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Distinction : Un chercheur de l’IMPM primé à New York

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Le Dr Akim Youchaou MOBET, maître de recherches à l’Institut de Recherches Médicales et d’Études des Plantes Médicinales (IMPM), a reçu le prix de la meilleure étude de recherche et une attestation d’appréciation lors de la Conférence mondiale sur l’oncologie et la recherche sur le cancer tenue à New York, ce 13 avril 2026.

Dans les salons feutrés d’un grand hôtel de Manhattan, alors que les plus grands noms de la cancérologie mondiale se pressaient pour la cérémonie de clôture de la World Oncology & Cancer Conference, une voix a résonné pour prononcer un nom peu commun dans ce cercle fermé : Dr Akim Youchaou MOBET. L’homme, un Camerounais au regard déterminé, s’avance. Il est le seul représentant de l’Afrique centrale dans cette assemblée où se côtoient prix Nobel et sommités de Harvard. En recevant le prix du « Best Research Paper » (meilleur article de recherche), le Dr MOBET ne récompense pas seulement un travail scientifique ; il valide des années d’exil intellectuel, de nuits blanches en laboratoire et une quête sans relâche pour percer les mystères d’un tueur silencieux, le virus du papillome humain (HPV), responsable de plus de 90 % des cas de cancer du col de l’utérus.

Originaire de l’arrondissement de Koutaba dans le département du Noun, le chemin jusqu’à cette consécration new-yorkaise ressemble à une épopée moderne, faite de sacrifices, de bourses d’études et d’un patriotisme scientifique rare. Pour comprendre la portée de ce prix, il faut mesurer le drame sanitaire qui se joue au Cameroun. Le cancer du col de l’utérus est la première cause de mortalité par cancer chez la femme camerounaise. Chaque année, des milliers de mères de famille succombent, souvent faute de dépistage précoce ou de compréhension fine des mécanismes moléculaires du HPV.

C’est là que les travaux du Dr MOBET changent la donne. Alors que beaucoup se contentent de traiter les symptômes, lui s’attaque à la racine génétique du mal. Son étude primée à New York porte sur les biomarqueurs de détection ultra-précoce. « Il ne s’agit plus seulement de soigner, mais d’anticiper la mutation cellulaire bien avant qu’elle ne devienne invasive », explique-t-il dans son résumé de recherche. Une avancée qui, appliquée au Cameroun, pourrait révolutionner le dépistage et améliorer le suivi des femmes atteintes du cancer du col de l’utérus.

De l’Université de Douala aux géants chinois

Le parcours du Dr Youchaou MOBET est une leçon de résilience. Né et grandi à Akonolinga, chef-lieu du département du Nyong-et-Mfoumou dans la région du Centre-Cameroun, il rejoint Douala pour ses études supérieures. À l’Université de Douala, il cumule les diplômes avec une rage de vaincre : une licence en biologie cellulaire, suivie d’un DEA en biologie moléculaire et pharmacologie expérimentale, et simultanément, un master professionnel en diagnostic de laboratoire clinique à la faculté de Médecine et de Sciences pharmaceutiques. Mais le jeune chercheur a soif de plus. Il est animé par une curiosité et un enthousiasme pour la recherche scientifique et veut mieux comprendre la biologie du cancer, l’épigénétique du cancer, l’instabilité génomique, les phénomènes de métastases, les mécanismes de résistance aux anticancéreux, et la réponse thérapeutique.

En 2019, il prend une décision radicale. Il répond à l’appel de la bourse du China Scholarship Council (CSC) et s’envole pour l’Empire du Milieu. Ce sera un tournant. Après une année passée au collège international de Southwest University of Chongqing, il rejoint Chongqing Medical University où il obtient un doctorat (PhD) en médecine moléculaire et oncologie expérimentale sous la direction du professeur Yi Ping. Sa thèse de doctorat (PhD), obtenue en 2023, porte sur un sujet ultra-pointu : « L’axe AKAP8/hnRNPUL1 comme nouveau moteur de la métastase et de la chimiorésistance dans le cancer de l’ovaire ». Mais il ne s’arrête pas là. Passionné par la recherche translationnelle, celle qui passe du tube à essai au lit du patient, il décroche un poste de post-doctorat depuis octobre 2023 à la prestigieuse School of Basic Medical Sciences de Southern Medical University à Guangzhou, en Chine, sous la direction du professeur Shen Hong. Spécialiste de la biologie clinique, de l’épigénétique et de l’oncologie moléculaire, il affine ses techniques de pointe : séquençage ARN, transcriptomique, puces à ADN, microarray et modélisation animale.

Un CV de champion du monde

Ce que les juges du prix de New York ont salué, c’est la densité du parcours du Dr MOBET. À moins de la quarantaine, son curriculum vitae impressionne plus que celui de chercheurs deux fois plus âgés : maître de recherches à l’IMPM (Institut de Recherches Médicales et d’Études des Plantes Médicinales) sous tutelle du MINRESI. Par ailleurs, il est chercheur consultant au Department of Innovative Pharmaceutic de Guangdong Pharmaceutical University en Chine, et enseignant au département de biochimie de la faculté des sciences de l’Université de Douala. Le Dr MOBET est également manager R&D chez Baisheng Biological Products (Chine), où il supervise la conception d’anticorps et de sondes moléculaires. Au cours de sa formation doctorale et postdoctorale, le Dr MOBET a publié de nombreux articles dans des revues de renom et participé à un grand nombre de projets de recherche. Il a reçu de nombreuses bourses, subventions, distinctions et plusieurs prix d’innovation pour ses travaux de recherche. Il a également mis son expertise scientifique à contribution en tant que reviewer ou associate editor pour des revues prestigieuses et de haute qualité dans le domaine de la recherche sur le cancer, de l’oncologie et de la biologie moléculaire, telles que : Journal of Molecular Medicine, Journal of Cancer Research and Clinical Oncology, European Journal of Medical Research, Scientific Reports, et Cellular Oncology.

Expert en détection du lncRNA TERC, une nouvelle piste prometteuse pour confirmer les lésions précancéreuses du col de l’utérus. Ses récentes publications (2023-2025) sur la résistance aux inhibiteurs de PARP ou sur l’acétylation de l’ARN dans le cancer du col de l’utérus font désormais référence. Lors de la conférence de New York, c’est son approche innovante combinant l’instabilité génomique et le métabolisme énergétique des cellules tumorales qui a fait basculer le jury en sa faveur.

« Seul Camerounais, mais porte-voix d’un continent »

Interrogé sur le fait d’être le seul Camerounais présent à cette cérémonie de renommée mondiale, le Dr MOBET, ému, confie : « Je n’étais pas seul. Je portais avec moi tous les biologistes, ingénieurs médicosanitaires, cytopathologistes, techniciens de laboratoire de Douala, jeunes chercheurs, doctorants de l’IMPM et de l’Université de Douala, et toutes ces femmes camerounaises qui attendent des solutions. Ce prix n’est pas une fin, c’est un levier. » Ce levier, il compte bien l’utiliser immédiatement pour son pays. De retour au Cameroun, en tandem avec le MINRESI, le Dr MOBET souhaite mettre en place des programmes de diagnostic moléculaire moins coûteux et surtout très efficaces que les protocoles actuels. Grâce à son réseau chinois et américain, il entend former une nouvelle génération de biologistes moléculaires camerounais.

Chronologie d’un succès camerounais

En 2015, il se distingue déjà par sa rigueur à l’Université de Douala et obtient le prix de la meilleure présentation scientifique lors de la première journée scientifique des jeunes chercheurs et doctorants de l’Université de Douala.   2017 : Obtient une formation spécialisée Stago Diagnostica (Paris) sur les maladies hémostatiques, le diagnostic et le pronostic biologiques.  2019 : Départ pour la Chine. Obtention du HSK4 (chinois mandarin).  2020-2023 : Doctorat à Chongqing Medical University. Découverte de l’axe AKAP8/hnRNPUL1.  2023-2024 : Post-doctorat à Southern Medical University (Guangzhou).

Spécialisation en oncologie gynécologique.  2023 : Prix de la meilleure étude lors du symposium réunissant les étudiants étrangers des écoles de médecine en Chine, tenu à Nanjing Medical University.  2024 : Prix d’excellence et d’innovation scientifique lors du concours organisé par la société chinoise des anatomo-pathologistes du Guangdong.  2024, 2025 : Prix d’encouragement par Baisheng Biological Product en guise de reconnaissance de l’innovation dans son département de recherches.  2025 : Recrutement comme Senior Research Officer (maître de recherches) par le ministère camerounais de la Recherche scientifique et de l’Innovation.  Octobre 2024 : Prix de la « Meilleure présentation orale » au Congrès européen du cancer à Rome (Italie).  2025 : Participation à la conférence sur la recherche en cancer et résistance aux antitumoraux au Canada et au Mexique. 

Avril 2026 : Prix de la meilleure étude de recherche à la Conférence mondiale d’oncologie à New York (USA). Alors que le Dr MOBET range son trophée dans sa valise pour le retour à Yaoundé, il garde les yeux rivés sur l’avenir. Il travaille actuellement sur des projets liés à la « cuproptose », un nouveau type de mort cellulaire différent de l’apoptose, de la nécroptose et de la ferroptose, ainsi qu’à l’utilisation des plantes médicinales camerounaises (l’IMPM est spécialisé dans ce domaine) pour atténuer les effets secondaires de la chimiothérapie. Le message du maître de recherches est clair : le Cameroun a les talents pour lutter contre le cancer du col de l’utérus. Il manquait juste de visibilité. Désormais, avec un prix new-yorkais en poche et un réseau planétaire, le Dr Akim Youchaou MOBET est en train de devenir le phare de la recherche oncologique en Afrique centrale. Pour les femmes camerounaises, c’est peut-être le début de la fin d’une fatalité.

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Elvis Serge NSAA DJOUFFO TALLA est un journaliste camerounais spécialisé en santé et enquêtes de terrain, actuellement rédacteur en chef adjoint au groupe Echos-Santé. Lauréat de plusieurs prix nationaux pour ses reportages sur la tuberculose et le VIH, il allie rigueur factuelle et engagement pour les droits humains, notamment à travers des enquêtes sur l’accaparement des terres, la mortalité minière ou l’accès aux soins. Sa démarche s’appuie sur une expertise vérifiée, renforcée par une formation en vérification des faits et un engagement continu pour un journalisme porteur de changement social.

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