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Elimination de la filariose lymphatique : le Cameroun lance le sprint final

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Le mercredi 18 mars 2026, Yaoundé a accueilli un atelier stratégique sur la rédaction du dossier d’élimination de la filariose lymphatique au Cameroun organisé par le Programme National de Lutte contre l’Onchocercose (PNLO) et Sightsavers ;

L’objectif était d’outiller les parties prenantes à l’usage d’un nouvel instrument de l’OMS pour diagnostiquer les lacunes du système de santé et optimiser la prise en charge des morbidités (hydrocèles, lymphœdèmes) ;

En mettant l’accent sur la durabilité et les standards internationaux, le Cameroun franchit une étape décisive vers la certification de l’élimination de cette Maladie Tropicale Négligée d’ici 2030.

Libérer les corps, restaurer les vies : le Cameroun s’attaque au dernier rempart de la filariose lymphatique. Le mercredi 18 mars 2026, la ville de Yaoundé a servi de cadre à un atelier de formation stratégique dédié au processus de rédaction du dossier d’élimination de la filariose lymphatique au Cameroun. Cette rencontre de haut niveau a réuni une vingtaine d’experts et de représentants issus de diverses administrations sectorielles, tous mobilisés autour d’un objectif commun : documenter officiellement le processus d’élimination de cette maladie sur le territoire national.

Organisée conjointement par le Programme national de lutte contre l’onchocercose (PNLO) et l’organisation non gouvernementale Sightsavers, cette initiative bénéficie du soutien financier déterminant du Foreign Commonwealth and Development Office (FCDO). L’enjeu est capital pour le système de santé camerounais, car il s’agit de structurer les preuves administratives et épidémiologiques nécessaires pour obtenir la certification de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le Dr Joseph Oye, Senior Advisor à Sightsavers et formateur principal lors de cet atelier, a rappelé le contexte global de cette lutte : « Je dois dire que la filariose lymphatique fait partie de l’une des maladies tropicales négligées. En ce moment, l’OMS a un plan stratégique d’élimination à l’horizon 2030 pour faire en sorte que ces maladies, qui sont maintenant au nombre de 21, soient soit éliminées en tant que problème de santé publique, soit carrément qu’il y ait interruption de la transmission ».

Comprendre le fardeau de la maladie

La filariose lymphatique figure en bonne place parmi les maladies tropicales négligées, un groupe de pathologies historiquement sous-financées malgré leur impact dévastateur. Le Dr Joseph Oye a insisté sur la gravité des complications chroniques et invalidantes qui justifient l’urgence de cette élimination. « Le point le plus important, en réalité, c’est les complications. Les complications, c’est les hydrocèles, caractérisées par des bourses qui sont grosses. Il y a aussi le lymphœdème, qui sont les œdèmes sur les pieds, qui sont chroniques », a-t-il précisé avec clarté. Au-delà des séquelles physiques, l’expert a mis en lumière l’aspect humain et social souvent occulté de la maladie : « C’est une maladie qui inflige beaucoup de souffrances physiques, oui, mais aussi beaucoup de souffrances psychologiques et beaucoup d’exclusion dans la société. », indique le représentant de l’OMS.   L’objectif de l’éradication ne répond donc pas seulement à un impératif sanitaire, mais aussi à un enjeu de justice sociale et de dignité humaine, afin de libérer les populations de ce cycle de stigmatisation.

Un outil de diagnostic révolutionnaire

L’un des objectifs centraux de cette session de formation était l’introduction et l’appropriation d’un outil d’évaluation de pointe, agréé par l’OMS, spécifiquement conçu pour la prise en charge des morbidités et la prévention des incapacités (PCMPI). Le Dr Oye a défini la mission de l’atelier en ces termes : « L’atelier d’aujourd’hui vise à introduire un outil d’évaluation de la prise en charge des morbidités et de la prévention des incapacités liées à la filariose lymphatique au sein du système de santé du Cameroun. On veut savoir quelle est la situation en ce moment de cette prise en charge ? Quels sont les gaps ou les insuffisances s’il y en a ? Cet instrument permet de réaliser un diagnostic sans concession du système de santé en analysant ses différentes composantes, de la prestation des services aux ressources humaines. « Une fois que le diagnostic est fait, il y a un algorithme qui génère des actions proposées pour adresser ces insuffisances sur la base des standards et des exigences de qualité au niveau de l’OMS », a-t-il ajouté, précisant que cette méthode a déjà fait ses preuves au Libéria, en Sierra Leone, au Ghana et en Ouganda.

La durabilité au cœur de la stratégie

Pour les organisateurs et les parties prenantes, la réussite de ce processus repose impérativement sur la notion de durabilité et d’appropriation locale. L’ambition est que les acteurs du système de santé ne se contentent pas d’utiliser l’outil pour l’atelier, mais l’intègrent dans leur routine professionnelle. Le Dr Joseph Oye a ainsi exprimé ses attentes : « L’attente principale, c’est déjà que les acteurs s’approprient cet outil-là, car il peut leur être utile dans leur fonctionnement, dans leur pratique, dans leur travail de tous les jours. » Il a également martelé l’importance de la pérennité des solutions choisies : « Il faudrait que les actions que nous allons mener soient en même temps d’accélérer ou bien de renforcer la durabilité de cette élimination. Ce système interconnecte la plupart des pays partenaires du programme ; les résultats du Cameroun sont partagés. Il y a un partage d’informations et de bonnes pratiques qui fait qu’il y a beaucoup plus d’efficacité », précise-t-il.   C’est à ce prix que le pays pourra présenter un dossier d’élimination solide et irréfutable, marquant une victoire historique pour le système de santé national.

Interview

« Nous sommes à environ 70 % de la mise en œuvre du processus »

Théophile MistralMpaba Minkat, Secrétaire Permanent du Programme National de Lutte contre l’Onchocercose (PNLO).

À quel niveau se situe le processus d’élimination de la filariose lymphatique au Cameroun ?

Il faut dire que de façon globale l’élimination de la filariose lymphatique est un point important pour les pays endémiques. Le Cameroun en particulier constitue également un de ces pays-là sur les 72 dénombrés dans le monde entier. Il faut dire qu’actuellement le Cameroun suit les deux astres stratégiques qui nous sont demandés en termes de piliers. En l’occurrence, d’une part, d’abord interrompre la transmission au travers des traitements de masse, chose qui a été faite au Cameroun il y a de cela au moins 5 à 7 ans, les traitements ont été réalisés, 5 à 8 tours et la plupart des districts endémiques ont arrêté ces traitements en 2017 pour les dernières phases et ceci est déjà une preuve qu’on a pu bien faire la chose. Et le deuxième axe stratégique vise à prendre en charge la morbidité liée à la filiarose lymphatique et, à ce niveau, il est demandé de faire un état situationnel pour savoir à quel niveau se situent les cas et également d’évaluer les capacités du système de santé à prendre en charge ces morbidités, chose qui est en cours et que nous réalisons, il nous manque juste les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Nous espérons que d’ici la fin de l’année nous allons achever cela et conjointement il est demandé de faire des enquêtes de transmission. ce qui est déjà fait à 99% . Il nous manque le district de santé d’Akwaya qui pourra réaliser son test 3 en mai-juin 2026, donc c’est dit de façon globale. Nous sommes presque à 70 % de la mise en œuvre de ce qui est attendu par l’OMS. Nous espérons que dans les 7 prochains mois nous pourrons achever les interventions attendues qui, pour la plupart, sont plus d’ordre didactique et je dirais même procédural, parce que les interventions techniques qui requièrent plus de temps ont pu être conduites à bon port Donc nous pensons que les 7 prochains mois nous permettront d’achever les éléments didactiques et opérationnels qui constituent le dossier d’élimination et qu’en 2027 nous pourrons soumettre ce dossier d’élimination qui pourra être une œuvre de soulagement pour le pays parce qu’après cela, ce processus, le pays pourrait être validé comme il a éliminé la filariose et l’empathie comme problème de santé publique.

Pouvez-vous faire un bilan chiffré en termes d’élimination de la filariose lymphatique au Cameroun ? 

Effectivement, le pilier 1 en termes de mise en œuvre de traitement de masse, nous sommes à 100 % de réalisation et également dans ce pilier, les enquêtes de transmission qui sont également exigées, nous sommes à 99 %. Comme je disais, il y a le district de santé d’Akwaya qui doit compléter la boucle. Donc c’est dire que pour le pilier 1, nous sommes à 99,19 % de mise en œuvre et maintenant pour l’axe 2 qui consiste à prendre en charge la mobilité liée à la filiaroselymphatique, il faut dire que l’état situationnel de façon globale, nous sommes à 95 % parce que la cartographie des cas est connue. Nous connaissons là où il y a les cas au travers des campagnes de distribution de médecins, nous recherchons conjointement les mobilités liées à la filialose et l’empathie, c’est pour ça que nous avons quand même une vue globale de la cartographie des patients.

L’évaluation des formations sanitaires dans leur capacité à prendre en charge et à la mobilité, nous sommes à pratiquement 8 régions sur 10 qui connaissent déjà leur situation en termes de capacité de prise en charge,.C’est quand même 80 %, qui est déjà une très bonne chose. Maintenant le renforcement des capacités des prestataires et autres, c’est crescendo, là-bas nous pouvons être situés à 60 %. Donc c’est dire quand même que de façon globale, le pays est dans les 60 à 75 % et peut être prêt à soumettre son dossier d’élimination d’ici 2027, principalement, notamment le premier trimestre, dont on est sûr qu’on pourra réaliser tout ce qui nous manque à faire.

Quel est l’apport du Minsante à la mise en œuvre de ce processus d’élimination de la filariose lymphatique ?

Il faut dire que c’est un processus continu. L’élimination de la filariose lymphatique comme problème de santé publique est un challenge qui date de plusieurs décennies et la mise en œuvre est un processus continu. Il faut dire que les coups d’accélération ont pu être perceptibles avec les bouffées d’oxygène apportées par le ministre de la Santé, son excellence Manaouda Malachie, qui a su donner plus de temps à la lutte contre la filariose lymphatique à travers l’impulsion stratégique, mais également l’accompagnement financier, au travers des plans de travail annuels qui ont été renforcés en termes de financement, au travers de l’appui financier des partenaires qui ont eu quand même un temps d’honneur de la part du ministre pour qu’il puisse appuyer toutes les initiatives en rapport avec l’élimination de la filariose lymphatique. C’est dire quand même que tout cela peut nous conforter et être sûr que d’ici 2027, on pourra soumettre ce dossier à bon escient.

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Junior NTEPPE KASSI, 33 ans, est un journaliste scientifique camerounais au Groupe Échos Santé. Spécialiste de la médecine du sport, il met sa passion au service de l'information médicale de pointe.

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