens manquent. Et la justice suit son cours étrange. Le procureur a fait appel du verdict dans l’affaire Diane Yangwo. La famille aussi. Mais en attendant, Eric Bekobe est libre. Et d’autres femmes meurent. « Nous voulons être protégées par une loi sur les violences faites aux femmes », réclame Ngobo Ekotto. « Cela fait 39 ans que nous avons connu un ministère de la Condition de la femme. Toujours aucune loi. » L’ONU tire la sonnette d’alarme. L’Afrique a le taux le plus élevé de féminicides au monde : cinq femmes sur 200 000 sont tuées par un proche chaque année. Le Cameroun fait partie des mauvais élèves.

ÉPILOGUE : LA PETITE FILLE ET LA COUVERTURE

Ce soir, quelque part à Douala, une petite fille de 12 ans s’endort en serrant un bout de couverture contre elle. Dans son sommeil, elle revoit sa mère. Pas vivante. Morte. Avec du sang partout. Et son père qui tient la machette. Demain, elle ne voudra pas aller à l’école. Elle dira qu’elle a mal au ventre. Ce sera vrai. Les psys appellent ça des « symptômes somatiques ». Elle, elle appelle ça « la douleur ». Son père est en prison. Ses frères, elle ne sait pas où ils sont. Sa tante lui donne à manger, mais pas d’amour. Personne ne lui a proposé de psychologue. Personne ne lui a demandé comment elle allait. Elle s’appelle Julie. Elle est l’une des innombrables invisibles du féminicide camerounais. Elle est l’avenir d’un pays qui tue ses femmes et oublie ses enfants. Et pendant qu’elle dort, ailleurs, une dispute éclate. Une main se lève. Un couteau sort. Une femme tombe. Demain, ce sera une autre histoire. Un autre drame. Un autre bol de bouillie au carrefour. Et la petite fille à la couverture continuera de serrer son bout de tissu, en attendant que quelqu’un, quelque part, se souvienne qu’elle existe. Au Cameroun, depuis le début de l’année 2026, au moins 12 femmes ont déjà été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint. Les enfants témoins ne sont jamais pris en charge. Aucune loi spécifique contre les violences faites aux femmes n’a encore été votée.

 « Ce drame nous interpelle tous sur la nécessité de parler de santé mentale »

Dr Justine Laure Menguene Mviena.

Psychiatre et sous-directrice de la santé mentale au Ministère de la Santé Publique, le Dr Justine Laure Menguene Mviena revient sur le douloureux infanticide survenu le 16 février 2026 à Yaoundé.

 Au regard des éléments rapportés par la belle-sœur (orpheline de père, mère dépressive, menaces répétées, isolement social), peut-on, rétrospectivement, identifier des signes précurseurs typiques d’un passage à l’acte infanticide ?

Dire qu’il existe des signes précurseurs “typiques”, c’est un peu trop affirmatif, parce qu’en matière de comportement, on ne peut jamais être sûr à 100 %. Mais des signes précurseurs, oui, il y en a. Cela peut être la verbalisation d’un passage à l’acte. Et il faut savoir qu’une fois que l’individu verbalise une pensée négative, et que sur le plan émotionnel, on observe des émotions à tonalité négative comme la colère, la tristesse ou la frustration, il faut s’attendre à un comportement également négatif. Parce qu’une pensée négative entraîne de mauvaises émotions qui peuvent être à l’origine d’un mauvais comportement.

Existe-t-il un profil psychologique ou des “signaux d’alarme” que l’entourage aurait pu (ou dû) reconnaître ?

Chaque fois qu’un individu verbalise un passage à l’acte, il faut le prendre en considération. Chaque fois qu’il a des pensées négatives et qu’on le sent émotionnellement mal, il faut s’attendre à ce que son comportement ne soit pas bon. Mais prévoir à 100 % un infanticide reste très difficile, sauf en cas de verbalisation explicite. Il y a aussi certains comportements comme des tentatives d’auto-agression ou de l’agressivité dirigée vers les enfants. Les signaux d’alarme, c’est tout changement de comportement. Mais pour être spécifique à l’infanticide, à moins que la personne ne verbalise clairement son intention de passer à l’acte sur ses enfants, ce n’est pas toujours évident d’y penser d’emblée.

Dans quelles situations faut-il particulièrement s’alarmer ?

Lorsqu’on a un individu qui est dans un état de mal-être profond, il faut savoir que son comportement risque d’être négatif. Et si le comportement est négatif, par exemple de la colère, de l’agressivité, de la violence, et qu’il y a des enfants à proximité, il faut d’abord protéger ces derniers. Cela peut aussi se manifester par de la tristesse, une anesthésie affective, une perte d’intérêt pour ce qui était source de joie auparavant. Il peut y avoir des signes psychotiques, par exemple quand quelqu’un dit entendre des voix qui lui ordonnent de tuer les enfants. Il ne faut jamais négliger cela. Un individu qui confie sentir une force qui le pousse à faire du mal aux enfants doit être pris très au sérieux. Les personnes émotionnellement instables, qui passent du rire aux pleurs sans transition, sont également à risque. Toute situation de mal-être, tout changement de comportement, étant donné que les enfants sont une couche vulnérable, doit alerter sur les risques qu’ils encourent.

Au-delà de l’urgence, quel message de fond souhaitez-vous adresser aux populations ?

Il est très important que les populations comprennent qu’il y a deux types de problèmes de santé : les problèmes de santé physiques comme le diabète, l’hypertension ou les douleurs abdominales, et les problèmes de santé mentale. Aujourd’hui, c’est une réalité. Il faut que les gens n’aient plus peur de consulter un psychiatre, un psychologue ou un infirmier spécialisé en santé mentale. Nous devons changer notre mode de fonctionnement et intégrer pleinement que les problèmes de santé mentale existent et sont une réalité dans notre société.

Quels sont les recours concrets pour les personnes qui souffrent ? Quels leviers peuvent-ils actionner ?

On peut se rendre dans un service spécialisé en santé mentale. On peut aussi, quand on a des problèmes, appeler le 1510, le numéro mis en place par le ministère de la Santé, qui est l’Assistance psychologique nationale. Vous pouvez demander à parler 24 heures sur 24 à un personnel spécialisé en santé mentale qui vous orientera, vous guidera. Il y a aussi des hommes de Dieu, des imams, des pasteurs, vers qui on peut se tourner en cas de difficulté. On peut également chercher quelqu’un de confiance avec qui communiquer pour verbaliser sa souffrance.

Certains observateurs estiment que ce drame met en lumière l’absence de prise en charge en santé mentale périnatale et maternelle. Qu’en pensez-vous ?

C’est un peu exagéré de dire cela, parce que l’événement s’est passé à Yaoundé, et il existe des centres spécialisés en santé mentale dans la capitale. Il y a même un numéro vert que l’on peut appeler. Nous pensons que cette situation doit avant tout sensibiliser les populations sur la réalité de la maladie mentale et des problèmes de santé mentale dans notre société. Parce que vous avez une dame comme celle-ci, qui a vécu une profonde détresse, qui a peut-être même verbalisé son mal-être, mais qui n’a été prise en considération par personne, ni soutenue par son entourage. Voilà le vrai problème.

Le rôle de l’entourage est donc crucial ?

Absolument. Le premier acteur, c’est d’abord la famille, l’entourage. C’est elle qui doit être sensibilisée sur cette problématique, afin d’amener la personne à consulter. Du côté du ministère, nous travaillons sur la sensibilisation à la santé mentale, la promotion de la santé mentale. Beaucoup de choses sont faites à ce niveau. Il y a ce numéro, le 1510, pour répondre aux problématiques de santé mentale dans la communauté.

Faut-il généraliser les inspections psychiatriques dans les cas de violences intrafamiliales ?

Non, on ne va pas ordonner une inspection psychiatrique systématique dans toutes les affaires de violences intrafamiliales. Mais nous devons, comme nous venons de le dire, sensibiliser les populations sur les causes de cette violence, et les sensibiliser pour qu’elles ne soient plus laxistes ni négligentes, afin d’éviter les situations que nous avons vécues il y a quelques jours.

Comment réagir face à des actes de violence répétés au sein d’un ménage ?

Face à des actes de violence répétés, il est important que les différents acteurs soient écoutés, compris, en fonction de leurs problématiques. Si les problèmes persistent, il faut consulter des experts qui sont censés aider à rétablir l’équilibre. Je lance un véritable SOS aux populations, aux familles, à l’entourage : chaque fois que vous êtes face à un comportement violent, que ce soit verbal ou physique, il est impératif d’établir une bonne communication pour trouver des solutions. Et si vous n’y parvenez pas, ayez recours à des experts.

Comment mener un travail pédagogique auprès des médias et de la population pour expliquer que la maladie mentale n’est pas une fatalité, mais une question de santé ?

 La santé mentale est une problématique qui a des représentations socioculturelles très fortes. Parce qu’en Afrique, la maladie mentale et tous les problèmes de santé mentale sont souvent perçus comme relevant du paranormal. Soit on pense que l’individu a voulu nuire, soit qu’on a voulu lui nuire. Ici, la dimension médicale n’est pas prise en considération. Donc, il est question de déconstruire ces représentations à travers une intense sensibilisation. Et vous savez que le changement de perception n’est pas facile, cela prend du temps.

Ces efforts de sensibilisation portent-ils leurs fruits ?

Avec plus de sensibilisation et de plaidoyer, nous pensons arriver à un bon résultat. Et nous sommes même déjà satisfaits des progrès accomplis, parce qu’il y a plus de dix ans, on ne parlait pas autant de santé mentale. Aujourd’hui, cela suscite des débats dans les groupes, ce qui n’était pas toujours le cas. Cela signifie qu’il y a une grande avancée, que les gens sont de plus en plus informés sur cette problématique. Et cela met en lumière le travail que le ministère accomplit pour sensibiliser sur ces questions.

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Elvis Serge NSAA DJOUFFO TALLA est un journaliste camerounais spécialisé en santé et enquêtes de terrain, actuellement rédacteur en chef adjoint au groupe Echos-Santé. Lauréat de plusieurs prix nationaux pour ses reportages sur la tuberculose et le VIH, il allie rigueur factuelle et engagement pour les droits humains, notamment à travers des enquêtes sur l’accaparement des terres, la mortalité minière ou l’accès aux soins. Sa démarche s’appuie sur une expertise vérifiée, renforcée par une formation en vérification des faits et un engagement continu pour un journalisme porteur de changement social.

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